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FABIUS
DEFIE LE TEMPS
Mais, pour une fois, nous ne résistons pas au plaisir de rafraîchir la mémoire de nos lecteurs en reprenant un des nombreux articles de conjoncture que nous avions consacrés aux "prévisions" de croissance qui avaient inspiré Laurent FABIUS et dont il est bien obligé de reconnaître aujourd'hui qu'elles étaient erronées, de bonne ou de mauvaise foi c'est autre chose ! Après ce rappel historique intéressant, nous examinerons rapidement les conclusions à en tirer et les perspectives pour les mois à venir. UN BUDGET EN TROMPE L'OEIL C'était le
titre de notre rubrique de conjoncture du 20 Octobre dernier (n°682),dont
voici quelques extraits. Laurent FABIUS est expert en camouflage : il voit la croissance alors qu'on est en pleine récession, il présente un budget "réaliste mais volontariste", dont le réalisme est absent et qui traduit surtout la volonté de tricher avec les dépenses et les recettes publiques. La discussion budgétaire qui s'ouvre à l'Assemblée ne sera pas triste, avec d'un côté la surenchère de la gauche plurielle (de plus en plus plurielle)et de l'autre les critiques faciles de l'opposition. Le camouflage budgétaire a été facilité par deux faits conjoncturels : d'une part la guerre contre les terroristes occupe prioritairement les esprits et l'opinion publique n'est que modérément intéressée par le budget, d'autre part la proximité des élections empêche beaucoup de députés d'aller contre des mesures déraisonnables mais politiquement correctes, puisqu'elles vont dans le sens du "social" et de la "solidarité". Il n'en demeure
pas moins que ce budget est bâti sur trois artifices au moins : surestimation
de la croissance, donc des recettes, en 2001, glissement rétroactif de
dépenses de 2002 sur le budget 2001, pour alléger les charges, interprétation
"souple" des critères d'Amsterdam. Quant à l'inspiration générale,
elle est celle de "la consolidation de la croissance" et du
"patriotisme économique", expressions ronflantes pour masquer
le chômage et la stagnation qui s'annoncent. Les premières ébauches du budget 2002 avaient été conçues en Juin dernier, sur la base d'un taux anticipé de croissance de 3,3 %. C'était une rémanence de l'euphorie des années passées. On est revenu ensuite à plus de réalisme avec une révision à 2,3 %. Le premier miracle est que l'on n'a pas changé les grandes masses budgétaires alors même qu'on se préparait à un point de croissance en moins. Le deuxième miracle serait d'atteindre réellement ces 2,3 %, alors que tous les conjoncturistes prévoient moins de 2 % non seulement à cause de la récession américaine (qui sera sans doute moins longue que prévu) mais aussi du fait de la panne allemande : nos voisins sont "scotchés" autour de 1% et nos échanges avec ce partenaire privilégié vont donc s'en ressentir. Surtout les mesures de désintégration des entreprises françaises contenues dans le plan dit "de modernisation sociale" nous promettent un ralentissement général. Bien évidemment les mesures prises dans le budget pour "consolider la croissance" sont aussi de la poudre aux yeux. Elles participent de la philosophie keynésienne élémentaire : distribuer du pouvoir d'achat aux pauvres pour les encourager à consommer. Tous les consommateurs sont d'ailleurs invités à faire preuve de "patriotisme économique". On n'en est pas à quelques incohérences près. La première est que si l'Etat consomme davantage il empêche les contribuables de consommer. La deuxième est que la consommation n'a jamais en soi créé d'emplois : d'une part elle peut être satisfaite par des produits importés, et les emplois se créent ailleurs, d'autre part elle ne peut être satisfaite par des produits français que dans la mesure où les entreprises françaises peuvent produire. Or l'investissement est tari par la fiscalité, et les profits disparaissent sous l'effet de la traque sociale et réglementaire. Mais Laurent FABIUS a-t-il cure de ces conséquences inéluctables ? Son approche n'est pas économique, mais électorale. Le trompe l'oeil ne trompe que ceux qui le veulent bien. MAIS LA REPRISE EST LA... Cette vue de la conjoncture n'était-elle pas d'un pessimisme à courte vue ? Un commentateur a en effet remarqué, à juste titre, que chaque fois que les gouvernements avaient révisé la croissance à la baisse, comme DSK en 1998 et Juppé en 1996, la croissance était repartie quelques mois plus tard. La conclusion semble s'imposer : il suffit de réviser la croissance pour qu'elle reprenne! Plaisanterie à part, il n'y a aucune chance pour que la croissance soit au rendez-vous en 2002, sauf si un tremblement de terre libéral se produisait entre temps. En 2002, même avec une reprise non négligeable de l'économie américaine, la France sera hors course. Il faudra panser les plaies des lois "sociales" des dames AUBRY et GUIGOU, et payer toutes les dépenses issues des promesses électorales démagogiques, tandis que les réformes de structure qu'attend en vain notre économie n'auront pas été faites... Mais cela
perturbe-t-il Laurent FABIUS ? Point du tout : Les services de Bercy pronostiquent
une fourchette de 2,8/3,2 % pour 2003. Pourquoi pas 5 % ? Mots-Clés : Budget,
Croissance,
Conjoncture,
Keynésianisme,
Lois économiques. |