CAIXA : OU EST LA LIBERTE BANCAIRE EN FRANCE ?

Voici un sujet sur lequel devront bien se prononcer les hommes politiques très bientôt. Mercredi 17 avril dernier, la Commission bancaire vient d'interdire, à CaixaBank la rémunération des comptes à vue de ses clients. Cette décision, conforme à une législation absurde datant de 1969, montre une fois de plus jusqu'à quel point la liberté de contracter et la libre concurrence sont absentes en France. Néanmoins, la réglementation française n'est applicable que dans l'Hexagone, or les dispositions communautaires permettent à la banque espagnole de fonctionner dans les mêmes conditions que dans son pays d'origine, Caixa compte donc saisir le Conseil d'Etat et, s'il le faut, la Cour de justice européenne. Affaire à suivre.


L'intervention des autorités publiques en France dépasse souvent les limites du raisonnable. La dernière en date devrait susciter l'indignation générale (malheureusement elle est passée inaperçue). Elle est le fait de la Commission bancaire, organisation étatique chargée de réglementer le secteur bancaire, qui a interdit à la banque espagnole CaixaBank de rémunérer les comptes à vue de ses clients. Sans aucune explication, elle a déclaré qu'à l'issue d'une procédure disciplinaire il est "interdit à CaixaBank France de conclure avec des résidents de nouvelles conventions de comptes à vue en euros prévoyant la rémunération des sommes déposées". De plus, la Commission a ordonné à ce que "la rémunération des dépôts cesse dans un délai de deux mois".

Pour la petite histoire, il faut rappeler que Caixabank avait profité du passage à l'euro, en février dernier, pour contourner une législation des plus absurdes en matière bancaire datant de 1969. Cette législation, contraire à la liberté contractuelle et à l'intérêt des consommateurs, interdisait la rémunération des dépôts à vue "en francs" ("compensée" par une absence de facturation des chèques). Or, le franc n'existant plus, Caixa de jure avait toutes les raisons de tenter le coup et d'essayer d'attirer des clients en rémunérant leurs comptes.

Elle avait d'autant plus raison de le faire qu'une telle législation n'existe nulle part en Europe (en réalité les comptes sont rémunérés à des taux allant de 0,5% à 1%) et que les dispositions communautaires stipulent que toute banque est en droit de fonctionner partout dans l'Union européenne dans les mêmes conditions que dans son pays d'origine (en l'occurrence l'Espagne) pourvu que celles-ci ne soient pas contraires aux "dispositions légales d'intérêt général" dans le pays d'accueil.

La décision de la Commission bancaire est révélatrice à plus d'un titre.

1)      Premièrement, les pouvoirs publics se moquaient dans les années 1960 de la liberté contractuelle dans le domaine bancaire. Ils interdisaient la rémunération des comptes pour des raisons de lutte contre l'inflation : moyen absurde s’il en est. Ils s'en moquent tout autant de nos jours, en dépit de l'ouverture européenne et des dispositions de la politique de concurrence. Et ils s'en moquent sans donner aucune raison valable, puisqu’ils ne peuvent plus invoquer la lutte contre l’inflation, désormais sous la responsabilité exclusive de la BCE.

2)      Deuxièmement, étant donné que la seule possibilité pour interdire à Caixa de rémunérer les comptes est d'évoquer l'intérêt général, il serait très intéressant de voir comment la Commission bancaire pourrait justifier le respect de cet intérêt alors que sa décision est contraire aux intérêts de la grande multitude des consommateurs. Au contraire, il est plus qu'évident qu'elle profite aux concurrents directs de Caixa : incarnent-ils l’intérêt général ?

En conclusion, les pouvoirs publics essaient toujours d'entraver la liberté contractuelle, mais, au moins pour l'instant, le marché européen a mis en concurrence les différentes législations des Etats-membres. Et une fois de plus, la France se retrouve isolée par ses "règles du jeu" hostiles à la liberté d'entreprendre et rebelles à la concurrence. Dans ce contexte il n'est pas étonnant que le directeur général de Caixabank, Antonio Brufau, se déclare "serein", promettant de se "porter en référé devant le Conseil d'Etat" et, dans le cas où "le verrou" ne sauterait pas, de saisir la Cour de justice européenne. Affaire à suivre.

Mots-clés : Banque, Dépôts à vue, Réglementation