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UN
OSCAR POUR LA CROISSANCE AMERICAINE
La Palmarès de la croissance américaine se lit dans les chiffres de l’emploi et des créations d’entreprises. Il se lit également à travers les politiques monétaire et budgétaire vertueuses menées depuis près de dix ans. Le succès de l’expansion aux Etats Unis vient consacrer la théorie de « l’économie de l’offre ». C’est cette théorie qu’il fallait et qu’il faudrait appliquer en France. Malheureusement la France fait la sourde oreille au message américain. Les résultats sont là : un taux de croissance en rythme annuel de 6.9 % au quatrième trimestre 1999, le taux correspondant au trimestre précédent ayant été de 5.7 % ; une croissance sur l’année 1999 de 4.1 %, soit un taux légèrement inférieur au 4.3 % de 1998 ; et tout de même une moyenne annuelle de 4 % sur les trois dernières années. La croissance américaine est ininterrompue depuis dix ans, mais si l’on met entre parenthèses les neuf mois de récession de 1990, les origines de cette expansion remontent au début des années 80. Outre la durée, c’est la robustesse de cette dynamique de la croissance qu’il convient de souligner. Le krach obligataire de 1994, la crise mexicaine de 1994-95, la crise des pays émergents en 1997-98, et même la débâcle russe n’ont pas enrayé le processus de croissance aux Etats Unis, le plus long de l’après-guerre. Ainsi le taux de croissance américain est-il supérieur au taux de croissance moyen européen et au taux de croissance moyen des partenaires du G7. Le « prix du plein emploi », tant sur le plan quantitatif que sur le plan qualitatif, revient aux Etat Unis. Le taux de chômage, qui était de 7.5 % en 1992, est tombé quasiment au plus bas historique avec 4 % en fin 1999. Par un véritable processus de destruction créatrice, pendant que continuaient les licenciements, les créations d’emplois (20 millions depuis 1993, soit une augmentation de 200.000 par mois en moyenne) n’ont cessé de progresser. Ces nouveaux emplois ne sont pas des « macjobs » (petits boulots) mais des emplois qualifiés de cadres et de spécialistes, essentiellement offerts dans le secteur privé, par de petites sociétés qui fleurissent notamment dans les activités de services : informatique, droit, santé, comptabilité, gestion, ou encore enseignement. L’emploi à temps partiel ne représente que 17 % de l’emploi total, et les créations se produisent dans des branches où le salaire médian est supérieur au salaire médian total. Le fait plus remarquable est certainement que cette croissance dans le plein emploi se déroule sans pression inflationniste. Le « prix de la meilleure gestion monétaire » va certainement à la FED, ou plutôt à Alan Greenspan. De 1993 à 1999, l’indice des prix à la consommation a évolué entre 1.5 et 3% en glissement annuel. Cela est dû au talent du président de la FED qui a su mener une politique monétaire préventive, une gestion qu’il a su expliquer et préparer, une stratégie qui a stabilisé les anticipations des marchés (en particulier de Wall Street). Grâce à une très grande transparence, il a su récemment et une fois de plus, relever en douceur le coût du crédit en faisant faire par les marchés eux-mêmes et de façon spontanée les révisions d’anticipations. S’il était besoin d’une preuve supplémentaire, la « courbe de Phillips », c’est à dire la soi-disant antinomie entre la stabilité des prix et le plein emploi, est purement et simplement balayée, emportant avec elle les politiques keynésiennes. Qui plus est, le « prix de la meilleure gestion budgétaire » revient aussi aux Etats Unis. Egalement remarquable est le fait que le déficit fédéral qui s’élevait à 4.5 % du PIB en 1992 n’a cessé de décroître depuis cette date pour connaître un « vrai » surplus de 70 milliards de dollars en 1998, de 120 milliards en 1999 (1.3 % du PIB), et l’on prévoit que cet excédent continuera d’augmenter dans les années à venir. La politique budgétaire des Etats Unis a été vertueuse : une baisse substantielle des impôts a pris le pas sur la baisse des dépenses publiques. Il est clair que cela a contribué au tassement des anticipations inflationnistes, à la baisse des taux longs, à la réduction du poids de la dette publique et finalement à l’instauration d’une confiance durable des marchés. Preuve supplémentaire