![]() |
||
|
UN PEU DE CLARTÉ DANS UN MONDE DE BRUT
Le baril de pétrole est monté de 25%
(27-28 $) au cours du dernier mois, signe des inquiétudes concernant la
situation au Moyen-Orient et la pression politique de certains pays comme
l’Irak. Les commentateurs voient dans cette hausse une menace pour la
(timide) croissance entamée aux États-Unis et dans le monde, ainsi qu'un
facteur d'inflation, ce qui ne serait pas pour arranger les choses. Pour que la hausse du prix du pétrole ait un impact (négatif) important sur
la croissance, elle doit être durable. Les délais de transmission des
fluctuations du cours du baril de pétrole à la pompe à essence sont d'environ
deux à trois semaines. En outre, les fluctuations sont moins fréquentes
et d'ampleur plus réduite dans le cas de l'essence que dans celui du brut,
car les compagnies pétrolières opèrent un lissage. Évidemment, les deux
prix sont liés : lissage ne veut pas dire déconnexion. La première question est de savoir si la hausse du baril va continuer. Il
est probable que oui (les estimations convergent vers un cours de 30 $
dans un proche avenir). Les raisons de la hausse sont évidemment politiques :
inquiétudes sur les événements du Moyen Orient, chantage de certains pays
qui veulent punir l’Occident pour son soutien à Israël : ainsi Saddam
Hussein vient-il d’annoncer la suspension des exportations de pétrole.
Cependant, toute hausse du prix incitera d’autres pays exportateurs de
pétrole non-membres de l'OPEP (notamment la Russie) à augmenter leur production,
pour des raisons économiques (besoin de devises, gagner des parts de marché,
etc.) et sous des prétextes politiques (prouver une "attitude responsable"
envers la croissance mondiale, ou la "bonne volonté" envers
les États-Unis, etc.). A terme, l'OPEP sera contrainte d'agir de même,
officiellement ou discrètement, sous peine de voir sa part de marché chuter
davantage. Le résultat ne peut être qu'une hausse du prix du brut limitée en ampleur
et (sauf catastrophe militaire majeure peu probable) aussi dans le temps.
D'une part, contrairement aux prévisions pessimistes des malthusiens du
Club de Rome et Cie, il existe assez de pétrole dans le monde,
on continuera d'en découvrir et les innovations technologiques feront
qu'une large part ne sera jamais extraite (comme c'est le cas pour le
charbon). D'autre part, comme l'enseignent la théorie et la pratique économiques,
les cartels ne sont pas stables, puisqu'il est avantageux pour chaque
membre de tromper les autres. La seconde question concerne le "court terme" : la hausse actuelle
des cours pénalisera-t-elle la croissance ? Selon l'UFIP (Union française
des industries pétrolières), si cette hausse est durable, elle peut se
traduire à terme par un supplément d'environ 7 centimes (d'euros) sur
le prix du litre d'essence. Laurent Fabius a donc des raisons de se montrer
"optimiste", car sur les 7, il y a environ 6 centimes qui iront
au budget de l'État. C'est vrai qu'il existe un mécanisme d'ajustement
de la TIPP, qui réduit la taxe sur les produits pétroliers lorsque leur
prix monte (baisse) afin de limiter la hausse (baisse) du prix de l'essence.
Cependant, il n'opère qu'après deux mois de hausse des prix. Une troisième préoccupation est l'inflation qui est repartie à la hausse depuis
le début de l'année. On ne manquera pas d'accuser le prix du pétrole,
alors que la cause est à rechercher du côté de la politique monétaire
de baisse des taux (de court terme) menée par les trois grandes puissances
économiques (États-Unis, Europe et Japon). L'idée initiale était de "relancer
la croissance", dont le caractère fallacieux a été maintes fois dénoncé
sur ce site. Comme prévu, le résultat est une relance de l'inflation et
par voie de conséquence une hausse des taux de d'intérêt de long terme.
C'est ce qui constitue la vraie menace pour la croissance. Pour résumer, la hausse du prix du pétrole sera limitée. Avec une politique
monétaire moins laxiste, la croissance saine
continuera, notamment dans les pays qui ont pris les mesures appropriées :
réductions des impôts pour les créateurs de richesse, par exemple. Les
autres pays doivent s'inquiéter davantage. C'est le cas des pays où l'on
se soucie déjà de redistribuer
les richesses avant même qu'elles ne soient créées, tout en décourageant
leur création par des entraves absurdes. Au fait, dans quelle catégorie se situe la France ? Mots-clés : Cartel, Concurrence,
Croissance,
Inflation,
Pétrole, Richesse. Dossier : Croissance. |