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Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs
les Parlementaires européens, Pour
commencer, je voudrais vous remercier de me donner l'occasion d'intervenir devant
le Parlement européen, une des institutions clés de l'Union européenne, à
l'occasion d'une séance plénière. J'apprécie d'autant
plus cette occasion que les représentants élus des 27 pays, avec leur gamme variée
d'opinions et de courants politiques, constituent un auditoire unique à
l'image de cette Union européenne, expérience unique – depuis plus de cinquante
ans – et, en principe, révolutionnaire, qui tente d'améliorer les processus de
prise de décision en Europe en en transférant une partie considérable des pays
membres vers les institutions paneuropéennes. Je
viens ici devant vous de la capitale de la République tchèque, de Prague, centre
historique de l´Etat tchèque, un des lieux importants de développement de
la pensée, de la culture et de la civilisation européennes. Je viens devant vous
en tant que chef de l'État tchèque qui, malgré les transformations les plus diverses,
a toujours appartenu à l'histoire européenne, et ceci de manière significative.
Aujourd´hui, il souhaite en faire autant. La
dernière fois qu´un président tchèque prononca son discours
devant vous c´était il y a neuf ans. Mon prédécesseur, Václav Havel, s´adressa a vous quatre ans avant notre adhésion
à l'Union européenne. Il y a quelques semaines, c'était le Premier ministre du
gouvernement tchèque, Mirek Topolánek, qui intervenait devant vous, en tant que Premier
ministre du pays présidant le Conseil de l'Union européenne. Dans son discours,
il a traité de sujets concrets résultant des priorités de la Présidence tchèque
et aussi des problèmes pressants auxquels font face les pays de l'Union européenne
aujourd´hui. Cela
me permet d'évoquer devant vous des sujets dont le niveau est plus général, d´aborder
des choses qui sont peut-être, à première vue, moins dramatiques que les solutions
portées à la crise économique actuelle, le conflit gazier entre la Russie et l'Ukraine
ou bien la situation à Gaza. Néanmoins – à mon avis – pour le développement
du projet d´intégration européenne, elles ont une importance tout a fait essentielle. Dans
moins de trois mois, la République tchèque commémorera déjà le cinquième anniversaire
de son adhésion à l'Union. Elle le commémora avec dignité. Elle le commémora comme
le pays où – à la différence de certains autres nouveaux États membres – l'on
n'éprouve pas de déception dûes à des attentes non réalisées
suite à l'adhésion. Ce n'est pas une surprise et cela s'appuie sur une interprétation
rationnelle. Nos attentes étaient réalistes. Nous savions bien que nous adhérions
à une communauté créée et élaborée par des êtres humains, et non à une construction
idéale édifiée sans intérêt, vision, opinion et idée authentiques. Il est possible
de trouver ces intérêts et ces idées partout dans l'Union européenne et cela ne
peut pas être autrement. D'une
part, nous avons interprété l'adhésion à l'Union comme la confirmation extérieure
du fait que nous étions redevenus assez vite -en moins de quinze ans après la
chute du communisme- un pays standard européen. D'autre part, nous avons considéré
(et nous la considérons encore aujourd'hui) notre participation active au processus
d'intégration européenne comme une occasion de bénéficier des avantages offerts
par l'Europe déjà hautement intégrée et à en même temps de prendre part à ce processus
selon nos convictions. Nous assumons notre part de responsabilités au développement
de l´Union européenne et c'est avec cette conscience
que nous concevons notre présidence au Conseil de l'Union européenne. Je suis
convaincu que les six premières semaines de notre présidence démontrent clairement
la responsabilité de notre approche. Je
voudrais réaffirmer aussi, lors de cette séance, – pour ceux d'entre vous
qui ne le savent pas ou ne veulent pas le savoir – très clairement et à haute
voix ma conviction que pour nous il n´y avait pas et qu´il continue a ne pas y
avoir d´alternative a l'adhésion à l'Union européenne et que, dans notre pays,
il n'y a aucune force politique pertinente qui puisse ou veuille mettre cette
affirmation en doute. C'est pourquoi nous sommes désagréablement gênés par des
attaques a notre sujet, qui vont augmentant et se multipliant et qui se basent
sur une supposition infondée que les Tchèques seraient en train de chercher un
groupement d'intégration différent de celui auquel ils ont adhéré, il y a cinq
ans. Ce n'est pas le cas. Les
citoyens de la République tchèque estiment que l'intégration européenne remplit
une mission nécessaire et importante. Ils la perçoivent – sous certaine forme
de généralisation – comme suit : c'est
l'élimination des barrières inutiles et contre-productives pour la liberté humaine
et la prospérité concernant la circulation des personnes, biens et services, idées,
philosophies politiques, schémas culturels et modèles de comportement qui se sont
constitués au cours de l'évolution historique pour des raisons les plus différentes
dans chaque pays européen ; et
c'est la gestion commune des biens publics existant au niveau du continent, donc
celle de tels projets qui ne pourraient pas être réalisés sur la base exclusive
de négociations entre deux (ou bien plusieurs) pays européens voisins. L'effort
de réaliser les deux objectifs – l'élimination des barrières et le choix rationnel
des questions à solutionner au niveau de tout le continent – n'est pas et ne sera
même jamais accompli. Des barrières et des obstacles demeurent. Et des décisions
prises au niveau de Bruxelles sont sûrement plus nombreuses qu´il serait optimal.