s’il en est de l’inanité des politiques keynésiennes préconisant le soutien de la croissance par le budget de l’Etat. La dynamique de la croissance a été auto-entretenue grâce aux effets de richesse émanant de la Bourse, lesquels ont maintenu un niveau élevé de consommation. Corrélativement, les investissements ont connu un taux de croissance inégalé dans la seconde moitié du XX° siècle. Certains tirent quelques sonnettes d’alarme en agitant le spectre de l’inflation, mais il n’y a rien de moins évident si l’on tient compte de l’assouplissement de la politique de l’immigration qui permet d’alimenter la production en main d’œuvre suffisante. D’autres dénoncent la seule ombre au tableau, le déséquilibre de la balance commerciale. Or rien ne permet de penser qu’il y a là une menace de crise. D’abord, le déficit en question ne signifie pas du tout une perte de compétitivité. Ensuite, rapporté au PIB, il se monte aujourd’hui à quelque 2.6 %, ce qui est inférieur au chiffre de 1985 (3.5 %), et dans l’histoire du commerce extérieur américain cela n’a rien d’exceptionnel. Enfin, le déficit commercial n’est pas en lui-même un symptôme de faiblesse, mais fait partie des grandeurs macro-économiques qui sont déterminées par les décisions et inter-actions d’une multitude d’agents économiques nationaux et étrangers. Ajoutons à cela que les derniers chiffres révèlent une augmentation des exportations américaines plus forte que prévue ; les possibilités de croissance en Asie et en Europe réduiront vraisemblablement le déficit extérieur américain. La simple réalité économique est que les limites de la croissance américaine sont sans cesse repoussées. Au delà du « paradoxe de la productivité » que Robert Solow (Prix Nobel d’Economie) et d’autres à sa suite ont exposé, mais qui peut s’expliquer par les délais d’apprentissage et de diffusion inhérents à l’apparition des nouvelles technologies ainsi que par l’incapacité des statistiques à mesurer correctement les gains de productivité, le fait est que la productivité a nettement progressé depuis deux ans et qu’elle progressera encore. Tout cela a donné naissance au vocable de « nouvelle économie » ou de « nouveau paradigme économique ». Il est incontestable que nous ayons affaire à une véritable révolution technologique. Cependant il n’y a rien de nouveau lorsque l’on énonce que le marché est efficace. Cette proposition a été démontrée depuis longtemps déjà ; la chute du mur de Berlin et le développement de la cyber-économie ne sont que les illustrations de cette proposition. L’explication de la nouvelle réalité économique ne peut être donnée de manière cohérente qu’avec les concepts de l’économie libérale classique, et plus précisément avec les théories que l’on a si longtemps refoulées pour promouvoir le keynésianisme. Le succès de l’économie américaine n’est autre que le succès de l’économie de l’offre, par opposition à l’économie keynésienne de la demande. Les fondements de la croissance américaine sont de nature micro-économique. Le dynamisme entrepreneurial montré aujourd’hui en exemple est le résultat du vaste mouvement de déréglementation et de défiscalisation qui a marqué les deux dernières décennies. Le développement du capital risque (partnerships, small business investment companies, business angels) est dû à la concurrence entre investisseurs institutionnels et à l’activité des fonds de pension, ainsi qu’à un cadre juridique et fiscal très favorable (faible imposition des stock-options). Le poids de la recherche privée et de l’investissement en capital humain témoignent également du dynamisme des entreprises. Jean Baptiste Say au début du XIX° siècle en France ne soutenait pas un point de vue différent : l’offre est le seul moteur de l’économie. Or pendant près de deux siècles, on a voulu combattre ce principe. L’Oscar de la croissance américaine n’est autre qu’un Oscar décerné à Jean Baptiste Say. Et pendant ce temps-là, le long métrage « Si la France m’était contée… » se voit attribuer la Palme d’or des « Prélèvements Obligatoires »… ce qui, très exactement, représente l’anti-économie de l’offre. La pantomime autour de la cagnotte fiscale virtuelle ne suscite vraiment pas l’euphorie ; elle révèle plutôt tous les obstacles qui doivent être démantelés.
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