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AUTOUR D’UNE ELECTION HISTORIQUE | ||||||||||||||||
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Tout d’abord, je ne vois pas en quoi cette élection
serait historique, à moins de verser, comme la plupart des commentateurs, dans
le racisme primaire. On nous rebat les oreilles avec le « rêve américain »,
Martin Luther King, et la ségrégation, pour ramener le succès du candidat démocrate
à la revanche des Noirs. C’est oublier qu’il y a bien longtemps que la nation
américaine a réussi à assimiler des minorités nombreuses et diverses autour de
quelques valeurs simples, objets d’un large consensus : la liberté, la propriété,
le travail et le marché. De nombreuses métropoles américaines ont des maires noirs :
Washington, Chicago, Los Angeles, Detroit, Philadelphie,
etc. La minorité noire a plusieurs sénateurs, députés et gouverneurs depuis fort
longtemps, et il en est de même aujourd’hui pour les minorités latinos, asiatiques,
indiennes, comme dans le passé avec les italiens, les catholiques irlandais, les
juifs ukrainiens, et encore plus loin dans le temps avec les écossais puritains,
les hollandais arménites, les suédois et allemands luthériens, etc. Le véritable miracle américain, le rêve devenu
réalité, ce n’est pas Barak Obama, c’est l’Amérique. Voilà qui fascine mais culpabilise
ces peuples, à commencer par le nôtre, qui sont terrorisés par des sociétés dites
« multiculturelles » mais qui ont perdu toutes valeurs, toute culture
permettant de respecter la différence; ces peuples, faute d’éducation éthique,
préfèrent s’adonner au communautarisme haineux. Cette élection qui n’était pas historique a suscité
des commentaires qui étaient à coup sûr hystériques. Monsieur Jack Lang nous a
ressorti son couplet sur « le passage de l’ombre à la lumière » et nous
a régalés avec « Obama, la jeunesse du XXIème siècle » (il est expert
en jeunesse). Mais pour ne pas être en reste Madame Rama Yade a salué l’élection
comme « un mur de Berlin puissance dix », car il est évident que la
liberté de 400 millions d’Européens ne compte guère comparée à la libération de
ces huit ans de totalitarisme à la Maison Blanche. Parlons aussi de George Bush. J’ai reçu de mes
amis américains, et bien avant la défaite de MacCain l’explication des vraies
raisons de cette défaite. Pour les authentiques intellectuels libéraux (au sens
français du terme) Bush a prolongé une évolution qui a peu à peu écarté le Parti
Républicain (GOP) de ses références éthiques. Bush et son administration ont pris
leurs distances avec le reaganisme. Reagan n’apportait pas seulement une politique
économique, appelée « reaganomics » (baisse des impôts, concurrence,
déréglementation, réduction du centralisme fédéral) qui ont valu trente ans de
croissance inégalée aux Etats-Unis. Il apportait aussi le « néo-conservatisme » :
travail, réussite, entreprise, famille, solidarité volontaire, etc. Comme l’explique
John Baden, Bush et son entourage ont commencé par se passer de tous les conseils,
de tous les intellectuels qui avaient amené Reagan au pouvoir. Les principaux
think tanks (Heritage, Cato, Atlas, Manhattan, Pacific, American Enterprise, Economic
Education, etc.) n’ont plus été écoutés: quand on détient le pouvoir pourquoi
s’embarrasser de dogmes ? Au sein du Parti Républicain, de nouvelles équipes sont
apparues, puissamment liées aux milieux d’affaires. Dès lors, au sein du Parti,
les convictions morales ont disparu pour considérer les seules positions sociales.
Le Parti est devenu symbole de classe richissime, étalant sa richesse et son mépris
pour tout le reste. Mais le Parti n’avait plus de doctrine pour le guider, plus
de message à faire passer. Ainsi, ce n’est pas MacCain qui a été sanctionné,
mais bien le Parti Républicain, qui n’est plus le parti de Reagan et de l’éthique
de la liberté, mais le parti de Bush et des brasseurs de millions. Cette leçon pourrait être méditée avec profit en
France. Les partis de droite ont renoncé depuis vingt ans à toute doctrine, ils
ont choisi le « pragmatisme » : le succès et le pouvoir sont les
vraies lois. Ils ont été élus sur une étiquette naguère payante, celle du libéralisme,
mais ils n’ont fait que du socialisme. Pragmatisme et socialisme sont les deux
mamelles de la France. Il serait temps d’en revenir aux fondamentaux de
la démocratie libérale. Jacques Garello est Professeur
Emérite à l’Université d’Aix Marseille III et président de l’ALEPS.
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