ANNULATION DE LA DETTE DES PAYS PAUVRES : HUIT IDEES FAUSSES

Les anti-mondialistes, réunis à Porto Alègre, ont saisi l’occasion pour lancer l’appel intitulé : « Annuler la dette des pays pauvres très endettés ». Ils ont remarqué que le chiffre de 40645 $ constituait l’écart de revenu par habitant entre le Luxembourg (41 242) et l’Ethiopie (597 $). William Easterly, économiste et expert auprès de la Banque Mondiale, n’y voit pas une raison suffisante pour supprimer, ni même pour alléger la dette des pays les plus pauvres de la planète. Et ce, l’économiste et expert nous explique qu’une telle requête reposerait sur huit idées fausses.


La mondialisation ne profite pas à tous les pays, selon les gens de Porto Alegre et bien d’autres. Pour eux, la majeure partie du monde serait restée à l’écart de la prospérité des années 90. Si les pays de l’Occident ont vu leur richesse par habitant croître grâce aux effets de la libéralisation du commerce international, tel ne serait pas le cas pour les pays moins avancés de l’Amérique Latine, de l’Afrique et de l’Asie. Ainsi en Afrique , le taux de croissance n’a été que de 3,5 % en 2000 et de moins de 3 % en 2001, ce qui ne serait pas suffisant pour réduire le pauvreté. Dépendant fortement des matières premières, les exportations de ces pays restent liées aux humeurs de la croissance mondiale. Autant d’arguments qui ont motivé les anti-mondialistes pour lancer leur appel depuis Porto Alègre « il faut alléger la dette des pays pauvres, annuler celle des pays pauvres très endettés (PPTE) ».

William Easterly, auteur de « The Elusive Quest for Growth », ne partage pas cet avis pour huit raisons qu’il énumère :

1.      Le projet d’allègement de la dette n’est pas une idée neuve car, en fait, dès 1977, 6 milliards de dollars de dettes ont été supprimés en faveur de 45 pays du tiers-monde. Des conditions plus favorables ont été proposées aux pays pauvres pour honorer leurs dettes à des taux d’intérêt réduits, et ce depuis la fin des années 80. Mieux encore, la Banque Mondiale et le FMI ont lancé en 1999, un programme d’allègement de la dette pour un total de 30 milliards de dollars dans une trentaine de pays, en échange de réformes internes.

2.      L’allègement de la dette ne profitera qu’à une classe dirigeante corrompue, qui cherche à s’enrichir au détriment d’une population qui sombrera davantage dans la pauvreté.

3.      Le poids du remboursement de la dette n’est pas une cause de pauvreté des pays endettés, mais la cause en est la mauvaise gestion et le gaspillage des ressources nationales, une situation accentuée par une inégalitaire redistribution favorisant des élites privilégiées.

4.      La réduction du poids de la dette ne se traduit pas par le financement de projets qui aideront au développement économique et social, mais risque de favoriser l’augmentation de l’armement.

5.      La population des PPTE est trop peu structurée pour qu’elle puisse décider du sort de sa politique économique et sociale et se passer des directives des organismes prêteurs.

6.      L’allègement ou le maintien de la dette ne changerait rien à la situation des banques, puisque celles-ci ont déjà quitté, et ce depuis les années 90, les pays concernés par les mesures d’allègement, et ont été remplacées par les banques de développement internationales et les Etats.

7.      Alléger la dette n’entraîne pas un accroissement de l’investissement étranger dans les pays pauvres, au contraire, ce qui les encouragera à s’endetter davantage.

8.      Enfin, alléger la dette ne garantit pas que les pays concernés feront des efforts pour entamer et poursuivre les réformes : l’allègement ou l’annulation inconditionnel de la dette des PPTE risquent de transférer des ressources disponibles des pays bien gérés vers ceux qui les gaspillent.

A l’issue de cette polémique, la question qui restera posée est la suivante : quand allons-nous cesser de poser de mauvaises questions (l’annulation de la dette) pour nous intéresser aux causes profondes de la misère du tiers-monde : les pays qui s’en sortent le mieux sont ceux qui participent au commerce mondial, grâce à la mondialisation, ceux qui réforment leurs institutions et ceux qui forment le capital humain. Bref, ceux dont les dirigeants ont choisi la liberté économique au lieu de l’aveuglement idéologique et de la dictature politique.

Mots-Clés : Banque mondiale, Dette, Développement, FMI, Mondialisation.