Certainement, les décisions y sont prises plus souvent que ce que les citoyens
des pays européens le demandent. Mesdames et Messieurs les Parlementaires, je
crois que vous êtes assurément conscients de ce fait. C'est pourquoi je vais vous
poser une question rhétorique, êtes-vous sûrs – lors de vos votes – en décidant
d'une affaire, que cette affaire doit être résolue justement dans cette salle
et non dans un endroit plus proche des citoyens, donc à l'intérieur des États
européens ? La rhétorique
actuelle politiquement correcte cite encore certains autres effets possibles de
l'intégration européenne, mais ceux-ci ne sont que plutôt secondaires et substituables.
En plus, ils représentent les ambitions d'hommes politiques professionnels et
de personnes qui sont liées à ceux-ci plutôt que les intérêts des citoyens ordinaires
des États membres. En
disant que notre adhésion à l'Union européenne n'a eu et n'a aucune alternative
pour nous, je n'ai dit que la moitié de ce qu'il faut dire. La seconde moitié
est une affirmation tout à fait logique selon laquelle les méthodes et les formes
de l'intégration européenne offrent beaucoup de variantes possibles et légitimes,
de même que celles-ci sont apparues au cours des cinquante dernières années. L'histoire
ne se termine pas. Il est faux de considérer l'état actuel de l'organisation institutionnelle
de l'UE, comme un dogme non critiquable à jamais. Malheureusement cette erreur
se répand bien qu'elle soit tout à fait en contradiction avec le raisonnement
rationnel et aussi avec l'histoire de toute l'évolution bimillénaire de la civilisation
européenne. Également, il est faux de supposer le seul avenir possible de l´évolution
de l'intégration européenne, postulé a priori et donc non critiquable non plus,
qui devrait être « l'Union toujours plus étroite », ou l'avancement
de l'intégration toujours plus profonde des États membres. Ni
l'état existant, ni le postulat que l'apport de l'approfondissement continu de
l'intégration soit incontestable ne doivent constituer, le cas échéant ne devraient
constituer, un fait indubitable pour aucun démocrate européen. Leur imposition
par ceux qui se prennent eux-mêmes comme – d'après l´expression du célèbre écrivain
tchèque Milan Kundera – les "propriétaires des clés" de l'intégration
européenne n'est pas acceptable. En plus, il est clair que l'un ou l'autre
arrangement institutionnelle de l'Union européenne n'est pas le but en soi mais
le moyen pour atteindre de vrais objectifs. Ceux ne sont que la liberté humaine
et une organisation économique telle qu'elle puisse assurer la prospérité. C'est
le cas de l'économie de marché.
Ce fait est évidemment souhaité par les citoyens de tous les États membres. Mais
au cours de ces vingt dernières années, après la chute du communisme, je
ne cesse de m´assurer que ceux qui ont vécu une
grande partie du vingtième siècle sous l'oppression et ont combattu les difficultés
de l'économie non fonctionnelle, centralement planifiée et organisée par l'État,
le souhaitent plus fortement et craignent par dessus tout le manque de liberté.
Ces personnes sont – tout à fait logiquement – plus sensibles à tous les phénomènes
et toutes les tendances qui contredisent la liberté et la prospérité. Les citoyens
de la République tchèque en font partie.
Le système actuel des prises de décision dans l'Union européenne est un système
différent de celui qui a été confirmé et éprouvé par l'histoire, de la démocratie
parlementaire classique. Le système parlementaire repose sur une partie soutenant
le gouvernement et sur une partie d´opposition, ce qui n'existe pas dans le Parlement
européen. Une seule alternative y est imposée et celui qui cherche une alternative
est considéré comme adversaire de l'intégration européenne. Il n'y a pas longtemps
que nous avons vécu dans notre partie de l'Europe sous un régime politique où
toute alternative n'était pas admissible et, en conséquence, aucune opposition
parlementaire n'existait. Nous avons fait cette amère expérience que l'absence
d'opposition signifie la perte de la liberté. C'est pourquoi des alternatives
politiques doivent exister.
Également, le rapport entre le citoyen de n'importe quel État membre et le représentant
de l'Union n'est pas un rapport standard entre un électeur et un homme politique
qui le représente. Outre cela, il existe entre les citoyens de l'Union et leurs
représentants une distance (et il ne s'agit pas seulement d'une distance au sens
géographique) qui est beaucoup plus grande que celle à l'intérieur des États membres.
Ce fait est désigné par termes différents – déficit démocratique, perte de responsabilité
démocratique, prise de décisions par les non élus qui font partie de l'élite,
le caractère bureaucratique des prises de décisions, etc.
