RETOUR DE L’OR DANS LE SYSTÈME MONÉTAIRE MONDIAL ?

Jacques Garello


Jeudi 12 novembre, le cours de l’or a atteint à Londres un pic spectaculaire : 1.123 dollars l’once. A titre de comparaison, quand le système monétaire a été reconstruit à Bretton Woods à la fin de la deuxième guerre mondiale, la parité officielle était de 35 dollars l’once !

La hausse actuelle ne doit rien au hasard, elle est le résultat d’achats massifs par des banques centrales ou des banques commerciales, qui ont converti en or une partie importante des dollars qu’elles détenaient. Cette tendance est visible dans diverses régions du monde : l’Asie du Sud Est par priorité (Inde et Sri Lanka), mais aussi le Canada, les pays du Golfe, ou la zone pacifique, bien que la Chine, pays le plus gros porteur de billets verts (900 milliards de dollars dont 700 milliards de Bons du Trésor américain suivant les estimations) ne semble pas vouloir restructurer ses actifs bancaires.

La méfiance à l’égard du dollar n’est pas nouvelle. Les estimations de la Barclays au 15 octobre mesuraient que les banques s’étaient délestées de 63% de leurs liquidités en dollars pour leur substituer de l’euro ou du yen. Traditionnellement, le dollar représentait les deux tiers des réserves bancaires du monde entier, il n’en représente plus aujourd’hui que 37%. La chute est donc vertigineuse.

L’élément nouveau est cependant la récente faveur dont jouit le métal jaune. Serait-on en train de retourner à l’étalon-or ou au Gold Exchange Standard (étalon change or) ?

Il n’en est absolument pas question. L’or a été démonétisé depuis août 1971, quand la dernière banque centrale dont la monnaie était liée à l’or, la FED américaine précisément, a cessé de fixer un taux officiel or-dollar (on était déjà bien loin des 35 dollars l’once, on évoluait autour de 200 dollars). De ce jour, l’or a été ramené au rang de simple « métal précieux », de moins en moins utilisé pour constituer des réserves bancaires, et redevenu un simple métal précieux à usage industriel. Progressivement les banques ont vendu leur stock d’or, qui s’est donc retrouvé dans les actifs de particuliers ou d’entreprises.

Marchandise comme une autre, l’or bénéficie pourtant de certaines qualités économiques spécifiques. De son glorieux passé, l’or a gardé la cotation dans toutes les bourses du monde. Sans doute d’autres marchandises sont-elles objets de cotation permanente (le cuivre, le nickel, le cacao ou le café par exemple), mais peu de marchandises ont une valeur relativement stable et, surtout, une organisation de leur marché aussi souple et efficace. Des arbitrages sont possibles d’une place boursière à une autre, de sorte qu’on peut connaître à tout instant le prix du lingot dans le monde entier. L’or est donc toujours une valeur à grande « liquidité » : on peut en connaître et en récupérer la contre-valeur à tout moment, il ne manquera pas de personnes intéressées à vendre ou acheter. Mais l’or est un placement, un avoir, et pas une monnaie de paiement.

Il y a peu de chance qu’il le redevienne, en dépit des partisans d’un retour à l’étalon-or (dont le plus talentueux a été sans aucun doute Jacques Rueff). Il en est ainsi pour deux raisons. D’une part, la production d’or est concentrée entre les mains de deux grands pays Russie et Afrique du Sud, et ils occuperaient à nouveau une position dominante sur le marché (ils ne s’en sont pas privés pendant le système de Bretton Woods et le cours commercial de l’or n’a cessé de faire le yo yo). D’autre part, l’étalon-or repose sur la discipline et l’honnêteté des banques centrales et des gouvernements qui sont derrière elles. Dans le système de Bretton Woods, les pays s’engageaient à ne pas dévaluer (c'est-à-dire modifier unilatéralement la parité de leur monnaie nationale en or). Mais aucun n’a tenu sa promesse, et les Etats-Unis eux-mêmes, pourtant piliers du système, l’ont finalement fait exploser. Le système des taux fixes, avec une parité officielle entre monnaies par l’intermédiaire de leur valeur en or, a montré son inefficacité dans un contexte où les Etats gardent leur souveraineté monétaire. La concurrence entre monnaies avec des taux de change variables, fixés sur un marché libre, est réellement bien supérieur, en attendant la seule grande réforme du système monétaire mondial : la privatisation des monnaies.

Le 13 Novembre 2009

   
 

 

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