SORTIR DU COMA


La nouvelle a ému. Un cheminot polonais s’est réveillé après 19 ans de coma. Il a donc pu découvrir un monde complètement nouveau, 18 ans après la chute du mur de Berlin. Au delà de la dimension sensationnelle de cette nouvelle, ceci devrait surtout nous remettre en mémoire l’appauvrissement généralisé qui constitue la marque et la norme du collectivisme : « Lorsque je suis tombé dans le coma, il n'y avait que du thé et du vinaigre dans les magasins, la viande était rationnée et il y a avait d'interminables files d'attente dans les stations-service ». De quoi nous faire réfléchir quand certains regrettent les bienfaits du socialisme réel, comme la porte parole de Lutte Ouvrière qui pouvait expliquer très sérieusement, sur le plateau du Grand Journal de Canal Plus pendant la campagne électorale, que « partout le marché a échoué » et qu’il faut revenir à la bonne vieille planification centralisée…

Nous pourrions juste en rire. Après tout, l'extrêmisme de gauche s’est fait balayer aux présidentielles. Mais n’oublions pas que ceci n’est dû qu’au « vote utile » après le « choc de 2002 », quand 20 % des inscrits avaient donné leur vote à l’extrême gauche. Non : l’idéologie collectiviste est toujours là et elle séduit toujours autant la jeunesse chez nous, en partie grâce aux relais dont elle dispose dans l’Education Nationale. Et quand des hordes de « jeunes », rejetons d’une bourgeoisie occidentale, vomissent sur le capitalisme et la liberté avant la réunion du G8 en Allemagne, au nom d’un alter mondialisme, véritable renouveau communiste, et qu’elles cassent, pillent, brûlent, et agressent des policiers censés les protéger ou les contenir, cette idéologie montre son vrai visage.

Le monde « d’avant le coma » de notre Polonais, dans lequel oppression et pauvreté sont la norme, a été construit par ce type de révolution, soit disant « humaniste ». Plus que jamais nous devons nous rappeler les leçons de l’histoire. Et ce d’autant que l’ancienne mère patrie du communisme glisse dangereusement vers un nouveau collectivisme. Après nationalisations, concentration exceptionnelle des pouvoirs, instauration d’un régime policier avec assassinats de journalistes et d’opposants, les ennemis de la liberté y menacent désormais sans complexe l’Occident. Comme ce cheminot polonais, sortons donc nous aussi de notre coma.

Nous pourrons alors aussi nous rappeler d’un autre Polonais, plombier celui-là. Parce qu’il avait eu le malheur de venir travailler en France, il avait éveillé la jalousie et la colère. Les Français s'étaient rendu compte qu’eux-mêmes ne travaillent pas assez et n’aiment guère ceux qui travaillent plus, mieux et moins cher qu’eux. Au-delà de notre crainte de la concurrence, peut-être aussi qu’en France on est un peu racistes, au fond. De même, lorsqu'un Johnny Hallyday hué revient de Suisse grâce au bouclier fiscal Sarkozy, on se rend compte quand même que la fiscalité excessive hexagonale fait peut-être en réalité fuir les patrimoines et ne contribue qu'à nous appauvrir.

De temps à autres, l’actualité des rubriques « people » ou « faits divers » permet donc de nous remettre en tête quelques évidences oubliées sans doute un peu trop facilement. Tel le héros de Total Recall, nous avons besoin de quelques chocs pour effacer le lavage de cerveau qui nous est quotidiennement infligé. Si le héros de Total Recall vit sur Mars, il semble que nous, nous soyons la plupart du temps dans la lune, bercés par le chant de sirènes soit disant progressistes, jusqu’à ce que quelque « news » contribue à nous tirer du coma intellectuel dans lequel nous nous prélassons mollement.

Emmanuel Martin

Le 4 juin 2007