ELECTIONS AMERICAINES : C’EST PARTI

Jean Yves Naudet


Le processus, bien codifié, des élections présidentielles est désormais en route, du moins dans sa partie officielle, car il y a déjà des mois que les candidats se préparent et surtout amassent un trésor de guerre, destiné à financer leur campagne. La partie officielle a démarré avec les primaires et plus précisément les caucus de l’Iowa, le 3 janvier et du New Hampshire, le 8 janvier. Cependant, certaines primaires ont plus de poids que d’autres : c’est surtout le cas du 5 février, le super Tuesday, qui concerne 22 Etats, dont la Californie et New York, qui apportent beaucoup de délégués : si l’avance d’un candidat est nette, tout pourrait se jouer dès ce moment là ; si le résultat est au contraire serré, il faudra attendre les primaires de mars, voire plus tard encore pour connaître les candidats. Les conventions démocrates (fin août) et républicaines (début septembre) ne feront qu’entériner ces choix, et on connaitra alors les candidats à la vice-présidence, pour former le « ticket » électoral.

L’élection elle-même aura lieu le 4 novembre. En réalité, les électeurs ne désignent pas directement le président, mais des grands électeurs, qui eux-mêmes éliront le président le 8 décembre. Mais comme les grands électeurs s’engagent à respecter le choix de ceux qui les ont désignés, il n’y a plus de surprise possible. Le nouveau président prendra ses fonctions le 20 janvier 2009, ce qui laisse une transition assez longue de plus de deux mois depuis l’élection.

L’une des particularités du scrutin 2008, c’est que ni le président (car il a accompli deux mandats et n’est pas rééligible), ni le vice-président (qui n’a jamais vraiment été en mesure, ne serait-ce qu’à cause de son état de santé, de se présenter) ne seront candidat, ce qui n’était pas arrivé depuis longtemps. Les cartes seront donc de toute façon redistribuées. Même si, dans chaque parti, la palette des candidats est assez ouverte, le vieux clivage démocrates/républicains persiste, les démocrates étant globalement plus « à gauche » et notamment pro-Etat-providence, plutôt protectionnistes et pro-choice en matière d’avortement, et les républicains plus libéraux en économie, avec un attachement plus grand aux valeurs traditionnelles et familiales.

Du coté démocrate, trois candidat se détachent pour l’instant : CLINTON, OBAMA et EDWARDS. Hillary CLINTON est évidemment la plus connue et fait valoir son expérience. Son mari est à la fois son principal atout et son principal handicap et il lui est difficile d’incarner le vrai changement. Les positions de la sénatrice de New York, à gauche, en particulier sur la protection sociale et l’assurance maladie, entraînent une forte opposition à sa candidature : c’est elle qui provoque le plus fort sentiment de rejet et pourrait mobiliser le plus les électeurs républicains contre elle, même si elle se fait plus discrète, notamment sur l’avortement, sujet sensible aux USA. C’est elle qui a reçu le plus de soutiens financiers. Le fait d’être une femme est également un atout et un handicap suivant les milieux. Certes, elle n’est arrivée que troisième dans le premier caucus, mais elle a remporté (de peu) la consultation dans le New Hampshire. Son grand challenger est Barack OBAMA.  Certes, il n’est sénateur (de l’Illinois) que depuis peu et manque d’expérience, surtout en politique étrangère, mais il s’est opposé dès le début à la guerre en Irak, autre sujet sensible. Ses positions restent assez floues, sauf sur l’instauration d’une assurance universelle publique pour les mineurs, et il serait, s’il était élu, le premier noir président des USA. Il incarne la rupture.

Enfin John EDWARDS, ancien sénateur de Caroline du nord, mise sur sa réussite personnelle (il est fils d’ouvrier, devenu milliardaire), il est très critique vis-à-vis du système de pouvoir de Washington. Les syndicats le soutiennent, il veut un financement public accru pour l’éducation et la santé, mais son discours s’est radicalisé, ce qui rendrait sa victoire plus difficile.

