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DIVIDENDES : LES SOCIALISTES FRAPPENT FORT
La
croissance en 2002 —plutôt proche des 1,5%— sera loin des 2,5% retenus
par Laurent Fabius dans son dernier budget (voir notre article dans cette
rubrique économique). Dans un tel contexte, la situation des comptes publics
devient extrêmement fragile et tout moyen est bon pour remplir les caisses
de l’Etat. L’administration fiscale l’a très bien compris, et n’hésite
pas à transgresser les principes du droit les plus élémentaires pour y
parvenir. Ainsi,
une instruction fiscale datée du 28 décembre 2001 (il faut croire que,
pour taxer les gens, on trouve des fonctionnaires, même pendant cette
période de l’année !) remet en cause le régime de l’avoir fiscal
des dividendes exceptionnels, à compter du … 1er janvier 2001.
Cette mesure a provoqué une vive réaction du Medef qui a adressé le 16
janvier dernier un courrier au Directeur général des impôts, François
Villeroy de Galhau et au directeur du cabinet de Laurent Fabius, Bruno
Crémel. L’impact
de cette décision arbitraire est extrêmement dommageable, à plus d’un
titre, pour l’économie française. -
D’une part, elle sert à propager la confusion qu’a créée une décision
absurde du Conseil d’Etat du 26 février 2001. Alors que la notion de dividende
était bien claire pour tous les acteurs économiques (en tant que rémunération
de l’actionnaire), l’instance juridique a abusé de son pouvoir pour supprimer
cette clarté et introduire une dose considérable d’incertitude et d’arbitraire.
Elle a donné sa « nouvelle définition » du dividende :
il y a dividende uniquement quand la distribution de celui-ci a été décidée
lors d’une assemblée générale statuant sur les comptes de l’entreprise.
En revanche, les dividendes décidés lors d’assemblées extraordinaires
ne sont plus considérées comme tels. Ce qui est aussi absurde que de prétendre
que les moutons blancs sont des moutons, mais que les moutons noirs ne
le sont pas. La confusion et la corruption du langage ne sont jamais bonnes
pour les affaires publiques en général, et pour le fonctionnement de l’économie
en particulier, car elles signifient arbitraire et incertitude. -
D’autre part, l’instruction fiscale du 28 décembre 2001 supprime le régime
d’avoir fiscal sur les dividendes exceptionnels. Ce système a été mis
en place en France en 1965 pour atténuer les effets destructeurs d’une
double imposition sur l’épargne (une fois au niveau des bénéfices de l’entreprise
et une deuxième fois en tant que revenu pour l’actionnaire-épargnant).
En effet, les dividendes exceptionnels ne bénéficient plus de l’avoir
fiscal (équivalent à 50% de la somme distribuée pour les personnes physiques
et à 15% pour les personnes morales). Une telle mesure pénalise une fois
de plus l’épargne, pourtant si nécessaire pour la reprise de la croissance. -
Enfin, l’effet le plus néfaste de cette décision de l’administration fiscale
consiste dans l’instabilité des règles du jeu qu’elle introduit. Elle
montre que la seule «règle» valable est celle de l’arbitraire fiscal qui
peut modifier les textes à sa guise. Ce qui est particulièrement grave,
c’est le caractère rétroactif de la décision : des entreprises qui
ont distribué des dividendes en toute connaissance de cause des textes
de l’époque, se trouvent pénalisées après coup (plus de 88,5 milliards
de francs se retrouvent dans ce cas). Selon le Medef, bien soutenu par
des associations comme Afep ou Paris Europlace, « il est particulièrement
inadmissible que le nouveau dispositif soit rétroactif, ce qui montre
le peu de cas que fait l’administration de la nécessaire sécurité juridique
dans laquelle devraient pouvoir opérer les entreprises ». La non-rétroactivité
des lois nouvellement votées est l’un des principes de base de l’état
de droit, qui exige que personne ne puisse être condamné pour une action
passée, s’il a agi selon les lois en vigueur à l’époque des faits. La
décision de modifier la fiscalité de manière rétroactive contribue un
peu plus à ce que la France devienne une « terre brûlée », hostile
aux entreprises, aux investissements et à la libre initiative. En
conclusion, la nouvelle décision de l’administration fiscale montre une
fois de plus que, dans le domaine fiscal, la France, loin d’être un état
de droit, est bien plutôt une « république bananière ». Au-delà
des effets désincitatifs pour l’épargne et l’investissement sur le territoire
national, elle se révèle, devant les acteurs économiques du monde entier,
comme un pays sans « règles du jeu » stables, livré à l’arbitraire
du fisc. La révolution fiscale reste à faire. Mots-clés :
Avoir fiscal, Dividende, Entreprise,
Epargne,
Fiscalité. |