LES MESSAGERS DE L’ART ET … CEUX DES CONTRIBUABLES


Le Centre Georges Pompidou accueille du 6 juin au 17 septembre l’exposition de « l’artiste » Annette Messager intitulée « Les messagers ». Christine Albanel, la nouvelle ministre de la culture a pu commenter et donner ses impressions de l’exposition, qu’elle a eu l’immense honneur – on l’envie ! – de voir avant tout le monde lundi 4 juin. Qu’il était comique de voir la brave dame tenter de faire partager un enthousiasme qu’elle-même ne partageait visiblement pas (et on la comprend !) face à des soi-disant œuvres qu’elle pouvait poliment qualifier de « très intéressantes ». Malheureusement, ce genre d’exposition est financé avec notre argent, ce qui rend les choses soudain un peu moins comiques…

Notons d’emblée que par certains côtés, l’artiste Messager semble éprise de valeurs profondément libérales, ce qui, au premier abord, sonne plutôt comme une bonne nouvelle pour nous. En témoigne d’ailleurs son travail du « laisser-passer » spécialement effectué pour cette exposition, travail dans lequel préside l’idée de libre circulation ! Une carte « lenticulaire » (soit en forme de lentille, pour les non initiés) que l’on accroche au poignet permet, par un simple mouvement, de faire alterner les expressions « laisser passer » et « laisser pisser ». Du grand art, de la grande finesse…

De la finesse, on en trouve aussi sur ce qui semble être des canevas où sont brodés en lettre rouge des réflexions sur / de (car aux deux sens du terme bien sûr !) nos grands philosophes. Mais toute « réappropriation » par l’artiste nécessite bien évidemment une « transmutation » de l’original, sans nul doute pour le « décontextualiser » et le réintégrer à la grille de lecture contemporaine, qui se doit de « transcender » féminisme et sexualité. La recontextualisation de l’original cartésien « Je pense, donc je suis » permet donc ce monument d’intelligence et de subtilité : « Je pense donc je suce ». Puis on se balade au milieu de fils de laine qui pendent du plafond, une langue géante en tissu (je manque de vocabulaire technique) emplit une salle entière, des espèces de peluches sont embrochés sur des piques, on peut admirer des collages de photos où l’on discerne évidement langues, bouches et … paires de testicules.

Bref, au yeux du véritable artiste, ou du véritable amateur d’art, il s’agit là en réalité d’une pseudo-intellectualisation de la médiocrité absolue, de la laideur, une sacralisation de l’artiste mauvais : de l’escroquerie pure et simple. L’art est subjectif nous dit-on. Effectivement. Mais une œuvre d’art doit en même temps toucher universellement. Mais là, miracle : la présentation de l’exposition semble en prendre acte. En effet : « Annette Messager délivre, à travers une œuvre singulière, un ‘message universel’ : ‘je crois, dit-elle, que c’est quand on est le plus personnel que l’on communique le mieux avec les autres’ ». Cette leçon valait bien un fromage…

Et du fromage, il doit bien y en avoir. Le « travail » d’un artiste peut être louable en soi, et il mérite salaire s’il satisfait le goût de gens prêt à l’acheter ou à le financer. Que l’art soit bon ou mauvais, en définitive, s’il contente ceux qui veulent bien mettre la main à la poche, on ne voit pas trop ce qu’il y à redire. En revanche, il y a à redire dans le cas présent, car pour que ce type de fumisterie puisse largement vivoter et s’octroyer une aura indiscutable, il se trouve quelqu’un qui paye sans qu’on ne lui ait demandé son avis. Et ce quelqu’un, c’est nous, les contribuables.

Car lorsque je regarde les ressources du Centre George Pompidou, je peux voir que, en 2004, 75 millions d’euros de subventions d’Etat (c'est-à-dire de l’argent provenant des contribuables) lui ont été donnés, soit les trois quart du budget. Contre moins de deux millions en provenance du mécénat : apparemment, les donateurs privés ne se pressent pas… Et il faut savoir que la vente de « produits et services » ne rapporte que 13 millions, dont 9 millions de droits d’entrée (soit à peine 10 % du total des 97 millions de ressources). Ceci signifie au passage que chaque visite est subventionnée à plus de 87 %.

Je pose donc la question : avec ces 75 millions d’euros, combien de places de crèches pourrait-on ouvrir ? Combien de salles d’école pourrait-on ouvrir ? Ou plutôt : combien de places crèches et de salles d’écoles a-t-il fallu supprimer pour financer le Centre Georges Pompidou ? Combien d’emplois ont été détruits par l’impôt prélevé pour financer ce projet ? Il est grand temps que les Français se préoccupent de ce qu’on fait de leur argent. Et il est grand temps aussi que nos hommes politiques cessent de céder à la démagogie en se faisant les « amis » d’une caste autoproclamée, qu’ils financent avec l’argent qu’ils nous ont pris. Si les artistes veulent vivre de leur art, qu’ils se remettent à faire de l’art justement. Sans doute obtiendront-ils plus de soutiens privés et trouveront-ils des âmes à satisfaire, et les porte-monnaie qui vont avec.

Emmanuel Martin

Le 27 juin 2007