PRINTEMPS FISCAL EN EUROPE

Jean Yves Naudet


Loin des giboulées fiscales françaises, nos amis européens poursuivent leur politique de baisse des impôts. Deux exemples supplémentaires ont été connus le week-end dernier, l’un en Suisse, l’autre en Pologne. Un troisième se prépare en Italie.

En Suisse, véritable démocratie, ce sont les citoyens qui décident en dernier ressort de la politique fiscale. Pour cela, les grandes décisions sont soumises au peuple par referendum. C’était le cas dimanche dernier et les Suisses ont eu à se prononcer sur un projet gouvernemental de baisse des impôts des petites et moyennes entreprises. En effet, les bénéfices des entreprises sont imposés deux fois, une première fois avec l’impôt sur le bénéfice et une deuxième fois au niveau des actionnaires avec l’impôt sur le revenu, frappant les dividendes.

La réforme proposée ne supprimera pas totalement cette double imposition, mais elle l’atténuera fortement, puisqu’une personne détenant au moins 10% de participation dans une PME paiera un impôt calculé sur 60% seulement de ses dividendes : c’est donc un progrès. Cela devrait entrainer une augmentation des investissements des entreprises et cela favorisera un grand nombre de petits entrepreneurs. D’autres facilités fiscales, notamment lors de la réorganisation des entreprises, étaient liées à cette proposition.

Bien entendu, la gauche a dénoncé ce cadeau « aux gros actionnaires », une réforme « injuste » et un « traitement de faveur » pour les riches actionnaires. Bref, le PS a peur que cela n’entraine des pertes fiscales, ce qui est logique puisque le PS ne connaît pas l’effet LAFFER. Que croyez vous qu’il arrivât ? Insensible à ces critiques, la majorité de la population, certes une courte majorité, mais une majorité tout de même, a adopté le texte, permettant ainsi une baisse des impôts sur les PME. Il est d’ailleurs significatif que ce soit le ministre de la solidarité et des affaires sociales qui ait le plus fortement soutenu ce texte, disant que le rôle de l’Etat était de faciliter la tâche des entrepreneurs.

En Pologne, lors de la campagne électorale, le futur premier ministre, Donald TUSK, avait promis de passer dès que possible à la flat tax, comme la plupart des pays de l’Est de l’Europe. Cent jours après la formation de son gouvernement, il présentait son programme économique, sous le nom de « calendrier vers le miracle économique ». Il existe actuellement trois taux d’impôt sur le revenu : 19%, 30% et 40%. En 2009, il n’y aura plus que deux taux, 18% et 32%. En 2010 ou au plus tard en 2011, le pays passera au taux unique de 15%, donc à la flat tax. Deux ans de transition auront donc suffi.

Les effets attendus de cette réforme : moins de travail au noir, moins de fraudes, moins de niches fiscales et plus de prospérité économique. D’autre part, le taux de l’impôt sur les sociétés passera de 19% à 15% et même à terme à 10%, pour attirer les investissements étrangers : la Pologne n’a pas peur de jouer la carte de la concurrence fiscale. Voilà quelque chose d’étrange : un gouvernement qui promet des réformes et qui, arrivé au pouvoir, réalise ces réformes. Et qu’arrive-t-il dans ce cas ? Les deux tiers des Polonais, selon un récent sondage, déclarent faire confiance à leur premier ministre.

Et en France ? Si nous voulons être parfaitement objectifs, aux côtés de la créativité fiscale dont nous avons parlé plusieurs fois, une seule lueur : l’annonce de la suppression prochaine de l’imposition forfaitaire annuelle dans les PME, qui est un impôt sur le chiffre d’affaires (1,6 milliards de recettes), payé même lorsqu’il n’y a pas de bénéfice. Certes -on est en France- elle se fera par étapes : en 2009 pour les PME de moins de 7,5 millions de chiffre d’affaires, en 2010 pour les autres. Cela figurera dans la loi de modernisation de l’économie présentée au printemps. Le patronat regrette cette application en deux temps. Mais enfin, il faut savoir se contenter de ce que l’on a et appeler une bonne nouvelle par son nom. Tout en restant vigilants, car en France, la règle fiscale est simple : un impôt de perdu, dix de retrouvés. D’ailleurs, le rapporteur du budget n’est pas content : il préfère baisser les déficits plutôt que les impôts : il n’a pas compris que seule la baisse des impôts permettait à terme de baisser les déficits.

