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FRANCE TELECOM : ET POURTANT ELLE TOURNE ...
Paradoxe de la Bourse :
l’action France Telecom monte, alors que le bilan de la chère compagnie
d’Etat affiche une perte de 8,18 milliards d’euros. Il faut y voir la
conséquence d’un confortable bénéfice d’exploitation et « l’habileté »
de Michel Bon, le PDG de France Télécom, qui a mené une « opération
de vente » toute relative. Car, au-delà des déficits comptables prévisibles
du fait du niveau de la dette de l’entreprise et de la valorisation de
sa filiale Orange, non pris en compte dans les provisions, la structure
de France Télécom, que la presse anglo-saxonne qualifie à juste titre
de semi publique, laisse présager un accroissement du « déficit confiance »...
Comme pour la plupart des grandes entreprises cotées (alcatel, Vivendi Universal), pratiquement obligées, pour se conformer aux exigences de la « corporate gouvernance » et aux règles comptables américaines, d’opérer des provisions pour dépréciation d’actifs, France Télécom a franchi le pas jeudi dernier. Michel Bon a ainsi, lors de la présentation des comptes devant ces actionnaires, annoncé pour la première fois une perte nette historique de l’ordre de 8,28 milliards d’euros. Des pertes qui sont dues à des provisions exceptionnelles de l’ordre de 10,2 milliards d’euros destinées à effacer les conséquences d’une politique d’acquisition ambitieuse pour certains, inconsidérée pour d’autres, effectuée en pleine période spéculative. France Télécom a en effet décidé de déprécier intégralement les investissements dans MobilCom (- 3,9 milliards d’euros), dans NTL (- 4,58 milliards d’euros), dans Telecom Argentina (360 millions d’euros) et les certificats de valeur garantie d’Equant (2,08 milliards d’euros). Autres chiffres affichés par Michel Bon, à côté des résultats opérationnels positifs de l’ordre de 5,2 milliards d’euros, le niveau d’endettement du groupe s’élève à 60,7 milliards d’euros. L’avenir de France Télécom est donc essentiellement dépendant de l’efficacité de la stratégie de réduction de cette dette. De ce point de vue, Michel Bon écarte le recours éventuel à l’augmentation de capital et développe une stratégie qui s’appuie essentiellement sur sa machine à générer du cash, autrement dit la téléphonie fixe qui représente 46% de son chiffre d’affaire et 64% de son résultat brut. Ce qui n’est guerre rassurant, vu le niveau élevé de la dette, qui n’a pas baissé en 2001, malgré les différentes cessions d’actifs par le groupe. L’habilité apparente qui se trouve derrière cette présentation des résultats masque une réalité beaucoup plus complexe. Tout d’abord, les participations dans Orange, l’acquisition la plus onéreuse de France Télécom, ont été volontairement écartées de la liste des actifs faisant l’objet de dépréciation. L’opération de vérité est donc ici toute relative. Michel Bon peut alors s’enorgueillir de ne pas battre le record de perte de l’ordre de 13,8 milliards d’euros affiché par Vivendi Universal. Or, si l’on se réfère aux comptes 2000, l’écart de valorisation relative à Orange s’élève à près de 29 milliards d’euros. La seule prise en compte de cette survaleur aurait alourdi profondément les pertes de France Télécom. Ensuite, la stratégie d’expansion et de réduction de la dette, qui écarte tout recours éventuel à une augmentation de capital, laisse présager que l’Etat n’est pas prêt à céder le contrôle de l’entreprise. L’acceptation aujourd’hui de la part de l’Etat actionnaire de recevoir les dividendes de ses actions France Télécom en actions nouvelles, portant marginalement la part de l’Etat à 55,5%, confirme cette détermination. On est donc loin de lever les ambiguïtés, les confusions et les difficultés posées par la présence de l’Etat au sein de l’entreprise. Or chacun sait que les situations de contrôle public au sein d’une entreprise concurrentielle relèvent d’une autre époque. La présence de l’Etat constitue un véritable boulet pour France Télécom. Outre le fait que la dilution impossible des parts de l’Etat a gonflé sa dette, la difficulté relative à la gestion de cette dette risque d’obliger l’entreprise à réaliser des cessions d’actifs à prix bradés. Ce qui n’arrangerait en rien sa situation financière déjà mise à mal. Enfin, la vivacité de la concurrence dans le secteur de la télécommunication, et de la haute technologie exige de la part de France Télécom la mise en place d’une stratégie claire et en cohérence avec l’évolution du secteur. Et les stratégies de baisse de prix appliquées par ses concurrents rendent délicat le maintien des parts de marché dans les « machines à générer du cash ». En dépit des scénarios optimistes évoqués par Michel Bon, France Télécom sera tôt ou tard obligé d’opérer une augmentation de capital, et donc de diluer plus ou moins fortement la part de l’Etat. Le maintien de sa compétitivité et la pérennité de son activité sont à ce prix. Un gouvernement responsable aurait fait sa priorité d’un désengagement total dans les plus brefs délais. Mais peut-on naïvement croire qu’il en soit ainsi de la part du gouvernement socialiste pour qui une opération de privatisation répond plus à une logique de recherche de recettes pour financer le déficit public qu’à une logique de restauration de la responsabilité ? La volonté de maintenir le statu quo et d’occulter le débat sur le thème des participations publiques, affichée par le Premier ministre candidat, montre que la première logique reste dominante dans son esprit. Si aujourd’hui les mauvais résultats de France Télécom ont mise à nu l’inefficacité de la politique du gouvernement, l’ambiguïté quant à la cession intégrale des parts de l’Etat laisse présager un avenir encore moins radieux. Le scénario ainsi présenté a une suite que tout le monde peut facilement anticiper : piégée dans les participations publiques et par sa dette, France Télécom deviendrait alors une machine à détruire de la valeur. Et l’impossible dilution ajoutée à une valorisation déclinante, comme c’est le cas depuis presque deux ans, éloignerait les investisseurs et des repreneurs potentiels faute de perspective lisible. En dernier recours, on fera appel, comme c’était le cas pour le Lyonnais, à la générosité des contribuables... à moins que Michel Bon fasse preuve d’ingéniosité pour convaincre les pouvoirs publics de laisser respirer son entreprise, pour que le déficit comptable ne devienne pas un déficit de confiance... Mots-clés : Concurrence, Entreprise, Privatisation, Rentabilité.
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