CHINE : LA REFORME ECONOMIQUE EN MARCHE ARRIERE

Alors que la Chine doit rejoindre l’OMC, les dirigeants communistes ont renoncé à poursuivre la réforme de l’économie. Au lieu de régler la question des entreprises d’Etat et d’instaurer les règles marchandes (droits de propriété privée et liberté des contrats), le premier ministre Zhu Rongji, vient de présenter devant l’Assemblée nationale populaire un programme désastreux de grands travaux publics datant de l’époque keynésienne. Déficit record, aides sociales pour les paysans (plus de 800 millions de Chinois) etc., les mesures proposées risquent fort d’entraver l’adaptation de l’économie et sa transition vers le marché, si nécessaire après l’adhésion à l’OMC. Avec une telle politique, le choc, camarades, sera explosif !


«Camarades députés, 2002 est une année cruciale pour le Parti et l’Etat», tels étaient les propos du premier ministre chinois, Zhu Rongji, à l’ouverture de la session plénière annuelle de l’Assemblée nationale populaire, mardi 5 mars dernier. Propos qui datent d’une autre époque à destination des 3000 députés directement nommés par le Parti devant lesquels le gouvernement a présenté son rapport d’activité en matière de réformes économiques et ses projets de budget 2002.

Alors que la Chine doit se préparer à son adhésion à l’OMC et à l’ouverture sans précédent de son économie, le nouveau programme économique du premier ministre semble, au contraire, arrêter les réformes économiques de transition vers le marché pour aller dans la direction opposée. Il prévoit notamment un déficit budgétaire record de 309,8 milliards de yuans (40,7 milliards d’euros), soit en augmentation de 19% par rapport à 2001.

Les dirigeants communistes viennent-ils de découvrir les vieilles recettes keynésiennes ? Ainsi, si le déficit se creuse de manière si importante, c’est grâce à l’ambition de Rongji de relancer la croissance à environ 7% par une politique de redistribution active des revenus et des aides sociales en faveur des paysans (soit plus de 800 millions de Chinois) et une politique de grands travaux (une grand canal d’adduction d’eau du Sud vers le Nord est prévu à cet égard). L’objectif principal est de contenir le chômage à court terme à 4,5% coûte que coûte, avant le remaniement des dirigeants politiques au sommet à l’occasion du 16ème Congrès du Parti en septembre prochain. Comme en période pré-électorale, les autres objectifs sont plus contradictoires les uns que les autres : faire croître le revenu des paysans de 4% par des dépenses sociales (en augmentation de 28%, soit 86 milliards de yuans), ramener l’inflation à 1-2%, faire croître les investissements de 10%, entre autres.

Le cas chinois est intéressant à plus d’un titre et prouve en tout cas que si un régime communiste ne peut jamais, par nature, mettre en place une authentique économie de marché (fondée sur les droits de propriété privée et la liberté de contracter), il n’y a pas fondamentalement de différences en revanche entre la politique économique chinoise et celle des gouvernements sociaux-démocrates occidentaux qui manient interventionnisme de l’Etat dans la vie économique, réglementations et subventions.

Le nouveau programme économique de Rongji va aggraver, à moyen terme, les risques d’explosion sociale au lieu de les diminuer comme prévu.

1) Premièrement, il essaie de concilier des objectifs contradictoires : il est impossible de vouloir redistribuer massivement des revenus, mener une politique de grands travaux et vouloir que l’investissement (privé, le seul susceptible d’être productif) continue à augmenter. En effet, pour financer ses politiques, la Chine va procéder à des emprunts publics pour 150 milliards de yuans (20 milliards d’euros) et émettre des obligations pour 592,9 milliards de yuans (78,7 milliards d’euros) pour couvrir son déficit et le service de la dette qui s’élève à 16,3% du PNB. Par conséquent, l’Etat va aspirer toute l’épargne ; ce sont autant de capitaux gaspillés dans les circuits publics qui ne pourront pas se transformer en investissements productifs.

2) Deuxièmement, les propositions du premier ministre ont pour objectif de venir au secours des paysans, non pas avec une politique d’allègement des charges qui pèsent sur eux, mais avec une politique active de redistribution des revenus. Les effets d’une telle politique, qui veut à tout prix sauver la paysannerie, seront désastreux : elle plongera plus de 800 millions de Chinois dans l’assistanat social et elle les incitera à rester dans leur occupation actuelle. Or, il est estimé que l’adhésion à l’OMC et l’ouverture de l’économie devront amener plus de 500 millions de ruraux à quitter les campagnes à cause de la parcellisation extrême de la terre, artificiellement soutenue par le système actuel en l’absence de droits de propriété reconnus. Aider 800 millions d’assistés fera vite exploser le budget.

3) Enfin le nouveau programme est en train de pénaliser les entreprises qui créent la croissance, dont les dirigeants sont accusés par Zhu Rongji d’avoir un « goût immodéré du luxe, de banquets fastueux et de divertissements haut de gamme, y compris les voyages touristiques à l’étranger ». Dans une logique égalitariste des revenus et estimant de manière absurde que la croissance reposera sur la demande intérieure, celle des paysans en premier lieu, le gouvernement chinois scie « la branche » sur laquelle sont assises les performances de l’économie entière. Evidemment, la relation va dans l’autre sens : c’est la réussite des entreprises liées à l’économie mondiale qui entraîne dans son sillage la demande intérieure et la croissance chinoise. Vouloir sauver l’agriculture est d’autant plus absurde qu’avec l’adhésion à l’OMC le secteur sera radicalement bouleversé.

En conclusion, la Chine semble faire marche arrière vers une économie socialiste et interventionniste. En réalité, aussi bien ses problèmes économiques que les problèmes moraux évoqués par le premier ministre (« la fraude, le gaspillage, la corruption, le style bureaucratique et l’obéissance de pure forme »), proviennent d’une méconnaissance et d’un non respect des droits de propriété privée et d’une omniprésence et une omnipotence du Parti communiste à tous les niveaux. Le plus grave est que cette méconnaissance semble aussi présente en France qu’en Chine où personne n’a contesté, ni commenté les propos de Rongji déclarant qu’en Chine « l’ordre économique de marché laisse à désirer ». La Chine communiste n’a évidemment jamais été en économie de marché, mais cela arrange bien la pensée unique en France.

Mots-clés : Chine, Croissance, Déficit, Droits de propriété, Economie de marché, OMC.

Dossiers : Croissance, OMC.