JAMES TOBIN EST MORT, L’ATTAC EN DEUIL ?

L’économiste américain James Tobin, Prix Nobel d’Economie 1981, et créateur de l’idée d’une taxe sur les transactions financières internationales, est mort lundi 11 mars à l’âge de 84 ans. James TOBIN est l’un de ceux qui ont implanté le keynésianisme aux Etats-Unis après la guerre. Dans le New-York Times de la fin de la semaine dernière, l’économiste Paul KRUGMAN estime que James TOBIN est à l’origine d’une «idéologie qu’on pourrait appeler le keynésianisme libéral » : l’idée selon laquelle le marché est un instrument formidable, à condition que la puissance publique en limite les excès. On a ici une gigantesque contradiction qui n’a pas manqué de satisfaire le Premier ministre français Lionel JOSPIN. Ce dernier, ainsi que l’association ATTAC (Association pour la taxation des transactions financières pour l’aide aux Citoyens) ont voulu lui rendre un hommage appuyé…


James Tobin était professeur honoraire à l’Université de Yale. Son appartenance au courant de pensée économique dit la New View permet de le rattacher au courant des néo-keynésiens. L’unité de ses œuvres ( près de 16 livres et plus de 400 articles) s’est faite dans une fidélité sans faille au keynésianisme. De Keynes, qu’il découvre dès 1937, James TOBIN retient la dénonciation des méfaits de la déflation. Il retient aussi l’efficacité de la politique budgétaire.  En la matière, il poursuit la pensée keynésienne et forge, lors de son passage à la Maison blanche (en tant que conseiller économique du Président KENNEDY) les concepts modernes de la politique économique. Ainsi, il définit la production potentielle, qui correspond à la production obtenue en situation de plein emploi et d’absence d’inflation. Puis, dans le même sens, le solde budgétaire de plein emploi, qui correspond au déficit budgétaire permettant d’atteindre cette production potentielle. La défense du keynésianisme va très vite révéler ses limites puisque, en 1981, date à laquelle il reçoit le Prix Nobel, Ronald REAGAN commence sa présidence, avec comme conseillers économiques ou comme inspirateurs des libéraux, au premier rang desquels, Milton Friedman. La stagflation (coexistence du chômage et de l’inflation) dont le nouveau président hérite, semble condamner le keynésianisme. Ces faits n’ont pas convaincu TOBIN, pour qui l’inflation des années 1970-1980 est une inflation de guerre, indépendante des politiques keynésiennes : c’est la Guerre froide qui a dégénéré au Vietnam et au Proche Orient en conflit armé qui aurait provoqué cette inflation. C’est encore le monétarisme qui va gagner ce duel intellectuel avec l’arrivée de Ronald REAGAN. Tout le monde connaît le succès que remporte par la suite REAGAN dans la lutte contre le chômage. Ce sont principalement les baisse d’impôts et la vague de libéralisation qui ont sauvé les Etats-Unis, et cela aux antipodes des idées keynésiennes. 

James TOBIN s’est beaucoup investi en sciences économiques. Il a développé plusieurs théories parmi lesquelles la demande transactionnelle de monnaie, mais encore la composition des portefeuilles boursiers. L’histoire de la pensée économique retiendra également l’effet MUNDELL-TOBIN, qui traduit en période d’inflation la préférence pour les biens matériels au détriment de la monnaie, ou encore le quotient TOBIN, qui permet de modéliser le comportement d’investissement des entreprises. L’un des travaux de TOBIN a particulièrement révolutionné le monde des             opposants au libéralisme : il s’agit de la fameuse taxe Tobin. Cette idée fut présentée en 1972 et affinée dans les années 1980. La taxe s’appliquait uniquement aux transactions sur les monnaies. Elle a comme double objectif de freiner les flux des capitaux spéculatifs à court terme, et de financer le développement des pays pauvres. L’association ATTAC a fait de la Taxe TOBIN l’un de ses principaux chevaux de bataille, dans l’optique de rendre plus juste le fonctionnement du système financier international. Depuis, la Taxe a occupé une place croissante dans le débat politique en France, mais infiniment moins importante dans les pays traditionnellement libéraux, comme les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne. A l’heure actuelle, c’est l’idée à la mode en France. En réalité, cette taxe n’a aucune consistance, ni aucun effet probable. Mais si elle est à la mode, c’est qu’elle participe d’une fausse idée, inspirée par une fausse analyse. La fausse idée : il faut discipliner la finance mondiale. La fausse analyse : il s’agit encore des analyses purement marxistes selon lesquelles les crises en question sont des crises du capitalisme. Tobin lui-même a désavoué l’utilisation de sa position d’autant plus qu’elle n’avait de sens pour lui qu’en situation de changes fixes, alors que nous sommes en changes flottants. Il a été très choqué que son nom puisse être utilisé par le courant anti-mondialisation, alors que lui-même était très favorable aux échanges mondiaux. Très choqué de sa récupération par ATTAC et les courants anti-mondialistes, Tobin les avait accusé de « détourner son nom ». « Je n’ai pas le moindre point commun avec ces casseurs de carreaux anti-mondialistes » avait-il déclaré. Il a lui-même jugé en 2001 sa taxe inapplicable. Le plus étonnant, c’est que Tobin proposait cette taxe dans l’espoir d’inciter les gouvernements à ouvrir plus les frontières et donc à libéraliser le commerce mondial. Sans doute avait-il tort, car si on libéralise les échanges commerciaux, les capitaux ne doivent pas être empêchés de circuler. Mais il y a une véritable escroquerie intellectuelle de la part d’ATTAC qui consiste à enrôler le nom de Tobin sous la bannière des anti-mondialistes (Voir en archives nos divers articles et notre dossier sur ATTAC et la taxe Tobin). Cela en dit long sur les méthodes de ces extrémistes, José Bové en tête. Tobin mort, l’exploitation scandaleuse de son nom continue.

Il est temps de sortir de ces vieilles idées archaïques et en même temps néfastes pour nos sociétés. En effet, la taxe Tobin peut toucher l’économie réelle et donc détruire à terme la croissance économique. De plus, pour que celle ci soit efficace, elle doit nécessairement être universelle, sinon auraient lieu des délocalisations de places financières. Rendre cette taxe universelle est techniquement impossible, notamment du fait des innovations électroniques et financières.

Taxer au nom de la justice sociale, pour le motif de redistribution, n’a jamais conduit à de bons résultats. Il se trouve seulement que, depuis cinquante ans et plus, il a été démontré que l’aide internationale publique n’a jamais permis à aucune nation de passer de la pauvreté à la dignité. En revanche, l’économie libre et le commerce international, que détestent l’Attac et tous les partisans de la taxe Tobin, ont conduit à des miracles économiques parfaitement documentés. Or comme les bolcheviques d’hier, nos «socialistes révolutionnaires» d’aujourd’hui ne cherchent ni le bien de l’humanité ni la vérité : par tous les moyens, y compris par la violence, ils essaient de nous imposer leur autorité et leur conception du monde ; n’est ce pas ce que cherche l’Attac en faisant l’éloge de James TOBIN !…

Mots clés : Innovation électronique et financière, Marxisme, Niew View, Taxe Tobin.

Dossier : Tobin/ATTAC.