LE TESTAMENT PROGRAMME DE POUTINE

Jean Yves Naudet


Vladimir POUTINE quitterait-il la scène politique sur la pointe des pieds ?  L’apparition de Dimitri MEDVEDEV à Belgrade, pour assurer le soutien du Kremlin à la Serbie, a suscité des commentaires assez audacieux dans le genre : le dauphin va régler son compte au patron. « Tu quoque fili »…Le dirigeant de Gasprom veut-il évincer le tsar de la grande Russie ?

Commençons d’abord par admirer Vladimir POUTINE pour son sens poussé de la démocratie et sa fidélité à la constitution de son pays : dans l’impossibilité  de faire plus de deux mandats successifs, il n’a pas insisté. Il a pris soin de désigner lui-même le candidat à sa succession, Dimitri MEDVEDEV. Accessoirement, il a écarté les candidats libéraux et démocrates de la présidentielle, en leur interdisant sous divers prétextes de se présenter. Mais le pluralisme a été « respecté », puisqu’il y a quelques autres candidats, qui ont tous la particularité de soutenir la majorité présidentielle et qui de toutes façons n’ont aucune chance d’être élus.

Pour ses adieux –sans doute définitifs – au pouvoir, dans son testament politique, POUTINE n’a pas manqué de rappeler le bilan très positif de sa présidence. Grâce à lui, les Russes ont connu une forte croissance de l’économie et de leur niveau de vie, ce qui n’apparaît pas évident aux observateurs étrangers. De plus, sa présidence n’a connu « aucun échec grave ». Il a montré toute son énergie en attaquant l’Occident, soupçonné, dit Le Monde, « d’ourdir un complot pour miner la souveraineté russe ». Il n’imagine pas que l’Ukraine puisse entrer dans l’OTAN et a « indiqué que la Russie serait obligée de pointer ses missiles vers ce pays et vers l’Europe en cas d’installation des éléments du bouclier antimissile américain à ses frontières ».

Bien entendu, le soutien occidental à l’indépendance du Kosovo est « immoral et illégal » (« C’est un boomerang qui va leur revenir dans la gueule !») et il en a profité pour critiquer les observateurs du bureau des institutions démocratiques et des droits de l’homme, émanation de l’OSCE, qui ne veulent pas venir surveiller le scrutin présidentiel, compte tenu des conditions qu’on leur propose. Ces observateurs, au lieu de donner des leçons à la Russie, «  feraient mieux d’apprendre à leur femme à faire la soupe aux choux ».  ainsi parlait le maître de la démocratie russe.

Donc, POUTINE ne sera bientôt plus président. En revanche son testament s’assortit d’un programme ambitieux : curieux pour un homme qui s’en va ! il deviendra premier ministre du nouveau président, comme il l’a lui-même annoncé – on n’est jamais si bien servi que par soi-même - lors d’une conférence de presse stalinienne de 4 heures, émaillée, comme le dit délicatement Le Monde, lorsque les questions sont embarrassantes, « de propos crus et de blagues de caserne », que la décence ne nous permet pas de reproduire ici, puisque nous ne sommes pas au salon de l’Agriculture…

Le fond est beaucoup plus intéressant. Il ne sera pas un premier ministre « de transition » et occupera la fonction « aussi longtemps que Dimitri MEDVEDEV sera président », soit 2012 ou 2016 : pas d’instabilité gouvernementale, voilà qui est rassurant. Il n’affichera pas dans son bureau la photo du nouveau président et il a en toute simplicité présenté son programme de développement pour la Russie jusqu’en 2020, sans doute parce qu’à ce moment là il sera redevenu président. En attendant, tant qu’il sera premier ministre, ses prérogatives pourront être renforcées « pour une plus grande efficacité ».

Il paraît que les bonnes blagues du de cujus ont ravi l’assemblée des journalistes. On a « beaucoup ri », rapporte-t-on. Il est vrai que cette passation de pouvoir était plus drôle que celle de Fidel à Raul. Les vrais patrons communistes sont plus amusants que leurs valets.
Pour nous, un communiste reste un communiste, et Poutine reste Poutine. Un ami de la France, sinon de la démocratie et de la liberté ? C’est ce que l’on disait naguère. Aujourd’hui l’heure n’est plus aux embrassades et aux tapes dans le dos.

Comme Hitler dans les années 1930, POUTINE veut rendre au peuple russe une dignité atteinte par la chute du soviétisme et la transition manquée. Serait-ce au prix de l’écrasement des peuples voisins et de l’embrasement de l’Europe ? Il n’y a pas de quoi rire. 

Le 29 février 2008

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Jean Yves NAUDET est Professeur d’Economie à la faculté de droit de l'Université Paul Cézanne. Il a créé et dirige le Centre d’Ethique Economique et de Déontologie Professionnelle. Il dirige depuis Janvier 2002 le Magistère Journalisme, Communication, Economie de la Faculté d'économie appliquée.