Des projets de modification – contenus dans la Constitution européenne refusée
ou bien dans le traité de Lisbonne qui est en fait peu différent – augmenteraient
encore ce défaut. En cas d'absence
de « demos » – du peuple européen – la solution ne consiste
pas non plus dans un renforcement du rôle du Parlement européen. Par contre, ce
pourrait encore augmenter le problème en menant à l'aliénation encore plus grande
des citoyens des pays européens vis-à-vis des institutions de l'Union. La solution
ne consiste ni dans le chauffage sous le « melting pot
» de l'intégration européenne, ni dans la réduction du rôle des États membres
sous la devise d´une société européenne multiculturelle et multinationale en devenir.
Ce sont des tentatives qui ont toujours échoué dans le passé, parce qu'elles ne
s´inscrivaient pas dans le cours de l´évolution historique naturelle. Je
crains que les tentatives visant à accélérer, à approfondir l'intégration
et à transférer davantages de décisions touchant
aux conditions de vie des citoyens des États membres puissent menacer par leurs
conséquences tous les acquis positifs obtenus en Europe durant les cinquante dernières
années. Ainsi, ne sous-estimons pas les craintes de citoyens
de maints États membres que leurs affaires soient décidées dans un autre lieu
et sans eux et que leur possibilité d'influencer ces processus décisionnels ne
soit que très restreinte. Jusqu'à présent, l'Union
européenne est redevable de son succès, entre autres, au fait que l'opinion et
la voix de chaque État membre ont eu la même importance lors du vote et ont été
entendus. Ne permettons pas la naissance d'une situation où les citoyens des États
membres se résigneraient à l'idée que le projet de l'Union
européenne ne soit plus leur projet, qu'il se développe de façon différente à
leurs souhaits et qu'ils ne soient obligés que de se soumettre à celui-ci. Nous
pourrions nous retrouver très facilement et très rapidement aux temps dont nous
avons l'habitude de dire qu'ils appartiennent à un passé lointain. Ce
fait est étroitement lié à la question de la prospérité. Il faut dire sincèrement
que le système économique actuel de l’UE est celui de l'oppression du marché et
du renforcement continu de la gestion centrale de l'économie. Bien que l'histoire
nous ait prouvé plus que suffisamment que ce n'est pas la bonne direction à prendre,
nous la reprenons de nouveau. Le taux limitant la spontanéité des processus de
marché et celui de la réglementation politique ne cessent de croître. C'est aussi
l'interprétation erronée des causes de la crise financière et économique qui contribue
à ce développement, dans les derniers mois, comme si la crise était due au marché,
tandis que sa cause véritable consiste justement dans le contraire – elle a été
causée par la manipulation politique du marché. Encore une fois, il faut rappeler
l'expérience historique de notre partie de l'Europe et la leçon que nous en avons
tirée. Beaucoup d'entre vous connaissent certainement le nom
de l'économiste français Fréderic Bastiat et sa célèbre
Pétition des marchands de chandelles, qui est devenue un texte connu et aujourd'hui
déjà classique dans les manuels démontrant l'absurdité de l'ingérence politique
dans l'économie. Le 14 novembre 2008, la Commission européenne a exaucé la pétition
réelle et non fictive des marchands de chandelles en grevant les chandelles importées
de Chine de droits de douane de 66%. Je ne croyais pas qu'un texte littéraire
écrit il y a 160 ans, puisse devenir une réalité, mais cela est arrivé. La conséquence
inévitable de la prise de telles mesures est le retard et le ralentissement économique
de l'Europe, voire le freinage de sa croissance économique. La solution ne consiste
que dans la libéralisation et la dérégulation de l'économie européenne.
Je dis tout cela en assumant
ma responsabilité de l'avenir démocratique et prospérant de l'Europe. Je m'efforce
de vous rappeler les principes fondamentaux sur lesquels la civilisation européenne
a été construite pendant des siècles et millénaires. Des principes dont la validité
est intemporelle et universelle et qui, en conséquence, devraient valoir aussi
dans l'Union européenne actuelle. Je suis sûr que les citoyens des États membres
souhaitent la liberté, la démocratie et la prospérité économique. A l'heure
actuelle, le fait le plus important est manifestement l'exigence que la discussion
libre sur ces affaires ne soit pas considérée comme une attaque contre l´idée-même
de l'intégration européenne. Nous avons toujours cru que la démocratie authentique,
qui nous a été refusée pendant quarante ans, est justement basée sur le droit
de débattre ouvertement de ces questions graves, d'être entendu et de défendre
la possibilité qu'a chacun de présenter son avis même s'il est différent du politiquement
correct – et cela, même quand nous sommes en désaccord avec lui. Nous qui avons
éprouvé l'expérience involontaire pendant la plus grande partie de nos vies que
l'échange libre des idées et des opinions est une condition essentielle à
la démocratie authentique, nous croyons que cette condition sera observée et respectée
même dans le futur. Elle constitue l'occasion et la seule methode
de rendre l'Union européenne plus libre, plus démocratique et plus prospère.
Václav Klaus, Parlement Européen,
Bruxelles, Le 19 février 2009
Le 20 Février
2009
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