| BENOIT XVI SERAIT-IL AUTISTE ? Professeur Jean Yves Naudet, Président de l’Association des Economistes Catholiques de France | ||||||||||||
| Le
déchaînement médiatique contre Benoît XVI a quelque chose d’indécent. Ce n’est
pas la première fois et on l’avait déjà vu à propos du discours de Ratisbonne
sur l’Islam, où le Pape, à partir d’une citation ancienne, posait une vraie question
sur le lien entre Islam et raison. On vient ces jours-ci de franchir un nouveau
palier. Certes, chacun est libre en matière de croyance et chemine comme il peut
vers la vérité. Mais ne pas être d’accord n’autorise pas la désinformation, qui
est pourtant la règle vis-à-vis de ce pape. Que les professionnels de la contestation,
de Mgr Gaillot au journal Le Monde (qui ose titrer à la une « Préservatif :
Benoît XVI plus intégriste que Jean-Paul II ») tirent sur le Pape, on y est
habitué : ils sont tous infaillible, seul le Pape ne l’est pas. Comme le
dit le cardinal André Vingt-Trois, président de la conférence des évêques de France,
ils saisissent « l’occasion de se payer le pape ». Mais
voici que la classe politique s’en mêle (y compris certains ministres, qui feraient Sur
la levée de l’excommunication des quatre évêques de la Fraternité Saint Pie X,
tout a été dit dans la belle lettre du Pape aux évêques. Les quatre évêques avaient
été excommuniés non pour leurs idées, mais pour avoir été ordonnés sans l’accord
du Pape. Leur supérieur a fait un pas vers l’Eglise et a demandé, pour entamer
la discussion sur le fond (les questions de doctrine) que le Vatican fasse un
geste en levant les excommunications, ce qu’a fait Benoît XVI. On n’en est qu’au
début du processus. Ils n’ont aucune fonction au sein de l’Eglise pour l’instant.
Le pape n’a en rien approuvé certaines de leurs idées en matière de doctrine et
encore moins en matière politique ou historique, ce n’est pas le sujet. Il n’a
donc pas levé l’excommunication « d’un évêque négationniste », mais
de quatre évêques, parce que son rôle est d’éviter un schisme et d’être le gardien
de l’unité. Pourquoi cette question des évêques est-elle si importante ?
Parce qu’aucun schisme ne peut se développer et survivre durablement s’il n’y
a pas d’évêques, puisque eux seuls peuvent ordonner prêtres et évêques. Il était
donc essentiel de tout faire pour qu’ils reviennent vers l’Eglise. Cela n’a aucun
rapport avec les propos abominables et surtout inexacts de Mgr Williamson. Sur
la question de la jeune brésilienne, d’abord elle n’a évidemment pas été excommuniée,
comme on l’a dit partout, puisqu’elle est la victime innocente. Sa mère et les
médecins l’ont été, a dit l’évêque du lieu, parce que l’avortement entraîne une
excommunication automatique, « latae sententiae » selon la formule
du droit canon. Le pape n’a rien dit lui-même, seul un cardinal a rappelé la règle ;
les évêques du Brésil ont désapprouvé. Il faut replacer cela dans le contexte
de la pression énorme en faveur de l’avortement dans ce pays. Il n’en reste pas
moins que le pape n’est en rien en cause dans cette affaire. On peut soutenir,
comme l’a fait le président de l’académie pontificale pour la vie, que la première
chose à faire aurait été de soutenir cette pauvre enfant, innocente en tous points ;
de condamner clairement le violeur ; et surtout de se taire : on ne
fait pas un exemple, surtout dans une campagne d’opinion délicate en raison du
forcing des pro-avortement, sur un cas extrême, qui appelle du silence ou des
paroles d’amour et de compassion, plus qu’un rappel froid et sec de la règle,
même si la règle doit être rappelée. Cet appel à la compassion a été repris par
beaucoup et notamment par de nombreux évêques. Sur
la question du préservatif, la désinformation est à son comble. On croirait que
le pape a dit « faites l’amour avec qui vous voulez, comme vous voulez, du
moment que c’est sans préservatif, qui est le péché suprême ». Il a d’abord
parlé avec amour des malades, soulignant la compassion nécessaire, l‘action des
organismes catholiques, et il en a d’ailleurs rencontré des responsables pendant
son séjour. Il a même réclamé en Afrique la gratuité des soins pour cette maladie.
L’Eglise est très présente dans la lutte contre le sida. Il
a ensuite rappelé quel était l’enseignement de l’Eglise. Tout le monde n’est pas
obligé d’être d’accord, mais c’est la doctrine de l’Eglise. L’Eglise condamne
le vagabondage sexuel et pense qu’un accent exclusif sur le préservatif favorise
ce vagabondage, sans apporter une sécurité absolue. La sécurité absolue et la
conception de l’Eglise de la sexualité passent par la monogamie, la fidélité,
et sinon l’abstinence en dehors du mariage. C’est exigeant. Mais que voulez-vous
qu’un pape dise d’autre ? Tout le monde n’approche pas cet idéal. Tout le
monde ne partage pas la morale catholique. C’est un fait. Et si l’on n‘y est pas
fidèle, mieux vaut en outre ne pas risquer ou donner la mort. Mais le discours
qui consiste à dire, avec le préservatif tout est permis, est également faux,
médicalement faux, car rien n’est sûr à 100%, et moralement faux. Tout
ceci est compliqué, nuancé, délicat à expliquer. Cela ne se résume pas en 30 secondes
à la télévision. La conférence donnée par le pape dans l’avion comportait de très
nombreuses questions, y compris sur la crise économique et les réponses de la
prochaine encyclique sociale. On a préféré retenir la seule question du sida et
dans cette question la phrase sur le préservatif, écartant tout le reste. Le Pape
n’avait pourtant fait que dire que la distribution systématique de préservatifs
ne permet pas de dépasser le problème du sida, mais peut l’aggraver, en donnant
le sentiment que tout est possible, tout est permis. Comme
l’a déclaré le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris et président de
la conférence des évêques de France, « le pape a voulu se situer devant une
alternative : la meilleure façon de lutter contre le sida est-elle d’avoir
recours à un moyen technique ou la liberté humaine ? Il se situe dans la
perspective la plus honorable, qui est de faire appel à la liberté humaine ».
La
pensée de l’Eglise en général et de Benoît XVI en particulier est nuancée, complexe,
riche. Elle ne se résume pas en deux ou trois slogans, reprenant des bouts de
phrases sorties de leur contexte. Certes, personne n’est obligé d’être catholique
ou d’avoir la foi et de partager les idées de l’Eglise. Mais tout le monde a un
devoir d’honnêteté. Transformer le pape en bouc émissaire universel est une malhonnêteté.
Prétendre l’opposer à Jean-Paul II est un mensonge. Quant aux catholiques, au
lieu de crier avec les loups, ils feraient mieux de serrer les rangs et d’aider
à faire connaître l’extraordinaire richesse de ce grand pape. Le 23 Mars 2009
| ||||||||||||