MONTERREY : LA LUTTE CONTRE LA PAUVRETE D’ESPRIT

Le sommet de Monterrey devait se pencher sur le sort des pays pauvres et sur la question du développement. Il s’est terminé sur le texte d’un « consensus » proposé par George W. Bush. Mais, au cour des débats on a entendu des rengaines habituelles sur l’impérialisme des riches et la dictature du dollar. L’analyse de Jacques Garello dans la Nouvelle Lettre.


Le sommet de Monterrey se penche sur le sort des pays pauvres et le moyen d’accélérer leur développement. Après la Conférence du Caire tenue il y a deux ans, après les rencontres de Porto Alegre et Davos-New York du mois dernier, on pouvait se demander ce qu’on allait pouvoir dire de neuf sur la question. On n’a pas eu grand chose à se mettre sous la dent, sinon la confirmation du fait que la principale cause de la pauvreté est la pauvreté d’esprit.

La démonstration éblouissante a été faite par le Leader Maximo. Celui qui a instauré la dictature et la misère à Cuba y est allé de son grand discours sur les ravages du « néo-colonialisme », puis a claqué la porte et s’en est retourné chez lui. La poignée de mains historique entre Castro et Bush, attendue par tous les journalistes et photographes du monde entier n’aura pas lieu.

Comme il fallait s’y attendre les Français n’ont pas été en reste, et d’entrée de jeu Charles Josselin, notre ministre de la Coopération, a entonné l’hymne à l’anti-américanisme, pour reprocher aux Etats Unis de ne pas mettre la main à la poche, alors que les braves Européens, pourtant désargentés (sans doute également par indigence mentale) sont obligés de se saigner aux quatre veines. C’est toujours la même chose : les pauvres naturellement généreux payent pour les riches immanquablement égoïstes.

Le discours de Jacques Chirac a été sans surprise : la France se fait un devoir d’être exemplaire dans l’aide aux pays pauvres, elle consacre en pourcentage dix fois plus de son Produit National que les Etats Unis à l’aide publique, parce que c’est la seule voie de salut pour le Tiers Monde, alors que les utopistes libéraux veulent abandonner l’aide pour s’en remettre à la seule mondialisation. C’est une nouvelle version de « aid, not trade » avec quelques cocoricos de circonstance.

Bref, notre Président plaide la « mondialisation de la solidarité », meilleur choix à ses yeux que la mondialisation des échanges.

Quelle a été la teneur des propos de George BUSH ? Sa présence à cette manifestation de l’ONU a plusieurs explications : il veut renforcer la position diplomatique des Etats Unis, ébranlée par le soutien à Sharon et le projet d’agression contre Saddam Hussein, il veut aussi asseoir sa popularité (déjà très haute, de l’ordre de 75 % de ses compatriotes) dans la perspective des élections au Congrès en Septembre prochain, il veut enfin démontrer que les Américains ne sont pas les derniers à mettre la main à la poche. Avec 10 milliards de dollars ils sont les premiers donateurs du monde, mais il est vrai que cela ne représente que 0,1 % du PIB, les classant ainsi au dernier rang de tous les pays de l’OCDE ; BUSH annonce le doublement de cette aide, à condition qu’elle passe par la Banque Mondiale et que cette Banque à son tour présente des critères d’emprunt et de subvention mieux définis que par le passé, puisque la Banque a contribué à l’accumulation d’une dette inconsidérée. Il est bien prouvé aujourd’hui, notamment par les travaux des « Indices de liberté économique » publiés chaque année par Heritage Fondation et le Wall Street Journal, que ce sont les pays ayant reçu l’aide la plus importante qui sont aussi non seulement les plus endettés, mais aussi les plus stagnants, voire même les plus déclinants, ce qui rend impossible tout remboursement de la dette, même échelonnée. Les imprudences de la Banque et du FMI naguère dans la zone Pacifique (crise de 1997 en Indonésie, Thaïlande, Malaisie, Corée du Sud) et plus récemment en Argentine, pourraient rappeler à tous quelques vérités premières sur les périls de l’aide publique internationale. Mais Bush a été aussi sans ambiguïté : « l’ensemble de la majorité du financement du développement provient non pas de l’aide, mais du commerce, des capitaux internes et des investissements venant de l’étranger ».

En fin de compte, ces vérités ont amené les économistes sérieux et les gouvernements responsables à mettre fin aux illusions d’un développement aidé. L’adage qui convient ici est « aides-toi, le Ciel t’aidera ». L’assistanat, baptisé solidarité ici comme ailleurs, n’a jamais été une formule efficace, et encore moins digne. « Si tu veux qu’il mange à sa faim ne lui donnes pas un poisson, apprends lui à pécher ». La vieille maxime de Confucius rejoint les conclusions de la science économique.

Ce dont les pays pauvres ont besoin, c’est de la constitution et de la libre expression d’un capital humain (Friedman, Becker), et cela n’est pas possible avec les régimes dictatoriaux, corrompus où quelques milliardaires en tenue camouflée viennent mendier dans les conférences internationales au nom de la misère de leurs peuples qu’ils ont tout fait pour appauvrir, quand ils ne s’en prennent pas évidemment à la mondialisation et au « néo-colonialisme ».

La ville de Monterrey aurait pourtant dû être un symbole, inspirer une leçon. Située au Nord du Mexique, la ville de Monterrey a été durant longtemps le foyer d’un développement planifié et auto-centré imaginé par les experts internationaux : on voulait en faire un « pôle de développement » à partir de la sidérurgie et de l’industrie lourde, prioritaire pour les planificateurs marxistes. L’échec a été, ici comme ailleurs, retentissant. Aujourd’hui, cette ville, la plus proche des Etats Unis, se développe de façon spectaculaire parce que le Mexique est désormais intégré à l’ALENA (accord de libre échange nord-américain, en anglais NAFTA) avec les Etats Unis et le Canada. Le Mexique a démantelé son secteur public, les Mexicains travaillent pour les débouchés du Nord, émigrent au Nord, tandis que d’innombrables sociétés américaines viennent s’implanter pour bénéficier d’un environnement moins coûteux – en dépit des pressions des écologistes qui reprochent au gouvernement mexicain de ne rien faire pour diminuer pollution et dégâts à l’environnement et qui ont obtenu un semblant d’harmonisation législative des deux côtés du Rio Grande.

Les adversaires de la mondialisation crient évidemment à l’exploitation du Sud par le Nord, et à l’impérialisme américain. Mais le Mexique est en train de réussir son développement, et la comparaison est facile avec Cuba. Entre deux dictatures, celle du Leader Maximo et celle du dollar, il faut savoir choisir. Il est vrai qu’il y a une troisième voie : se faire donner ou se faire prêter le dollar pour pouvoir se maintenir au pouvoir et s’enrichir au détriment du peuple.

Cette réalité, sans doute, échappe aux pauvres d’esprit.

Mots-clés : Capital humain, Commerce, Développement, Mondialisation, Solidarité.