VERTS DE VERTS


Jacques Garello

C’est l’enseignement majeur de ces élections européennes en ce qui concerne le paysage politique français, soudain reverdi : il y a les verts de verts, les verts de rouges, les verts de gris.

Toute la classe politique s’est mise au vert. 

Les vers de chez verts sont les écologistes de tous temps, de tous partis. Ils aiment l’air pur, les petits oiseaux, les fleurs, les produits bios, le commerce équitable et les éoliennes. Ils n’aiment pas le DDT, ni les automobiles, ni les portables. Ils étaient déjà contre la croissance en 1958, et à l’époque Sicco Mansholdt et le club de Rome persuadaient les gens qu’il fallait cesser de penser au Produit national brut pour ne s’intéresser qu’au Bonheur National Brut. Dignes descendants de Malthus, ils sont persuadés depuis la nuit des temps que l’humanité court à sa perte : trop de terriens par rapport aux ressources de la terre. Cependant ils se rattachent à des familles intellectuelles et spirituelles très diverses, allant depuis les frères de Saint François d’Assise qui voient dans la nature la réussite du Créateur, jusqu’aux néo-païens adorateurs de la déesse Gaïa. Ils vont de la naïveté à la sorcellerie, de la photographie à l’apocalypse.  

Les verts de chez rouge sont tout autres. Les projecteurs de l’actualité électorale ont été braqués sur eux : Cohn Bendit, Mamère, Bové, Eva Joly. Incontestablement, ils ont gagné. Ils ont su parfaitement exploiter la peur qu’ils ont semée pour mettre en accusation le capitalisme, le marché, le mondialisme, les patrons, le profit. Leur belle histoire a commencé en 1961 à Rio. Une fois la belle aventure marxiste terminée avec la chute du mur de Berlin, ils ont eu tôt fait de se ressaisir, et de déplacer la lutte des classes au niveau mondial, dans l’affrontement entre nations bourgeoises et nations prolétaires, comme disait Rosa Luxembourg, ou entre le Nord et le Sud, comme on dit maintenant. Le Nord exploitant, dégradant, obligeant le Sud à piller les forêts, les essences et les espèces. Le Nord, ce sont les Etats-Unis bien sûr, le pays du diable capitaliste, dominateur et matérialiste : impérialisme de MacDo, Coca et Hollywood. Ils ont trouvé le mot et le concept qui allaient faire recette : développement durable.

Ils espèrent bien retrouver les scores électoraux et le pouvoir des partis communistes des années 1960. Ils partent à l’assaut de la forteresse Europe, elle-même bastion avancé de la lutte anti-mondialiste. Grâce à la séduction qu’il opère sur les Verts de Verts, ce marxisme moderne a construit son succès sur les ruines du paléo-marxisme de Martine Aubry ou Olivier Besancenot.  

Les verts de gris ont su gagner les élections en perdant leurs électeurs. Verts de gris, ils attaquent les bases de la nation qui les a portés au pouvoir en 2007 (mais Jacques Chirac, avec ses discours larmoyants à Johannesburg, sa passion soudaine pour le développement durable et son aversion pour les transports aériens, avait amorcé le mouvement).

L’acide du vert de gris, c’est aussi et encore le développement durable. C’est le réchauffement climatique, c’est l’épuisement des ressources naturelles, c’est le principe de précaution. Un homme a brillé particulièrement au soir des élections : Jean Louis Borloo. Mais Jean Louis a pris modèle sur Nicolas, et tout le monde en haut lieu prend Borloo pour modèle. Ne voit-on pas en lui un Vice Premier Ministre (un titre comme seuls les Soviétiques savaient en  inventer) ? Il contrôle, a-t-il confirmé, les transports, le logement, l’agriculture. 460 milliards d’euros investis dans la « croissance verte », les emplois verts résorbant le chômage : quelles performances !  Depuis deux ans, on décline du Grenelle. Le Grenelle de la mer viendra opportunément nous rappeler « qu’il y a plus de mer que de terre à la surface de la planète ».

Il faut bien sûr mettre dans la cuisine vert-de-gris une pincée de réglementation et une bonne louche d’impôts. C’est ainsi que le résultat le plus sensible de ces élections, c’est de nous valoir la promesse immédiate d’une « Contribution Energie Climat » (ou climat-énergie, comme on veut). Elle doit naturellement s’articuler avec une taxe aux frontières sur les produits en provenance des pays qui ne sont pas écologiquement corrects, qui ne font rien pour diminuer leurs émissions de CO2, à la différence de la vertueuse France, qui sera « pionnière en matière d’énergie renouvelable comme elle l’a été en matière d’énergie nucléaire, les deux ne s’excluant pas » (Nicolas Sarkozy, 12 juin). Sur ce dernier point la cohabitation avec les Rouges et les Verts de Verts sera plus difficile. Mais, de manière très lucide, Noël Mamère reproche au gouvernement actuel de lui piquer toutes ses bonnes idées, depuis la taxe carbonne jusqu’aux maisons écologiques.

La manœuvre électorale consistant à faire de la surenchère verte, et maintenant à « surffer sur la vague verte » (médias) pour mieux enfoncer le PS et le Modem, a donc réussi. Mais je me demande s’il ne s’agit pas d’une victoire à la Pyrrhus. Visiblement, l’électorat « de droite » a fondu, et seul un Français sur neuf a « plébiscité » Sarkozy. C’est un réservoir de voix tout à fait insuffisant pour la suite des évènements, et pour imposer silence aux syndicats et autres adversaires de toute réforme intelligente – si tant est qu’il y en ait quelqu’une.

D’autre part, les Verts de gris se font des illusions quand ils pensent pouvoir imposer leur programme fiscal et social au reste de l’Europe. Alors que Michel Barnier, présenté comme le grand vainqueur de l’épreuve, s’était prononcé contre le renouvellement de Juan Manuel Barroso à la tête de la Commission, la cousine Angela a déjà adoubé l’ultra libéral portugais. La fiscalité verte n’est pas non plus du goût de beaucoup de dirigeants et de peuples, et encore moins le contrôle aux frontières.

Pour rechercher un pouvoir durable, Nicolas Sarkozy n’a d’autre solution que de gouverner avec les Verts, et mieux encore avec les Verts Rouges : on a exclu Claude Allègre - qui a commis le crime de préférer la science à l’idéologie et de ramener les changements climatiques à ce qu’ils sont, c'est-à-dire la pluie et le beau temps – mais on pourrait inviter Dany ou José à seconder leur ami Jean Louis.

Il y toutefois une couleur qui monte dans le paysage électoral français : c’est le marron. Car les électeurs de la « rupture » qui ont porté Sarkozy et l’UMP au pouvoir ont de plus en plus le sentiment d’avoir été « faits marrons », comme on dit chez moi.  

Le 10 Juin 2009

   
 
  

 

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