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FRANCE TELECOM : ON PASSE DE L’ORANGE AU ROUGE
Il est vrai que derrière cette tension il y a une divergence de stratégie
entre Mobilcom et France Telecom. Les allemands de Mobilcom sont les seuls
à continuer à croire au pactole des UMTS, alors que cette nouvelle génération
de télécommunication est en perte de crédit chez tous les opérateurs.
Mais cela suffit-il à expliquer la situation de France Telecom ? Aux yeux des analystes, les propos de Gerhard Schmid seraient fondés et ils
jugent que la facture présentée par Mobilcom n’est pas aussi excessive
que ne le prétend France Telecom. L’affaire relèverait donc plus du roman
noir que du Business. France Telecom tente de détourner l’attention pour
masquer ses mécomptes. En effet un simple regard sur les cours de bourse
offre un aperçu de la méfiance que les investisseurs accordent à France
Telecom. Depuis le début de l’année, la dégringolade des cours tant pour
Telecom que pour sa filiale Orange, est de l’ordre de 36%. D’autre part,
la dette de la société n’a toujours pas diminué et frôle les 70 milliards
d’euros. France Telecom est donc plus qu’en difficulté. D’ici au 21 mars,
elle est obligée d’assumer ses pertes. Des pertes qui ont pour principale
origine la particularité de son actionnariat. La présence de l’Etat a
atteint une autre limite, que l’on minimisait autrefois. Laquelle ?
Souhaitant mener une politique de croissance externe agressive, France Telecom
s’est engagée dans une stratégie de conquête pour renforcer sa stature
européenne. C’est ainsi qu’elle est entrée au capital du câblo-opérateur
Britannique NTL pour 8 milliards d’euros de l’allemand Mobilcom (4 milliards
d’euros) et surtout d’Orange (43,2 milliards d’euros), pour ne citer que
le plus important. Or, bloquée par l’interdiction qui lui est faite de
diluer la participation de l’Etat, France Telecom s’endette pour confirmer
ses acquisitions, là ou les autres sociétés se contentent d’émettre des
actions. Aujourd’hui donc, avec les déboires de certaines entreprises de la technologie
de l’information, les acquisitions de France Telecom ne valent plus leur
prix d’achat. De 43,3 milliards d’euros, Orange ne vaut plus que 30,9
milliards d’euros. Or contrairement à ses concurrents tels Telecom Italia,
Vodafone, qui ont joué la transparence en dévalorisant leurs actifs, France
Telecom refuse jusqu’à présent de faire le pas. Il est évident que si
elle effectue cette opération de dépréciation d’actifs, les comptes vont
faire apparaître des pertes nettes très importantes. Si Michel Bon pousse
l’Etat, son actionnaire à hauteur de 55%, à aller vers cette solution,
pour « assainir une bonne fois pour toute ses comptes, et repartir
sur des bases saines », Bercy ne se laisse pas facilement forcer
la main. Les dégâts collatéraux seront en effet conséquents. Une incursion
brutale du débat sur le statut des entreprises publiques et le rôle de
l’Etat actionnaire, colorée par de grosses pertes, risque de rendre visible
les défaillances du gouvernement et d’anéantir l’image du premier ministre
candidat. Bercy cherche donc de nouvelles palettes de couleurs pour faire
en sorte qu’on ne passe pas de l’Orange au Rouge aussi facilement. La tâche est délicate, d’autant que depuis l’affaire Enron, les acrobaties
comptables seront tout de suite suspectées surtout si c’est pour des motifs
bassement politiques... Mots-Clés : Concurrence,
Entreprise,
Privatisation,
Rentabilité.
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