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SALVI Pr. Jean Yves Naudet | ||||||||||||
Voici la seconde encyclique du Pape BENOIT XVI,
parue vendredi dernier 30 novembre. La première portait sur la charité (Deus
caritas est, Dieu est amour), voici la seconde sur
une autre des trois vertus théologales (avec la foi) : l’espérance. Le titre (Spe
salvi) vient d’une phrase de Saint PAUL, « spe
salvi facti sumus » (Dans l’espérance, nous avons tous été sauvés).
Ce titre rappelle aussi celui d’un écrit de Jean Paul II « Entrez dans l’espérance ».
Aux hommes de ce temps, souvent désemparés face à l’évolution de la société contemporaine,
cette encyclique explique où est l’espoir. Ce texte se veut avant
tout religieux et spirituel. A ce titre il exige une lecture attentive, même si
la forme en demeure toujours très claire. Il nous invite à un exercice intellectuel
de très haut niveau et contient un nombre
impressionnant de citations et de références qui renvoient à des œuvres philosophiques,
alors que par tradition les encycliques étaient plutôt centrées sur l’écriture
sainte. Pour être avant tout spirituel et théologique,
le texte n’en contient pas moins certains passages d’une haute portée politique,
avec des réflexions fort intéressantes pour les chrétiens comme pour les autres.
Déjà, dans la première de ses encycliques, Benoît
XVI avait porté un jugement très net sur le rôle de l’Etat qui « ne
peut pas tout ». C’était un rappel fort utile dans nos sociétés d’Etat Providence.
Dans Spe Salvi il en vient à une critique
sans appel du marxisme. Ce qui le conduit à évoquer le marxisme, c’est une vigoureuse
attaque contre l’athéisme – et donc notamment contre l’athéisme idéologique, explicitement
désigné, le marxisme. C’est l’athéisme qui est jugé responsable des « plus
grandes cruautés » et des « plus grandes violations de la justice »
dans l’histoire. Le Pape invite bien entendu les chrétiens à placer leur espérance
en Dieu et non dans la technologie, les richesses matérielles et les idéologies
politiques. Le monde est en proie au pessimisme et doit trouver sa force dans
l’espérance. Historiquement, selon le pape, l’athéisme a pu
apparaître aux XIX° et XX° siècles comme une « protestation contre les injustices
du monde et de l’histoire universelle ». « Un monde dans lequel existe
une telle quantité d’injustice, de souffrance des innocents et de cynisme du pouvoir
ne peut être l’œuvre d’un Dieu bon ». Or, souligne le Pape, l’histoire a
montré la fausseté des idéologies comme le marxisme qui affirment que Dieu n’existant
pas, c’est à l’homme seul d’établir la justice. Le pape y voit une vision « présomptueuse
et fondamentalement fausse », rejoignant ainsi les thèses (de Hayek en particulier)
sur les méfaits du constructivisme, sur l’utopie
qui recherche artificiellement la société parfaite. Il y a d’ailleurs dans le texte une analyse très
serrée de la raison et de la liberté (surtout à partir de la Révolution française,
explicitement citée), et le pape insiste sur les avantages et les limites de la
raison, car « la raison a besoin de la foi pour être totalement elle-même ».
Et Benoît XVI de préciser : « Celui qui promet le monde meilleur qui
durerait irrévocablement pour toujours fait une fausse promesse ; il ignore
la liberté humaine ». « Que d’une telle prétention s’ensuivent les
plus grandes cruautés et les plus grandes violations de la justice n’est pas un
hasard, mais est fondé sur la fausseté intrinsèque de cette prétention. Un monde
qui doit se créer de lui-même sa justice est un monde sans espérance. ».
Le marxisme, pour le Pape, a laissé derrière lui une « destruction désolante »
car il n’a pas compris que « l’homme n’est pas seulement le produit de conditions
économiques ». Le Pape a évidemment raison et c’est le marxisme qui est un
économisme, c'est-à-dire qui ramène tout à la seule dimension matérielle des rapports
de production. Marx, ajoute le Pape, « a oublié l’homme et il a oublié sa
liberté (…). Il a oublié que la liberté demeure toujours liberté, même pour le
mal. ». « Un monde sans liberté n’est en rien un monde bon ». Au passage, le Pape démontre une connaissance parfaite de l’histoire du marxisme,
notamment quand il décrit la situation dans laquelle se sont trouvés des hommes
comme LENINE après la révolution soviétique, explicitement citée et visée, avec
la dictature du prolétariat, mais sans véritable mode d’emploi, conduisant à une
impasse et bien sûr au totalitarisme. JEAN-PAUL II avait déjà proclamé la mort
du marxisme avec la chute du mur de Berlin ; BENOIT XVI enterre définitivement
le marxisme. Ceux qui prétendent encore trouver une compatibilité entre marxisme
et christianisme feraient bien de lire cette encyclique et de se taire définitivement. Plus généralement, « sans aucun doute le progrès
offre de nouvelles possibilités pour le bien, mais il ouvre des possibilités abyssales
de mal (…). Nous sommes tous devenus témoins de ce que le progrès, lorsqu’il est
en de mauvaises mains, peut devenir, et qu’il est devenu de fait, un progrès terrible
dans le mal. Si au progrès technique ne correspond pas un progrès dans la formation
éthique de l’homme, sans la croissance de l’être intérieur, alors ce n’est pas
un progrès, mais une menace pour l’homme
et pour le monde ». « Ce n’est
pas la science qui rachète l’homme, l’homme est racheté par l’amour ». Ce rappel ressemble à celui adressé naguère par
JEAN-PAUL II : pas de progrès humain sans éthique. Et cette éthique ne peut
être que celle de l’homme libre, puisque seul l’homme, la personne humaine, a
une conscience du bien et du mal. L’éthique viendra donc de la conversion personnelle
de chacun et non d’ailleurs (comme de l’Etat par exemple). C’était déjà ce que
disait saint AUGUSTIN : « Ne dites pas : les temps sont bons,
les temps sont mauvais. Vous êtes les temps. Soyez bons et les temps seront bons ».
C’est un appel à une démarche personnelle de conversion (même si le Pape rappelle
bien entendu que la religion a une dimension communautaire, on n’est pas seul
face à Dieu), pas à la révolution politique. La différence n’est pas mince. Tous
les libéraux, au-delà de leurs croyances diverses, ne peuvent que se réjouir de
ce rappel salutaire. Benoît XVI sera-t-il plus explicite sur les problèmes
économiques dans un texte qui est actuellement en préparation au Vatican ?
On attendait en 2007, à l’occasion du quarantième anniversaire de Popularum
Progressio, une encyclique sociale ou un message apostolique
portant en particulier sur la mondialisation, sans que l’on sache à ce jour si
Benoît XVI allait être plus près de Paul VI (mettant en cause le commerce mondial
dans la pauvreté des nations) ou de Jean Paul II (qui dans Centesimus Annus avait
nettement pris position en faveur de « l’économie de libertés »). Mais
ce nouveau texte a pris du retard, peut-être parce qu’il pourrait porter sur des
sujets politiquement plus sensibles, et on parle maintenant d’une sortie pour
le mois de février. Benoît XVI nous a dit « qu’un monde sans liberté n’est
en rien un monde bon ». La liberté pourrait-elle s’arrêter aux frontières
de l’économie ? Ces frontières existent-elles d’ailleurs ? Gardons l’espoir…
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