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ROBERT NOZICK EST MORT : SILENCE DES MEDIAS !
Robert NOZICK, l’un des pères spirituels de la révolution libérale américaine
des années 80, est décédé le 23 janvier 2002. Mis à part le quotidien
Libération, et plus récemment, le Figaro du 7 mars, l’événement n’est
même pas mentionné par les agences d’information française, alors que
la presse anglo-saxonne et européenne lui consacre de longues pages. Il
faut dire que ce philosophe de 63 ans a eu le mauvais goût de disparaître
la même semaine que le sociologue français Pierre BOURDIEU… Sachant que ce qui définit l’Etat est le monopole de la violence, de la coercition, est-il possible d’imaginer une forme d’Etat compatible avec le principe que les individus ont des droits qu’il n’est permis à personne, sous quelque prétexte que ce soit, de violer ? Telle est la question centrale que pose Robert NOZICK. La primauté accordée à l’individu vise à remettre l’Etat à sa place, qui doit être « minimale », et consiste à protéger les droits individuels et en particulier les droits de propriété. La liberté individuelle, c’est la liberté de chacun de mener la vie qui lui plaît, qui lui convient. Mais cette liberté ne peut s’exercer souverainement que dans un cadre bien délimité, sinon la liberté de chacun entre en conflit avec celle des autres. Il faut, pour rendre les libertés des uns et des autres compatibles, définir des territoires opérationnels. C’est ce que fait le système des droits de propriété. Les arguments de NOZICK visaient à réfuter en particulier les thèses de La Théorie de la Justice de John RAWLS, le plus influent théoricien contemporain de la social-démocratie. RAWLS prétendait justifier la possibilité d’un accord unanime raisonnable pour une société dans laquelle les ressources seraient redistribuées de manière équitable, en conciliant un « principe de liberté » et un « principe de différence » destinés à justifier certaines inégalités. NOZICK réplique à son ancien professeur, John RAWLS, en lui démontrant que ses critères de justice violent les droits fondamentaux des individus, et sont donc en réalité immoraux. Pour NOZICK, cette construction théorique, proposée par RAWLS, ne pouvait déboucher sur rien d’autre que la perpétuation d’un Etat redistributeur soumis aux chantages des différents groupes de pression. D’un côté, cette théorie fournit à nos gouvernants une nouvelle justification de leur pouvoir. De l’autre, elle donne une signification à la conception de « justice sociale distributive ». Or, pour NOZICK, il n’existe pas un état de la société que l’on pourrait qualifier de juste en soi ; « toute chose, quelle qu’elle soit, qui naît d’une situation juste, à laquelle on est arrivé par des démarches justes , est elle-même juste ». c’est ce que l’on appelle la « justice de procédure » (Hayek) par opposition à la « justice de résultat » prônée par Rawls. L’Etat redistributeur est moralement illégitime, car il se permet des actions qu’il interdit aux individus. Il s’accorde des pouvoirs et des droits sans en avoir demandé préalablement l’autorisation aux membres de la société. De plus, l’Etat ne permet pas l’émergence de la concurrence et impose sa force et sa philosophie. Donc tout ce qui émane de l’Etat et qui est imposé ne peut être légitime et viole par conséquent les droits fondamentaux des individus. Dans ce cas, quelle forme d’entité supérieure est moralement viable ? Selon Robert NOZICK, c’est l’Etat minimal. C’est lui seul qui peut attester à la fois d’un respect total des droits des individus et d’assurer ses devoirs de protection et d’arbitrage afin de garantir une stabilité dans la société. Maintenant, on comprend très bien pourquoi le public français a été plus affecté par la mort de BOURDIEU que par la mort de NOZICK. Ce n’est pas parce que le premier est Français et que l’autre est Américain ! C’est tout simplement parce que BOURDIEU désirait une société qui représentait l’opposé de celle défendue de NOZICK. Une société où l’Etat serait présent dans tout les secteurs de la vie sociale. C’est sûr, BOURDIEU a offert une version distinguée du marxisme, qui a beaucoup intéressé les Français, contrairement aux idées libérales de NOZICK. Mais cela ne justifie en aucun cas le silence des médias sur la mort de NOZICK. Il a fallu attendre près de deux mois pour voir finalement un quotidien français évoquer en détail la pensée de NOZICK. Comme le dit si bien dit Jean Pierre Robin dans Le Figaro du 7 mars, en faisant référence au Professeur Jacques GARELLO, c’est « le manque d’appétit doctrinal des Français » qui explique le silence sur la disparition de ce philosophe, défenseur de la liberté. Mots clés : Droit fondamentaux, Groupes de pression, Monopole de la violence, Social-démocratie.
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