EUROPE : EN ATTENDANT LES RESULTATS ...


La campagne électorale est passée comme un éclair. Les listes ont été longues à constituer ; il faut dire que le système français, à la proportionnelle, mais par grandes régions, est un vrai casse-tête : chaque département veut son représentant, alors qu’il s’agit d’élire des membres du parlement européen. Les grands partis (UMP, PS) ne se sont pas précipités pour faire campagne, espérant sortir du lot sans effort, alors que les petits partis ont besoin de se faire connaitre ; les enjeux européens ont été largement mélangés avec les enjeux intérieurs, ce qui fait que peu de gens vont voter pour tel projet européen, mais pour ou contre Sarkozy, ou pour que Bayrou soit un jour président, à moins que ce ne soit Martine ou Ségolène. Résultat : nous voici à quelques jours du scrutin et rien n’est clair.

Sur le plan institutionnel, on n’est pas beaucoup plus avancé. Certes, la plupart des candidats défendent, sans enthousiasme, le traité de Lisbonne ; d’autres ont fait bruyamment campagne contre (ils ont raison, mais pas toujours pour les bonnes raisons : ils trouvent souvent le traité trop libéral, les libéraux le trouvent pas assez !), mais de toutes façons le traité ne dépend pas du futur Parlement européen , mais de sa ratification par les Etats. Les présidents tchèque et polonais trainent les pieds pour signer, des recours sont pendants devant certaines hautes juridictions (Belgique, Allemagne) et, bien entendu, rien n’est joué en Irlande.

Le feuilleton de la présidence tchèque a aussi attiré l’attention, puisque le gouvernement plutôt libéral (mais pas assez aux yeux du président Klaus) a dû démissionner ; faute de pouvoir organiser de suite des élections, un gouvernement de « techniciens » (technocrates serait plus juste) a été mis en place, présidé par un ancien membre du parti communiste (adhérent au pire moment, en 1980). Logiquement, le premier ministre devrait présider les réunions européennes, mais ayant un pouvoir de technicien, donc inexistant (comme un Hobbit de Tolkien, il ne rêve que de retourner dans son trou), c’est le président Klaus qui a pris les choses en mains. On sait qu’il est farouchement opposé au traité et nettement plus libéral que tous les autres chefs d’Etat ou de gouvernement. Il a présidé le sommet UE-Japon, idem pour le sommet UE-Russie ou UE-Corée. Il voudrait surtout présider le conseil européen du 18 juin, consacré … à l’avenir du traité.

Et en France ? L’UMP s’est réfugiée derrière le président, qui met en avant « sa dynamique présidence » de l’UE, parle de sécurité en France et de protection en Europe, sans qu’on sache très bien contre quoi l’Europe doit nous protéger. Les slogans sonnent bien (« Quand l’Europe veut, l’Europe peut »), mais sonnent aussi creux. Mais l’UMP a aussi, conformément au vote de ses députés sur de nombreuses questions (à commencer par les services publics), critiqué l’Europe libérale.

Inutile de dire que presque tous les autres lui ont emboité le pas sur ce terrain, beaucoup (PC, PS, Modem) voulant carrément la peau de Barroso, jugé trop libéral. Mais le Modem s’est trompé d’élection et a fait la campagne présidentielle de Bayrou : c’est manifestement encore un peu trop tôt. Le PS s’est occupé de choses passionnantes : est-ce que Ségolène assistera à un meeting de Martine et est-ce qu’elle lui fera la bise ? Est-ce que DSK sauvera le PS ou faudra-t-il chercher un autre sauveur avec Hollande ? Quel courant aura le plus d’élus à Strasbourg ?

Laissons de coté le Front de gauche ; on peut seulement regretter que Mélenchon et quelques autres aient contribué à empêcher le PC de disparaître purement et simplement. Rien à dire non plus sur Besancenot, si ce n’est que la France va ressembler à un parc de dinosaures en cultivant les derniers staliniens et les derniers trotskistes d’Europe.

Les écologistes, en confiant leur destin à Cohn-Bendit et à José Bové, ont achevé de se discréditer. Philippe de Villiers, qui aurait pu avec Libertas jouer une carte libérale,  s’est lancé dans une campagne contre le libre-échange, l’échange inégal (reprenant un vocabulaire plutôt propre aux tiers-mondistes), et dans une attaque en règle contre l’indépendance de la BCE qu’il veut « soumettre aux décisions des politiques » (voir notre article de conjoncture). Le Pen a du mal à relooker son vieux parti et l’essentiel concerne la bataille pour sa succession.

De toute façon, cela a-t-il une grande importance, puisque, pour la plupart des décisions, ils votent comme un seul homme contre les réformes libérales, contrairement à une majorité de PPE et de PS au niveau européen. Résultat : l’enjeu des élections européennes est majeur à l’étranger, car, même si PS et PPE cogèrent en partie le parlement, si la tendance penche de plus d’un coté ou de l’autre, les choses peuvent changer ; de plus, il y a de nombreux pays d’Europe où existent de vrais libéraux. Mais si l’enjeu est majeur et clair dans de nombreux pays, on ne peut pas en dire autant en France…Bon vote quand même !

Jean Yves Naudet
Le 27 Mai 2009

   
 
  

 

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