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LES SEIGNEURS DES AGNEAUX
Tous les candidats se précipitent
au salon de l’agriculture. Ils se veulent seigneurs des bestiaux, seigneurs
des agneaux. Mais quelle est la situation des paysans qu’ils sont prompts
à flatter ? Le dernier recensement agricole révèle les mutations
de ce monde en difficulté : de moins en moins d'agriculteurs, de plus
en plus endettés, sur des exploitations de plus en plus grandes. Tandis que les producteurs vivent de moins en moins bien, les consommateurs
se plaignent de la "mal-bouffe", et les citoyens de la pollution.
La formule de Sully selon laquelle "labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France" est vraiment de l'histoire ancienne. Certes, la France a la première agriculture d'Europe, et les Français restent très attachés au monde rural -comme ne l'ignorent pas les candidats présidents. Mais c'est une agriculture qui ne nourrit plus si bien son homme. Il devient de plus en plus difficile pour un jeune agriculteur de s'installer dans cette profession s'il n'est pas issu de ce milieu ou s'il n'est pas disposé à s'endetter pour 20ans. En effet, la taille de l'exploitation rentable a considérablement augmenté au cours du temps. C'est ce qui explique une concentration des terres, un mouvement qui s'accentue depuis 15 ans. Ainsi, la superficie moyenne d'une exploitation est aujourd'hui de 42 hectares, le double par rapport à 1988. Après tout, de telles transformations d'un métier accompagnent nécessairement l'évolution sociale. Qu'il y ait de moins en moins d'agriculteurs produisant de plus en plus, signifie simplement que l'offre s'est organisée vers plus de productivité. De plus, la part des dépenses agro-alimentaires ne cesse de se réduire dans les dépenses de consommation des Français, en raison de la hausse de leurs revenus : ils diversifient leurs dépenses. Il est normal que la part de la production et de l’emploi agricole diminue aussi, suivant l’évolution de la consommation des ménages. Qu'en est-il maintenant du mieux-être, à la fois celui de l'agriculteur moyen, comme de celui du consommateur de produits agricoles ? Certes, le producteur est confronté aux contraintes modernes des sociétés ouvertes, et peut-être est-il de ce fait plus angoissé que ne l'étaient ses prédécesseurs. Toutefois, encore faut-il ne pas oublier que s'il résiste, il gagnera probablement mieux sa vie. Selon le CREDOC (Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie), 40% des paysans dégagent des revenus inférieurs au smic, et parmi eux, 43% sont des agriculteurs relativement âgés, qui travaillent à "l'ancienne", sur des exploitations de petite taille. De surcroît, les taches étant moins pénibles physiquement, l'on peut supposer que l'espérance de vie des agriculteurs de la nouvelle génération en sera améliorée. Pour autant, le paradoxe tient à ce que le consommateur semble être de plus en plus demandeur d'une agriculture biologique, plus qualitative, revenant à réintégrer certains procédés traditionnels. Cela suggère des opportunités de profit à des exploitants vigilants qui répondront à cette demande par des processus de production qualitatifs plus que quantitatifs. Encore faut-il que la réglementation, le contrôle des prix, les subventions, bref, la politique agricole communautaire, ne viennent pas brouiller les signaux que ces consommateurs envoient aux producteurs, via le marché : voilà la vraie raison des problèmes des agriculteurs : de faux prix entraînent toujours de mauvaises décisions. Il faut enfin libéraliser le secteur agricole. Mots-clés : Agriculture, Marché, Prix, Revenus.
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