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ENFIN LA
RUPTURE ! |
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Nicolas SARKOZY s’est fait élire sur le thème de la rupture. Jusqu’à ce discours de Toulon, on n’avait guère perçu le changement par rapport aux présidents précédents. La situation économique n’avait cessé d’empirer : croissance en baisse, chômage en hausse, pouvoir d’achat en baisse, déficits publics et dette publique en hausse, investissements productifs en baisse, impôts et prélèvements sociaux en hausse. Le climat social était toujours à base de terrorisme syndical, de grèves, de délocalisations et de suppressions d’emplois, de déroute de la Sécurité Sociale. Les dérapages des écologistes, les aberrations du Grenelle, les initiatives de Jean Louis Borloo, s’inscrivaient dans la tradition de Jacques Chirac, du développement durable et des altermondialistes. Voilà que cette page est tournée, et que la vraie rupture va enfin se produire. Ce n’est pas tout à fait la rupture que certains naïfs attendaient, mais n’importe quelle rupture vaut mieux que pas de rupture du tout. Cette rupture-ci est et sera une rupture avec le capitalisme financier, responsable de tous les maux que je viens d’évoquer. Il était grand temps d’en revenir aux fondamentaux de l’exception française, et de fermer la parenthèse de l’ultra-libéralisme que le Président avait été obligé d’ouvrir sous la pression insistante de nos partenaires européens et des fanatiques du marché qui siègent à Bruxelles. Le libre échange ? Fini, le souverainisme doit être réhabilité, et notre belle industrie doit être protégée, comme notre agriculture et notre culture, contre la prise de contrôle et la concurrence déloyale des étrangers, contre le dumping social et le dumping fiscal. Le marché ? « L’idée que les marchés ont toujours raison était une idée folle ». La mondialisation de la finance ? « Il faut remettre à plat tout le système monétaire et financier, comme on le fit à Bretton Woods après la Seconde Guerre Mondiale, afin de créer les outils d’une régulation mondiale que la globalisation et la mondialisation des échanges rendent désormais nécessaires ». Pour autant, que Messieurs Besancenot et Thibault ne s’y trompent pas : ce n’est pas avec le capitalisme qu’il faut une rupture, mais avec le capitalisme financier, car c’est la finance qui a tué « l’esprit du capitalisme ». L’esprit du capitalisme, c’est incontestablement l’intervention de l’Etat, la régulation de l’économie par des planificateurs. En France, nous avons d’ailleurs l’élite des planificateurs du monde entier, voilà qui nous place en position avantageuse par rapport au reste du monde Les Américains ont à remettre en cause toute une éducation, dévoyée par des Friedman, Hayek, Becker, Stigler et autres Reagan, et à retrouver les bons vieux principes de Roosevelt et du New Deal, tandis que nous avons la chance d’avoir encore une génération dynamique de planificateurs, énarques et mathématiciens, à l’image de Henri Guaino qui est, dit-on, le rédacteur du discours de Toulon qui « signe le retour de l’Etat dans l’économie ». Je n’aurai pas l’indécence de faire la leçon à Nicolas Sarkozy. Il a d’ailleurs les conseils de Joseph Stiglitz, dont la compétence économique surpasse mes modestes connaissances. Je me permettrai simplement de dire à notre Président : - que le capitalisme et la finance sont historiquement, logiquement et techniquement une seule et même chose : l’introduction du temps dans le calcul économique ; - que le choix en faveur du plan et aux dépens des libres marchés a déjà été fait à plusieurs reprises, et a conduit à la ruine économique et au totalitarisme politique ; - que depuis la chute du mur de Berlin le libre échange et la libre entreprise, dans le cadre du marché mondialisé, ont permis à des millions de personnes d’échapper à la misère et de se prendre à espérer une vie bien meilleure. A vrai dire, en ce qui me concerne, je n’ai jamais cru que Nicolas Sarkozy ait des convictions libérales, ni même des convictions. Dans le classement que nous avions établi parmi les programmes en 2007, le candidat Sarkozy était mal noté suivant les critères libéraux (voir notre article L'argus des candidats). Je n’ai jamais cru qu’il soit en mesure d’opérer quelque rupture que ce soit : la France continue dans sa tradition de la troisième voie, c'est-à-dire de l’impasse. Un jour, peut-être
y aura-t-il une rupture ; mais ce sera une révolution ! Le 29 septembre
2008
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