En Italie, les programmes des principaux partis regroupés en deux blocs (le parti de la liberté de Silvio BERLUSCONI et le parti démocrate de Walter VELTRONI) font une large place à la fiscalité.

Tout d’abord, la gauche, c'est-à-dire le nouveau parti démocrate dirigé par Walter VELTRONI, l’ancien maire de Rome, successeur de Romano PRODI à la tête de la gauche. Son programme est plus digeste (60 pages contre plus de 200 avec PRODI). Les socialistes retiennent douze points clefs ayant pour objectif de relancer la croissance : ils ont au moins compris que pour distribuer, il fallait d’abord produire. Mais comment relancer ?

Surtout pas en augmentant les dépenses publiques. Bien au contraire, le projet prévoit de diminuer d’un point de PIB en deux ans les dépenses publiques : « Condition indispensable pour honorer l’autre engagement que nous prenons avec les contribuables italiens : leur « restituer en baisses d’impôts chaque euro provenant de la lutte contre l’évasion fiscale ». Certes, il y a là un peu de démagogie, voire un risque de chasse aux sorcières, mais que la gauche propose de réduire les dépenses publiques, cela nous va.

La gauche propose aussi de simplifier le système administratif, qualifié, selon Les Echos, de « baroque » par le parti démocrate et de vendre une partie du patrimoine public pour réduire la dette : si la gauche privatise, c’est qu’il y a du progrès. Encourager le taux d’activité des femmes, pour accroitre la croissance, et verser une allocation différentielle aux bas salaires, ce qui ressemble à l’impôt négatif de FRIEDMAN. Bien sûr -c’est le programme de la gauche- les équipements collectifs, les infrastructures seront encouragés, mais apparemment pas dans un esprit de relance keynésienne du type « grands travaux ».

Evidemment, le programme de la droite de Silvio BERLUSCONI, le Parti de la liberté, est plus nettement libéral. Son « Relève toi, Italie » ressemble au « America is back » de REAGAN. Il y est surtout question de baisser les impôts des salariés, de détaxer les heures supplémentaires et le treizième mois, de supprimer l’impôt sur les successions et les transferts de biens immobiliers, et de supprimer toutes les taxes sur l’immobilier : cela va dans la bonne direction.

Sans surprise, BERLUSCONI va plus loin que la gauche pour la baisse des dépenses publiques, qui devraient diminuer d’un point de PIB par an, avec un budget équilibré dès 2009. La pression fiscale devrait être réduite à 40% du PIB à la fin de la législature, laissant la France seule avec ses 45% de prélèvements obligatoires. Pour le reste, il est question de réformer la fonction publique, qui en a bien besoin, et de prendre des mesures pour améliorer la sécurité.

Certes, tout cela n’est pas follement original, ni vraiment ultralibéral. Mais que, dans un pays comme l’Italie, la gauche et la droite se disputent sur l’ampleur des baisses d’impôts et aussi de la réduction des dépenses publiques (un point de PIB tous les deux ans ou par an suivant les programmes), cela nous semble aller dans la bonne direction. Par contraste, avec l’évolution identique de l’Espagne, cela ne fera que souligner encore plus l’exception française.

Le 7 mars 2008

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Jean Yves NAUDET est Professeur d’Economie à la faculté de droit de l'Université Paul Cézanne. Il a créé et dirige le Centre d’Ethique Economique et de Déontologie Professionnelle. Il dirige depuis Janvier 2002 le Magistère Journalisme, Communication, Economie de la Faculté d'économie appliquée.