LA CAGNOTTE DES PRIVATISATIONS

Laurent Fabius a annoncé que l’Etat allait vendre 49% du capital des Autoroutes du Sud de la France. Mais le processus de privatisation est loin d’être achevé et, pour l’instant, cette « cagnotte » a été gaspillée. L’analyse de la Nouvelle Lettre.


L’Etat va vendre 49 % du capital des Autoroutes du Sud de la France. Gain attendu : entre 1,5 et 2 milliards d’Euros.

Laurent Fabius lorgne ainsi sur quelques fleurons de l’économie française pour boucher les trous et avoir un bilan budgétaire présentable, en dépit de la baisse de la croissance et des rentrées fiscales, et en dépit des folles dépenses de ces derniers mois pré-électoraux.

Il reste, en effet, plusieurs compagnies privées dans lesquelles l’Etat détient des paquets d’actions non négligeables et il reste aussi de nombreuses entreprises publiques dont la valeur n’est pas nulle.

Dans le passé, l’argent des privatisations a été dilapidé. Va-t-on à nouveau brader inutilement les « biens nationaux » ?

UN PACTOLE IMPRESSIONNANT

Supposons qu’il n’y ait pas de considération idéologique ou sociale à prendre en compte. C’est évidemment une hypothèse forte : privatiser EdF par exemple ne se fera pas sans des grincements de dents. Mais les plus endoctrinés se rendent parfois à une évidence : il faut prendre l’argent là où il est. Ainsi le trotskiste Jospin avait-il signé une pétition contre l’ouverture du capital de France Télécom… dont il a été l’un des artisans.

Sur le plan strictement juridique et financier, ce qui est encore à privatiser est un véritable pactole. Il y a d’abord la vente des participations de l’Etat dans des compagnies cotées en Bourse : Air France (2 milliards d’Euros), Renault (5 mds), Eads (2 mds), Thomson Multimédia (3 mds) France Télécom (20 mds)

Soit au total 37 milliards. Il y a encore la totale privatisation des entreprises publiques. Après apurement de leurs dettes, cela représente pour EdF, GdF, La Poste, France 2, un total estimé à 55 milliards d’euros environ.

Il y a enfin et surtout la vente des biens mobiliers et immobiliers possédés par l’Etat : immeubles administratifs, forêts domaniales et terrains, champs de manœuvre militaire aujourd’hui à l’abandon. La vente d’un tel patrimoine est une des plus récentes réformes réalisées en Italie par Silvio Berlusconi, qui a traité globalement avec de grandes sociétés de promotion immobilière. Chez nous, une estimation raisonnable fixe à 450 milliards d’euros ce qui est à proposer aux acheteurs. La somme totale de ces privatisations et liquidations d’actifs publics s’établit à quelque 550 milliards d’euros. Voilà le pactole.

OU EST PASSE L’ARGENT ?

Il existe hélas une fâcheuse tendance des gouvernants français, dès qu’ils cassent la tire-lire, à utiliser l’argent dans des emplois toujours qualifiés de « sociaux » et d’ »urgents ». La mode a été lancée par Edouard Balladur, ministre de l’Economie, puis Premier Ministre avec Edmond Alphandéry aux Finances et Nicolas Sarkozy au Budget. Ce dernier trio, non content d’alourdir la dette publique de quelque 400 milliards de francs en deux ans, a employé les recettes de privatisations (130 milliards, 20 mds d’euros) de la BNP, de Rhône Poulenc et de l’UAP, à combler le déficit budgétaire. Ils ne laissent à leur successeur Alain Juppé aucune marge budgétaire de manœuvre, et le contraignent à augmenter les impôts (fameuse hausse de 2 points de la TVA) pour entrer dans les clous de Maastricht et dans le Club Euro. Puis Christian Sautter et Laurent Fabius ont fait de même. Voilà à nouveau 22 milliards d’euros évaporés.

Depuis un an, les largesses du gouvernement Jospin ne cessent d’inonder le bon peuple, mais plus précisément les amis du pouvoir : 10 milliards pour les hospitaliers, gendarmes, policiers, paysans, erémistes, etc.

Cette consommation publique à finalité corporative ne laisse évidemment aucune trace conjoncturelle. Contrairement à ce que pensent les keynésiens de tous les partis, jamais la distribution massive de pouvoir d’achat et l’encouragement à la dépense n’ont créé le moindre emploi, ni le moindre point de croissance.

SONGEONS AUX RETRAITES !

Il y avait mieux à faire. On peut donner à ces recettes à caractère exceptionnel des emplois eux aussi exceptionnels. Deux d’entre eux sont souhaitables :

- le premier est le remboursement anticipé de tout ou partie de la dette publique. Atteignant aujourd’hui 57% du PIB, soit autour de 1.000 milliards d’euros : cela permettrait d’alléger le service de la dette, le deuxième poste de dépense budgétaire après celui de l’Education Nationale, et celui qui augmente le plus vite depuis plusieurs années. Moins de dette publique, c’est moins d’impôt dans le futur.

- le deuxième est la constitution d’un fonds de garantie des retraites par répartition. Les socialistes ont perçu les risques d’une explosion du système actuel, le rapport Charpin les a alertés depuis dix ans. Mais ils n’ont rien fait (« ce n’était pas inscrit à mon programme en 1997 », a dit Jospin sans fausse honte) si ce n’est créer le Fonds de Réserve des Retraites. Mais non seulement ce fonds est faiblement abondé, mais le peu d’argent qu’il avait a été subtilisé par Bercy pour financer les 35 heures ( à travers le FOREC).

Si l’on veut être sérieux sur un dossier sérieux, voire même dramatique, il faut une action d’envergure, qui ne peut consister qu’à mettre en place les fonds de pension et autres intermédiaires financiers de la capitalisation, et non seulement d’introduire la capitalisation en complément du système actuel (c’est mieux que rien, mais cela ne fait pas disparaître l’ineptie et les gaspillages de la répartition), mais aussi, et le plus tôt sera le mieux, de substituer la capitalisation à la répartition par tranches successives. Ce « plan glissant » de transition d’un système à l’autre nécessite un capital considérable pour éponger les droits acquis par les retraités actuels et futurs dans le système de répartition. Les Chiliens ont précisément pu financer la transition grâce aux recettes des privatisations. Mais ils n’ont pas gaspillé ces recettes, comme ces Messieurs se préparent à le faire en France.

Mots Clés : Actions, Capital, Déficit budgétaire, Dette publique, Entreprises publiques, Keynésianisme, Privatisation.