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«TRAHISON» ET «DELATION» A LA BASE DE LA NOUVELLE POLITIQUE
DE CONCURRENCE DE BRUXELLES
Investir
en lobbying auprès des commissaires de la concurrence devient de plus
en plus intéressant pour «terrasser» ses concurrents. Fruit de la pression
des lobbies, la nouvelle politique de concurrence adoptée par la Commission
le 13 février dernier crée une invitation à la « trahison »
et à la « délation ». De quoi soulever l’indignation. Comme
en témoigne son Livre vert du 12 décembre dernier, la Commission souhaite
élargir davantage ses compétences. Elle dispose déjà du pouvoir de «faire
chanter» les candidats à une fusion, en exigeant des ventes forcées de
parts de marché à des concurrents, contrairement au respect des droits
de propriété. Voilà qu’à cet exercice du «chantage» elle vient d’ajouter
—avec l’adoption de sa nouvelle politique, le mercredi 13 février dernier—
l’incitation à la «trahison» et à la «délation» entre les entreprises
d’un cartel. Les «traîtres» pourront bénéficier d’une immunité totale
et les «collabos» verront leurs amendes réduites de 50%. Big Brother est
de retour ! Au
lieu de faire respecter les règles de la libre concurrence —respect des
droits de propriété et de la liberté de contracter— Bruxelles entrave
ainsi le déroulement normal du processus de marché. Par exemple, la procédure
de notification préalable obligatoire et de soumission du marché à la
bonne volonté de l’administration européenne est non seulement une source
d’incertitude supplémentaire pour les entreprises et leurs propriétaires
(le contrat sera-t-il ou non interdit par la Commission ?), mais elle
va à l’encontre du libre marché et de la liberté d’entreprendre. Influencer
la Direction de la concurrence, chargée de faire appliquer la réglementation
communautaire, peut « rapporter gros » : une interdiction
de fusion profite indiscutablement aux grandes entreprises déjà en place
dans un secteur donné, et l’obligation de vendre des parts de marché s’avère
un moyen efficace pour affaiblir et racheter ses concurrents (voir dans
les archives notre article du 20 mars 2000). Les
effets économiques de la politique européenne de (anti)concurrence sont
catastrophiques, à savoir une fragilisation artificielle des entreprises
européennes quand, pour des soucis d’efficacité et d’un meilleur service
du consommateur sur le marché mondial, elles doivent augmenter leur taille.
A cet égard, Laurent Fabius, a condamné—même si ce n’est pas pour les
bonnes raisons— le mercredi 13 février 2002, lors d’un colloque à l’occasion
du 15ème anniversaire du Conseil de la concurrence, la Direction
de la concurrence à propos de son veto sur la fusion entre Schneider et
Legrand. Fragilisées par cette interdiction, ces entreprises sont actuellement
la cible d’OPA (Offre Publique d’Achat) et de rachat par des groupes non-européens. Mais,
au-delà de ces effets économiques, la conséquence la plus désastreuse
pour le marché européen est le fait de fausser les «règles du jeu» marchand.
Les droits de propriété, sans lesquels une économie de marché est impensable,
sont non seulement oubliés, mais bafoués dans les réglementations communautaires. Face
aux incohérences de sa politique, la Direction se retrouve dans la position
bien curieuse d’inciter les entreprises à renier leur parole donnée et
leur engagement mutuel dans des entités, appelées péjorativement « cartels ».
Elle vient d’«affûter ses armes» pour lutter contre eux : dans sa
nouvelle politique de concurrence, adoptée le 13 février dernier, l’instance
européenne incite les entreprises, appartenant à des cartels, à la trahison
et à la délation en octroyant des privilèges d’immunité contre les poursuites
prévues et/ou de réduction, jusqu’à 50%, des amendes à payer. De
telles dispositions existaient déjà depuis 1996, mais les nouvelles mesures
rendent la dénonciation encore plus intéressante. —D’une
part, jusque là, l’entreprise qui dénonçait devait apporter des informations
« décisives ». Le caractère plus ou moins « décisif »
étant complètement à la discrétion de la Commission, peu d’entreprises
prenaient le risque de dénoncer. Désormais, « toutes les preuves »
en sa possession suffisent. —D’autre
part, l’entreprise qui dénonce en premier l’existence du cartel pourrait
bénéficier d’une immunité totale. L’effet
d’une telle réforme est facilement prévisible : il devient beaucoup
plus facile d’incriminer et d’affaiblir un concurrent, partenaire jusque
là au sein du cartel. A titre d’exemple, Aventis (ex-Rhône-Poulenc), en
dénonçant le cartel des vitamines, a bénéficié d’une immunité totale.
Tout en économisant une amende de plus de 742 millions de francs, elle
a pu infliger à ses anciens partenaires des pertes s’élevant à plus de
5,6 milliards de francs. Or,
en ce qui concerne les cartels, plusieurs précisions s’imposent. 1)
Premièrement, les cartels qui sont visés par la politique de concurrence
ne sont en rien contraires aux droits de propriété, à la nature du marché
et à la libre concurrence. Par conséquent ils ne sont en rien des délits
ou des crimes, mais seulement en infraction avec une réglementation absurde.
Au contraire, si un contrat de collaboration existe entre les différents
membres du cartel, le rôle des autorités est exactement à l’opposé :
ces dernières doivent faire respecter ce contrat et non inciter les entreprises
à le rompre. 2)
Deuxièmement, quand il y a un respect des droits de propriété, les cartels
sont réellement bénéfiques pour les consommateurs et c’est pour cette
raison qu’ils sont constitués. En effet, parfois, pour mieux les servir,
il est indispensable d’homogénéiser les produits des différentes entreprises,
et la fusion joue exactement ce rôle-là, au-delà de la création d’économies
d’échelle. Cependant, la concentration n’est pas toujours la solution
optimale. Une telle solution, étant donné la taille optimale des entreprises
dans le secteur, exige la co-existence et la coordination de plusieurs
entreprises différentes. Là se trouve justement toute l’utilité des cartels. 3)
Troisièmement, les nouvelles mesures, au lieu de favoriser la rivalité,
tendent au contraire à instaurer, dans un secteur donné, une dominance
complètement artificielle de l’entreprise « traîtresse » sur
ces concurrentes. Il n’y a aucun doute que Aventis a bénéficié d’un tel
« coup de pouce » face à ses concurrents. 4)
Enfin, les seuls cartels dangereux et contraires à la concurrence sont
ceux qui ne respectent pas les droits de propriété, à savoir les cartels
appuyés par la coercition et les pouvoirs publics. Et c’est justement
ces cartels —par exemple, la Banque Centrale Européenne, qui est un véritable
cartel des Banques centrales nationales— qui sont en dehors de toute sanction
par la politique européenne de concurrence. En
conclusion, l’absurdité de la politique de concurrence européenne devient
de plus en plus évidente. La Commission non seulement agit contre les
intérêts des consommateurs européens, avec des conséquences économiques
désastreuses, mais elle utilise des moyens fort déplaisant d’un point
de vue éthique en incitant les entreprises à la délation. Elle est en
train d’introduire une atmosphère de suspicion généralisée dans le monde
des affaires, caractéristique des informateurs pendant le communisme soviétique
pur et dur. Il n’y a pas de doute : Big Brother a élu domicile à
Bruxelles ! Mots-clés :
Cartel, Politique de concurrence, Union européenne. |