Du coté républicain, les choses ne sont pas décantées non plus. Rudolph GULIANI, ancien maire de New york, semble pour l’instant tenir la corde au niveau national. Mais il n’a pas fait campagne dans le premier caucus de l’Iowa, recueillant un score dérisoire, pour se réserver pour la suite, ce qui est peut-être imprudent. Les Américains ont en mémoire ses mesures très appréciées en faveur de la sécurité et contre la criminalité et sa gestion des attentats du 11 septembre. La base républicaine apprécie ses positions plutôt libérales, mais les plus religieux se méfient de sa vie personnelle (trois mariages et quelques infidélités notoires) et de ses positions hésitantes  sur l’avortement, et favorables aux homosexuels.

Mike HUCKABEE, ancien gouverneur de l’Arkansas, est arrivé en tête du caucus de l’Iowa ; cet ancien pasteur baptiste est apprécié par les chrétiens conservateurs sur le plan des valeurs familiales (contre le mariage gay ou l’avortement), mais ses positions économiques et sociales sont encore floues : elles n’ont pas toujours été libérales (revenu minimum, bourses d’études aux enfants de clandestins). Cependant, il s’est lancé récemment dans une croisade anti-impôts, demandant le remplacement de l’impôt sur le revenu par une taxe sur la consommation, et il a surtout condamné le fait qu’un PDG puisse gagner 500 fois plus qu’un ouvrier : « ce n’est pas de la libre entreprise, c’est du vol », ce qui a choqué la fraction « pro-business » du parti républicain. De plus, on lui reproche d’avoir accordé trop de grâces en tant que gouverneur.

Quant  à William Mitt ROMNEY, ancien gouverneur du Massachussetts, il avait beaucoup misé sur le premier caucus, où il n’est arrivé que second. Il a sauvé de la faillite les Jeux Olympiques de Salt Lake City, a instauré une couverture médicale quasi-universelle dans son Etat, mais sans avoir recours à une nationalisation. Il souhaite une baisse des impôts. Il a durci sa position contre l’avortement ou les mariages gays, il soutient la politique de BUSH, mais son principal handicap est d’être mormon, il passe donc aux yeux d’une grande partie de la base chrétienne pour le membre d’une secte.

Enfin, John Mc CAIN a été relancé par son succès dans le New Hampshire. Mais cet ancien héros de la guerre du Viet Nam a 71 ans et serait le président élu le plus vieux dans l’histoire des Etats-Unis,

Les autres prétendants, Fred THOMPSON (ancien acteur de série TV, qui veut limiter le rôle du gouvernement fédéral, classé troisième tout de même dans l’Iowa), Ron PAUL (libertarien, opposé à la guerre en Irak et âgé de 72 ans) sont pour l’instant moins en vue et n’émergeront qu’en cas d’effondrement des autres candidats.

Au total, une élection très ouverte, plus encore que les autres fois, mais qui devrait déboucher sur un affrontement classique entre un démocrate de gauche, étatiste et assez protectionniste, pro-choice, et un républicain plutôt « néo-conservateur » défendant le capitalisme et les valeurs traditionnelles. C’est une banalité de rappeler que l’élection est essentielle non seulement pour les USA, mais pour le monde entier également, surtout dans une période économiquement, militairement et politiquement troublée. Après avoir redouté une Amérique trop présente, peut-on craindre maintenant une Amérique affaiblie et en retrait ? Ce n’est pas le moment !

Le 11 janvier 2008

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Jean Yves NAUDET est Professeur d’Economie à la faculté de droit de l'Université Paul Cézanne. Il a créé et dirige le Centre d’Ethique Economique et de Déontologie Professionnelle. Il dirige depuis Janvier 2002 le Magistère Journalisme, Communication, Economie de la Faculté d'économie appliquée.