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PAUL O’NEILL : LA FAILLITE D’ENRON N’EST PAS CELLE DU SYSTEME CAPITALISTE Depuis sa faillite spectaculaire au mois de décembre 2001, Enron, une firme spécialisée dans la production d’énergie, est devenue pour les illettrés économiques de gauche un autre exemple de la faillite du système capitaliste. Paul O’NEILL, secrétaire au Trésor de l’administration BUSH, contredit cette affirmation en avançant l’argument de la reprise économique actuelle des Etats-Unis. Les multiples enquêtes en cours nous diront qui, exactement, est responsable de ces malversations financières et de l’effondrement de la compagnie. Mais, de toute évidence, les règles d’une gestion prudente et honnête n’ont pas été suivies. Doit-on pour autant en conclure que le capitalisme est en crise ? Septième compagnie en importance aux Etats-Unis, la
société Enron s’est donc effondrée en quelques semaines, lorsqu’on a découvert
que des manipulations comptables avaient réussi à cacher des dettes d’un
demi-milliard de dollars et à gonfler artificiellement les profits. Le
titre de la compagnie a chuté, en un an, de 83 dollars à moins d’un dollar,
provoquant des pertes énormes pour de nombreux investisseurs et surtout
pour des employés dont les fonds de pension contenaient essentiellement
des actions de leur propre compagnie. Il ne faut pas y voir la faillite d’un système, mais
seulement celle d’une société. Partout dans le monde, il y a des entreprises
qui font faillite. Alors pourquoi l’échec d’Enron devrait-t-il représenter
la crise du système capitaliste ? Il faut bien signaler qu’Enron était loin d’être un emblème de l’entrepreneuriat privé et du libre marché. Beaucoup de ses dirigeants avaient des liens très étroits avec George BUSH et plusieurs membres influents de son administration. De plus, cette compagnie contribuait généreusement aux caisses électorales de nombreux politiciens aussi bien démocrates que républicains. Tout comme nos syndicats, parasites officiels en France, Enron avait ses entrées dans les officines de l’Etat, et savait sans doute manipuler les bonnes personnes aux bons endroits pour obtenir subventions et réglementations qui la favorisaient. Son rapprochement des pouvoirs publics montre que ce n’est donc pas de la chute d’une entreprise capitaliste qu’il faut parler, mais bien de celle d’un parasite alimenté par l’interventionnisme de l’Etat américain. La faillite d’Enron est une tragédie pour des milliers
de gens qui ont perdu leur emploi ou leur épargne. Mais, au moins, c’est
une tragédie qui a vite connu son dénouement et dont les dégâts ont été
contenus grâce aux mécanismes de contrôle et de sanction du libre marché.
Dans une économie de marché fondée sur la confiance, la transparence et
les échanges volontaires, les fraudes sont tôt ou tard découvertes et
sanctionnées. Personne n’a jamais prétendu que le capitalisme pourrait
empêcher ce genre de désastre de survenir. On ne change pas la nature
humaine, il y a toujours et partout des fraudeurs. Toutefois, comme l’a
affirmé Paul O’NEILL, ce que fait le capitalisme, c’est qu’en protégeant
les droits de propriété, en forçant tout le monde à être responsable et
à veiller à ses propres intérêts, il rend beaucoup plus difficiles et
improbables les malversations à grande échelle. Tout de même, lorsque
ces malversations se produisent, elles finissent par être rapidement découvertes
et le château de cartes s’effondre aussitôt. L’une des principales leçons que l’on doit tirer de
l’affaire Enron est qu’un PDG doit avant tout être responsable de la marche
de sa société. Il est louche d’entendre un patron dire n’être pas au courant
de transactions portant sur des milliards de dollars au sein de sa propre
entreprise. Quand on ne sait pas de quoi est fait son business, on ne peut pas être responsable du futur de milliers d’employés
et de millions d’actionnaires. Il est heureux que les problèmes d’Enron aient eu lieu
à l’intérieur d’un système économique qui conserve les principales caractéristiques
du capitalisme. Aux Etats-Unis, on ne peut indéfiniment accumuler et cacher
des dettes de façon irresponsable, frauder, trafiquer ses chiffres, exagérer
ses profits, sans en subir les conséquences. Dans un tel système, on ne
peut violer systématiquement les lois de base fondées sur l’échange volontaire
et la confiance sans que la vérité finisse par éclater et que tout s’effondre.
Dès que des informations sur les pratiques douteuses de la compagnie ont
commencé à filtrer, son titre s’est effondré. Paul O’NEILL a eu raison d’affirmer avec force que
l’échec d’Enron ne signifie pas l’effondrement du système capitaliste.
Alors que son manque de leadership
et son optimisme après les attentats du 11 septembre lui ont été reproché,
la vigueur avec laquelle la première économie mondiale s’est relevée semble
aujourd’hui lui donner raison. Les chiffres actuels de l’économie américaine,
notamment la confiance retrouvée des consommateurs et le redémarrage de
l’emploi, montrent qu’une reprise s’est amorcée aux Etats-Unis. Au début
de cette année 2002, après une période de récession, la croissance aux
Etats-Unis est redevenue positive. En définitive, il est ridicule de lier l’échec d’une
entreprise privée à la faillite du système capitaliste. Alors que les
fraudes et la corruption sont légion dans le système public, rares sont
ceux qui entendent réellement remettre en cause ce système. Les malversations
des hommes de l’Etat peuvent se perpétuer parce qu’ils ont la coercition
et la loi de leur côté, et peuvent donc continuer à nous voler légalement.
Les montants en question sont infiniment supérieurs à tous les Enron de
la terre. En effet, les dépenses publiques comptent pour près de la moitié
de toute l’économie des pays développés. Mais personne ne soulève le vrai
problème, qui est celui de la fraude et de la corruption à grande échelle
pratiquée par les hommes de l’Etat. On se contente d’espérer la faillite
du capitalisme. On fera une dernière remarque sur la dimension sociale
de la faillite d’Enron. En France on s’est complu à condamner aussitôt
le système américain de retraites : miser sur la capitalisation et
les profits des entreprises, c’est priver les salariés de leurs pensions.
On a pleuré sur le sort de ces pauvres gens d’Enron qui ont perdu tout
leur argent dans l’affaire. C’est oublier quatre choses. -
rares
sont les fonds de pension qui mettent tous leurs oeufs dans le même panier ;
après tout, les salariés d’Enron ont choisi librement (et individuellement)
de préparer leurs retraites en achetant des actions de leur entreprise ; -
la
plupart des salariés seront indemnisés, au moins pour moitié de leurs
pertes, grâce aux réparations exigées d’Anderson, et des assureurs ; -
les
salariés amputés d’une partie de leurs futures retraites ont la possibilité
de la reconstituer à travers l’un des multiples fonds de pension, et de
très peu d’années de nouvelles cotisations ; -
enfin,
il est philanthopique de marquer sa solidarité avec les ouvriers américains
et de se désintéresser de la faillite inéluctable du système de répartition
français. En France, nous avons un super-Enron appelé Sécurité sociale.
Mots clés : Capitalisme,
Corruption,
Faillite, Récession. Dossier : Corruption, Sécurité sociale. |