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PHILANTHROPIE OU INVESTISSEMENTS
: QUELLE SOLUTION POUR LE DEVELOPPEMENT DES PAYS MOINS AVANCES ?
En 1970, les pays riches s’étaient fixés l’objectif
de 0,7% du PNB comme fonds d’aide publique aux pays les plus pauvres.
Dans les faits, en revanche, ce pourcentage a baissé, passant de 0,48%
à 0,22% du PNB, en l’espace de 30 ans. Selon Nicholas Stern, chef économiste auprès de la BM : « Les populations des pays pauvres en développement sont en meilleure santé et mieux éduquées qu’il y a 50 ans ». Un constat qui met en exergue le bilan « positif » de l’APD. Celle-ci comptera parmi les questions les plus importantes autour desquelles débattront les pays de l’OCDE à la Conférence internationale sur le financement du développement, qui se tiendra du 18 au 22 mars à Monterrey au Mexique. Les Etats-Unis semblent montrer leur intérêt pour cette conférence puisque W.W. Bush s’y rendra en personne, amenant dans sa valise la promesse de doubler l’aide américaine – la plus importante en valeur absolue mais la faible (0,1%) en fonction du PIB. La question du financement diviserait les opinions des responsables des pays de l’Europe des Quinze, qui, lors du sommet de Barcelone, ont échoué à trouver un terrain d’entente concernant les engagements en matière d’APD. En effet, si certains ont approuvé le projet de la présidence espagnole consistant à porter la contribution moyenne à 0,39% du PNB d’ici 2006, d’autres, appartenant à des pays dits « minimalistes » (Allemagne, Autriche, Grèce, Italie et Portugal), eux, ont peur d’aggraver davantage leurs problèmes budgétaires en épousant ce projet. Néanmoins, les experts de cette institution financière qu’est la Banque Mondiale se disent plutôt optimistes quant à l’efficacité de l’APD, malgré l’érosion de son volume (puisque la part des pays de l’OCDE est passée de 0,48% à 0,22%, en trente ans, très loin de l’objectif ‘0,70%’ assigné par l’ONU depuis 1970). Un optimisme conforté par le bilan qu’ont dressé ces mêmes experts, et via lequel ils ont fait entendre que l’APD était un « catalyseur du changement » dans le sens où elle a bénéficié à un nombre grandissant de pays qui l’ont utilisé à bon escient, puisque vers la fin des années 90, les pays affichant les meilleures politiques (mieux gouvernés), bénéficiaient de presque deux fois plus d’aide par rapport aux pays dits mal gouvernés. Si l’APD est « catalyseur du changement », c’est parce qu’ « elle est beaucoup plus efficace que lors de la guerre froide, quand elle était influencée par des considérations géopolitiques », souligne Ian Goldin, directeur à la BM en charge des politiques de développement. Pour Charles Josselin, ministre français délégué à la coopération, l’APD serait un moyen de préservation et d’entretien des « biens publics mondiaux » (sic !). L’APD pourrait prendre la forme d’une « taxation internationale : taxer les transactions financières spéculatives (voir notre article sur Tobin et sa taxe dans la même rubrique), le commerce des armes ou l’émission de CO2 », a-t-il soutenu dans un entretien accordé au FIGARO économie du mardi 12 mars 2002. Selon le ministre, l’ouverture au commerce international, du moins pour l’Afrique, n’est pas un gage de développement au contraire de ce que soutiennent les responsables aux Etats-Unis et la plupart des économistes. Au contraire, le propos du ministre s’avère coïncider avec les idées de Michel Aglietta (professeur à Paris Nanterre) qui ne voit guère de loi universelle entre ouverture et prospérité : « l’Asie du sud a une économie ouverte et est en forte croissance. L’Inde est fermée et en expansion rapide. Le Brésil est fermé et a obtenu des résultats médiocres. Difficile de conclure ». Le professeur se pose également la question « pourquoi les capitaux se dirigent-ils en priorité vers les Etats-Unis, le pays le plus capitalistique et où les perspectives de gain de productivité devraient, pour cette raison même, être moins élevés ». Rendez-vous donc à Monterrey,
où les représentants des pays riches décideront entre : Philanthropie
publique ou investissements privés. Deux choses sont néanmoins sures.
La première, c’est que sans de vrais efforts de démocratisation des institutions,
des réformes politiques et du système judiciaire, et sans déclarer de
guerre ouverte contre la corruption et le clientélisme, on n’arrivera
pas à faire sortir les pays moins avancés de la souffrance de leur population.
La seconde, c’est qu’en dépit des exemples largement sollicités de M.
Aglietta, une règle économique paraît évidente : un pays fermé ne
se développe pas. Seules les économies ouvertes sur le commerce mondial
se développent. Les preuves abondent, de l’Asie du Sud-Est à l’Ile Maurice.
Et l’idée de M. Josselin suivant laquelle le commerce n’est pas fait pour
l’Afrique, qui devrait ne recevoir qu’une aide publique, est une idée
dangereuse, qui maintiendra l’Afrique dans le sous-développement. Il est
vrai que M. Josselin est en bonne compagnie et que M. Chirac préférerait
lui aussi l’aide publique au commerce. Ils ont donc tort tous les deux
et seul le commerce, accompagné de réformes intérieures, sortira l’Afrique
de la misère (voir l’ouvrage de M.Koulibaly, le libéralisme, une chance
pour l’Afrique, L’Harmattan, 1992). Les hommes politiques qui refusent
le commerce avec l’Afrique ne veulent pas sauver l’Afrique, mais obéissent
à des considérations électorales à courte vue : faire plaisir aux
lobbies protectionnistes ! Mots-clef : APD, Banque Mondiale, Dettes, Développement, OCDE, OMC. Dossier : OMC. |