EUTHANASIE : FAUT-IL LEGIFERER ?

Jean Yves Naudet


On ne peut s’empêcher d’éprouver un sentiment de malaise face à l’exploitation médiatique et politique qui est faite de la souffrance et de la mort de Chantal SEBIRE. Nous sommes stupéfaits de voir comment certains parlent avec légèreté ou en assenant des vérités toutes faites de ce qui est avant tout un drame personnel et familial. Qui peut juger en conscience de ce qui se passe au plus intime de soi-même ?

Nous ne voulons donc pas participer à la polémique, mais rappeler quelques vérités toutes simples :

1)      Dans l’état actuel de la législation française, l’euthanasie active est illégale. La décision des tribunaux ou des autorités politiques lui refusant une sorte d’assistance à la mort était parfaitement justifiée en droit. Rien d’autre ne pouvait lui être dit.

2)      Depuis la dernière législation (loi LEONETTI), il est clair que la priorité doit être donnée à l’allégement des souffrances du patient. Celui qui souffre au-delà de ce qui est humainement supportable doit être aidé, même si les substances données ont pour effet secondaire (mais non recherché) d’abréger l’espérance de vie. Cela est admis par tous, y compris par les autorités religieuses, de même qu’est refusé par tous l’acharnement thérapeutique. On parle parfois d’euthanasie passive, mais le terme est contestable.

3)      L’euthanasie active est un autre problème. Il s’agit ici pour un tiers -le médecin en général- de donner sciemment la mort à la demande du malade. Roselyne BACHELOT a rappelé clairement « qu’un médecin a pour vocation de soigner, de sauver des vies » et non de donner la mort, mais le gouvernement semble divisé sur ce point.

4)      La loi n’a pas pour objet de régler un cas particulier, comme on en avait eu la tentation à propos de Laurent IMBERT et comme on l’avait suggéré dans le cas de Chantal SABIRE avant son décès. Une loi est une disposition de portée générale, pouvant s’appliquer à tous et c’est un détournement du droit que de légiférer pour régler un cas précis.

5)      En matière éthique, il ne faut jamais ni réagir à chaud -et encore moins légiférer à chaud- ni surtout partir d’un cas extrême, d’un cas limite. La loi doit être faite en fonction du cas le plus général. C’est ainsi qu’on ne doit pas légiférer sur l’avortement en songeant seulement au cas d’une personne violée ou qu’on ne doit pas réfléchir à la propriété privée en partant du cas d’un radeau de sauvetage à deux places, alors qu’il y a quatre naufragés. Il en va de même ici.

6)      La loi doit rappeler un principe général, ici celui du respect de la vie. Ensuite, que chacun en conscience, y compris le malade lui-même, réagisse avec sa conscience et sa liberté, c’est autre chose. Mais la loi ne peut poser en principe général « un droit à la mort ». Que la justice se montre ensuite, dans chaque cas d’espèce, humaine, voire compréhensive, est une autre question, mais quelques cas limites et dramatiques ne doivent pas modifier le principe, sinon on ne respecte plus un droit fondamental, on n’est plus dans un état de droit.

7)      On ne peut s’enfermer dans le dilemme où on veut nous mettre : ne rien faire ou céder sur tout. La solution des soins palliatifs est la mieux adaptée à l’immense majorité des cas, et tous ceux qui connaissent le sujet savent qu’un malade qui demandait la mort, dans 99% des cas, ne la demande plus lorsqu’il est parfaitement entouré et soigné en soins palliatifs. C’est cette piste qu’il faut développer par priorité

8)      Enfin, une nouvelle fois, comme toujours dans notre société, on demande de changer la loi en urgence, tout de suite, comme si, surtout dans ces domaines si délicats et sensibles de la conscience, c’est en se tournant vers l’Etat que l’on allait avoir la solution. La loi ne règle pas les problèmes de conscience et l’éthique est de toute façon au dessus de la loi. Ici aussi, il faut cesser d’imaginer que l’Etat tout puissant mettra fin à toutes nos interrogations morales. Même saint Thomas reconnaissait avec humilité que « la loi ne peut réprimer tout le mal qu’il y a dans le monde ». Il ne faut pas tout attendre de la loi et encore moins de l’Etat. Surtout dans ces domaines.

Le 27 mars 2008

___________________________

Jean Yves NAUDET est Professeur d’Economie à la faculté de droit de l'Université Paul Cézanne. Il a créé et dirige le Centre d’Ethique Economique et de Déontologie Professionnelle. Il dirige depuis Janvier 2002 le Magistère Journalisme, Communication, Economie de la Faculté d'économie appliquée.