BERLUSCONI : UN SUCCES POUR LE LIBERALISME EN EUROPE

Jean Yves Naudet


Le résultat des élections italiennes a dû surprendre nombre de Français. La réputation du Cavaliere n’était pas très bonne dans nos médias, qui ont aimé monter en épingle quelques plaisanteries, pas toujours du meilleur goût il est vrai. Cela leur permettait de faire l’impasse sur ses propositions et réalisations. Au reste, un milliardaire, un entrepreneur, un dirigeant de club de football semblait disqualifié a priori. De là à pronostiquer sa défaite, il n’y avait qu’un pas, franchi par certains. En tout cas, on ne croyait pas du tout à une large victoire. Or, plus qu’une victoire, c’est un triomphe et, pour une troisième fois, BERLUSCONI va devenir premier ministre.

Il faut donc croire que les jugements français n’étaient pas en phase avec le peuple italien, puisque les électeurs italiens ont trouvé moins convainquant son challenger, Walter VELTRONI, fondateur du parti démocrate. VELTRONI se présentait et a été présenté comme un homme de centre-gauche, mais certains ont dû se souvenir qu’il était un membre ancien et important du parti communiste italien, directeur du journal « L’Unita », organe officiel du parti à l’époque stalinienne.

Plus que la victoire elle-même, c’est son ampleur qui est surprenante, lourde de conséquences et pour l’Italie et pour l’Europe.

A l’issue d’un scrutin très compliqué (il est pour l’essentiel à la proportionnelle, mais avec une prime majoritaire) Silvio BERLUSCONI l’a emporté dans les deux chambres, alors que le gouvernement précédent de gauche n’avait qu’une très courte majorité au sénat et deux défections avaient suffi à le faire chuter. Le nouveau gouvernement pourra donc, s’il en a la volonté, réformer en profondeur l’Italie.  Or, il en a visiblement la volonté.

Sur le plan économique, il a promis de privatiser une large partie du patrimoine public pour réduire la dette, de réduire les dépenses publiques d’un point de PIB au cours des deux premières années. Moins d’Etat donc.

Il a promis des allégements fiscaux importants, pour supprimer la taxe sur la première résidence et l’impôt sur les successions et donations  réintroduit par le gouvernement PRODI. Il veut instaurer un quotient familial et réintroduire un « bonus bébé », pour favoriser la famille, et surtout ramener à 40% du PIB la pression fiscale. Pour les entreprises il a proposé des allégements de charges et la suppression de l’impôt régional sur les activités productives, avec l’institution du fédéralisme fiscal. Enfin, il veut libéraliser les services et liquider les sociétés publiques non essentielles (tout en restant flou, actualité oblige, sur Alitalia).

L’honnêteté oblige à dire que la gauche dirigée par VELTRONI avait pris un virage modéré pendant la campagne, proposant elle aussi des baisses de dépenses publiques, des baisses d’impôts, des privatisations, des ouvertures à la concurrence, ce qui montre que partout en Europe les esprits évoluent, sauf en France. En Italie comme ailleurs gauche et droite réclament des mesures libérales ; mais les électeurs italiens ont préféré faire appliquer les mesures libérales par les libéraux plutôt que par des socialistes ou d‘anciens communistes même repentis. Quant à la gauche extrême, elle a été encore plus largement désavouée : plus un seul communiste, plus un seul gauchiste au parlement italien.

On doit souligner, comme l’ont fait plusieurs commentateurs (souvent par malveillance d’ailleurs), que l’ampleur du succès s’explique en grande partie par la forte renaissance de la Ligue du Nord d’Umberto Bossi, qui a obtenu plus de 8% des suffrages au total. Cela signifie sans doute que les gens du Nord ont réagi à la politique de redistribution menée par le gouvernement PRODI : ils en ont assez de subventionner des tricheurs et des parasites concentrés au Sud du pays. De façon plus large, les gens de la Ligue en ont assez de l’Etat central, de la bureaucratie et des politiciens de Rome, ils voudraient continuer à travailler et à réussir en paix. Si l’Italie a des difficultés économiques, ce n’est pas au Nord qu’elles se situent, puisque jamais la prospérité, la croissance et l’emploi n’y ont été si forts. Mais tout risque d’être compromis si l’on continue à accepter le jeu des groupes d’intérêt, des syndicats et de la maffia.

Cette évolution de l’Italie en particulier se retrouve plus largement en Europe. Cela ne va pas manquer de poser un problème au gouvernement français, au moment où il s’apprête à diriger l’Union européenne. Les grands pays sont désormais dirigés soit par des libéraux, soit par des sociaux-démocrates modernes, plus libéraux que la gauche et la droite françaises. La France va donc se sentir isolée et si Nicolas SARKOZY veut prendre des mesures interventionnistes, protectionnistes ou autres pendant sa présidence européenne, il ne sera pas suivi. Même Angela MERKEL, en dépit de sa coalition avec le SPD, ne se laissera pas faire. Quant aux Anglais, aux sociaux-démocrates réformistes du Nord et a fortiori à tous les libéraux d’Europe de l’Est, ils en admettront encore moins. La France sera isolée si elle continue, chez elle, à conserver ses dépenses publiques, sa dette, ses impôts, sa bureaucratie, son interventionnisme ; elle le sera encore plus dans ses propositions pour l’Europe, où elle risque fort de devoir mettre dans sa poche certains projets dirigistes. Si Nicolas SARKOZY veut être un vrai leader écouté et suivi au cours de ce second semestre 2008, il faut qu’il se mette au diapason de l’Europe, donc au diapason du libéralisme.

Le 16 avril 2008

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Jean Yves NAUDET est Professeur d’Economie à la faculté de droit de l'Université Paul Cézanne. Il a créé et dirige le Centre d’Ethique Economique et de Déontologie Professionnelle. Il dirige depuis Janvier 2002 le Magistère Journalisme, Communication, Economie de la Faculté d'économie appliquée.