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CHINE : LA REFORME ECONOMIQUE EN MARCHE ARRIERE
Alors que la Chine doit rejoindre l’OMC,
les dirigeants communistes ont renoncé à poursuivre la réforme de l’économie.
Au lieu de régler la question des entreprises d’Etat et d’instaurer les
règles marchandes (droits de propriété privée et liberté des contrats),
le premier ministre Zhu Rongji, vient de présenter devant l’Assemblée
nationale populaire un programme désastreux de grands travaux publics
datant de l’époque keynésienne. Déficit record, aides sociales pour les
paysans (plus de 800 millions de Chinois) etc., les mesures proposées
risquent fort d’entraver l’adaptation de l’économie et sa transition vers
le marché, si nécessaire après l’adhésion à l’OMC. Avec une telle politique,
le choc, camarades, sera explosif ! Alors que
la Chine doit se préparer à son adhésion à l’OMC et à l’ouverture sans
précédent de son économie, le nouveau programme économique du premier
ministre semble, au contraire, arrêter les réformes économiques de transition
vers le marché pour aller dans la direction opposée. Il prévoit notamment
un déficit budgétaire record de 309,8 milliards de yuans (40,7 milliards
d’euros), soit en augmentation de 19% par rapport à 2001. Les dirigeants
communistes viennent-ils de découvrir les vieilles recettes keynésiennes ?
Ainsi, si le déficit se creuse de manière si importante, c’est grâce à
l’ambition de Rongji de relancer la croissance à environ 7% par une politique
de redistribution active des revenus et des aides sociales en faveur des
paysans (soit plus de 800 millions de Chinois) et une politique de grands
travaux (une grand canal d’adduction d’eau du Sud vers le Nord est prévu
à cet égard). L’objectif principal est de contenir le chômage à court
terme à 4,5% coûte que coûte, avant le remaniement des dirigeants politiques
au sommet à l’occasion du 16ème Congrès du Parti en septembre
prochain. Comme en période pré-électorale, les autres objectifs sont plus
contradictoires les uns que les autres : faire croître le revenu
des paysans de 4% par des dépenses sociales (en augmentation de 28%, soit
86 milliards de yuans), ramener l’inflation à 1-2%, faire croître les
investissements de 10%, entre autres. Le cas
chinois est intéressant à plus d’un titre et prouve en tout cas que si
un régime communiste ne peut jamais, par nature, mettre en place une authentique
économie de marché (fondée sur les droits de propriété privée et la liberté
de contracter), il n’y a pas fondamentalement de différences en revanche
entre la politique économique chinoise et celle des gouvernements sociaux-démocrates
occidentaux qui manient interventionnisme de l’Etat dans la vie économique,
réglementations et subventions. Le nouveau
programme économique de Rongji va aggraver, à moyen terme, les risques
d’explosion sociale au lieu de les diminuer comme prévu. 1) Premièrement,
il essaie de concilier des objectifs contradictoires : il est impossible
de vouloir redistribuer massivement des revenus, mener une politique de
grands travaux et vouloir que l’investissement (privé, le seul susceptible
d’être productif) continue à augmenter. En effet, pour financer ses politiques,
la Chine va procéder à des emprunts publics pour 150 milliards de yuans
(20 milliards d’euros) et émettre des obligations pour 592,9 milliards
de yuans (78,7 milliards d’euros) pour couvrir son déficit et le service
de la dette qui s’élève à 16,3% du PNB. Par conséquent, l’Etat va aspirer
toute l’épargne ; ce sont autant de capitaux gaspillés dans les circuits
publics qui ne pourront pas se transformer en investissements productifs. 2) Deuxièmement,
les propositions du premier ministre ont pour objectif de venir au secours
des paysans, non pas avec une politique d’allègement des charges qui pèsent
sur eux, mais avec une politique active de redistribution des revenus.
Les effets d’une telle politique, qui veut à tout prix sauver la paysannerie,
seront désastreux : elle plongera plus de 800 millions de Chinois
dans l’assistanat social et elle les incitera à rester dans leur occupation
actuelle. Or, il est estimé que l’adhésion à l’OMC et l’ouverture de l’économie
devront amener plus de 500 millions de ruraux à quitter les campagnes
à cause de la parcellisation extrême de la terre, artificiellement soutenue
par le système actuel en l’absence de droits de propriété reconnus. Aider
800 millions d’assistés fera vite exploser le budget. 3) Enfin
le nouveau programme est en train de pénaliser les entreprises qui créent
la croissance, dont les dirigeants sont accusés par Zhu Rongji d’avoir
un « goût immodéré du luxe, de banquets fastueux et de divertissements
haut de gamme, y compris les voyages touristiques à l’étranger ».
Dans une logique égalitariste des revenus et estimant de manière absurde
que la croissance reposera sur la demande intérieure, celle des paysans
en premier lieu, le gouvernement chinois scie « la branche »
sur laquelle sont assises les performances de l’économie entière. Evidemment,
la relation va dans l’autre sens : c’est la réussite des entreprises
liées à l’économie mondiale qui entraîne dans son sillage la demande intérieure
et la croissance chinoise. Vouloir sauver l’agriculture est d’autant plus
absurde qu’avec l’adhésion à l’OMC le secteur sera radicalement bouleversé. En conclusion,
la Chine semble faire marche arrière vers une économie socialiste et interventionniste.
En réalité, aussi bien ses problèmes économiques que les problèmes moraux
évoqués par le premier ministre (« la fraude, le gaspillage, la corruption,
le style bureaucratique et l’obéissance de pure forme »), proviennent
d’une méconnaissance et d’un non respect des droits de propriété privée
et d’une omniprésence et une omnipotence du Parti communiste à tous les
niveaux. Le plus grave est que cette méconnaissance semble aussi présente
en France qu’en Chine où personne n’a contesté, ni commenté les propos
de Rongji déclarant qu’en Chine « l’ordre économique de marché laisse
à désirer ». La Chine communiste n’a évidemment jamais été en économie
de marché, mais cela arrange bien la pensée unique en France. Mots-clés :
Chine, Croissance,
Déficit,
Droits
de propriété, Economie de marché, OMC. Dossiers : Croissance,
OMC. |