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Leonid
Hurwicz, Eric Maskin et Roger
Myerson se sont vu décerner lundi le Prix Nobel de Sciences
Economiques pour leurs développements de la théorie de la conception des mécanismes
(Mechanism Design Theory). Développée en premier lieu par Hurwicz cette théorie tente de fournir les moyens « d’améliorer »
les marchés et les institutions. Si l’objectif est louable il peut aussi s’avérer
dangereux : le mieux est l’ennemi du bien. On
n’est donc pas surpris que cette théorie considère que le débat sur le socialisme
dans les années 20 et 30 (durant lequel les socialistes prétendaient qu’il était
possible de « mimer le marché ») n’était pas clos et qu’il fallait être
« vraiment sûr » que le marché est supérieur au plan, et ce, par l’utilisation
d’outils mathématiques puissants. En
réalité les doutes des partisans de cette théorie viennent du fait qu’ils n’ont
visiblementpas saisi la nature du débat originel posé essentiellement par Ludwig
von Mises dès 1920 : le problème n’est pas
que le socialisme n’est pas « moins efficace » que le marché en tant
que mécanisme d’allocation des ressources ; le problème est que le calcul
économique fondamental à la coordination de l’activité économique y est purement
et simplement impossible du fait de l’absence de propriété
privée et donc d’évaluations subjectives, d’échanges réels et de prix réels. En
se focalisant sur les problèmes d’efficacité et sur le traitement formel de problèmes
d’allocation auquel on a rajouté le problème des incitations compatibles, ces
théoriciens ont visiblement perdu de vue les problèmes plus fondamentaux :
ceux de la créativité et de la découverte, indissociables de ces deux conditions
que sont la propriété et la liberté, et qui sont l’essence même du marché, bien
avant les problèmes d’efficience. Cette
volonté de mettre en avant les problèmes de compatibilité d’incitations lorsque
l’information des agents est asymétrique est intéressante puisqu’elle permet d’améliorer
des situations de coordination entre individus qui échangent ou collaborent. Lorsque
la théorie porte sur le design institutionnel, il est aussi instructif de comprendre
les règles qui mèneront à un meilleur ordre. Mais
le danger de cette démarche émerge lorsque, passant du descriptif au prescriptif,
on en arrive à trop vouloir améliorer la nature pour devenir rapidement un dictateur
omniscient qui ne se concentre que sur le l’atteinte d’un objectif formulé à l’aune
d’un critère d’efficience. La théorie évolutionniste nous enseigne qu’un ordre
institutionnel est un ordre complexe : son évolution et sa structure sont
complexes et la tentation de « construire » à nouveau l’ordre sur une
base rationnelle viendra s’échouer contre le rempart de notre ignorance éternelle.
L’histoire nous l’a bien montré. Nous
ne pourrions mieux faire que conclure avec cette remarque empruntée à Alex Tabbarok
dans Reason : «
En un sens la Conception de Mécanisme est aux marchés ce que les algorithmes génétiques
sont à la vie. Les théoriciens pourront sans doute un jour concevoir un meilleur
mécanisme de marché ou un meilleur code génétique, mais pour l’instant il est
plus profitable de faire usage de notre compréhension de manière à améliorer très
sensiblement quelque chose qui est déjà en soi réellement merveilleux ».
Emmanuel Martin Le
18 octobre 2007 |