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La
France est décidément le pays de l’euphémisme.Voilà que depuis quelques mois on
ne parle plus « d’extrême gauche » mais de « gauche non libérale ».
La transformation dans le vocabulaire s’est faite de manière insidieuse, lentement
sans que l’on y prête vraiment attention. Mais il s’agit bien d’un tour de passe-passe.
Stratégie marketing d’une gauche « qui se cherche » autour du thème
antilibéral, le glissement sémantique a fait son chemin, relayé sottement par
les médias, ces derniers faisant décidément montre d’une incurable absence d’esprit
critique. L’extrême, comme l’ultra d’ailleurs, ça n’est bon que pour la droite !
Bel exemple de terrorisme intellectuel… Le poids des mots On sait le poids des mots dans l’idée que se font les gens d’un phénomène. Les mots sont les vecteurs de la réalité dans nos têtes. Pervertissez les mots et vous pervertirez nos têtes. Cette tactique de manipulation du vocabulaire est d’ailleurs une des grandes armes du totalitarisme. Dans le 1984 de G. Orwell, le gouvernement impose que le peuple parle le novlangue. C’est par une telle distorsion du contenu des concepts, en n’appelant plus un chat un chat, en insinuant que 2+2=5, en prétendant qu’un communiste est un démocrate, en donnant le nom d’un communiste à une loi anti-négationniste alors que lui-même nie les crimes perpétrés au nom de son idéologie, que l’on court droit à la catastrophe. Prenez deux mots sublimes du vocabulaire politico-médiatique branché d’aujourd’hui : « solidarité » et « citoyenneté ». Le contenu du premier s’est vidé de son sens profond qui veut que l’expression de la solidarité vienne « d’en bas », une solidarité horizontale, fraternelle et non pas un système mécanique et anonyme de relations verticales entre l’Etat et les « citoyens » qui a cassé la solidarité vraie et littéralement atomisé la société : la solidarité nationale, nationalisée a tué la solidarité. On entend de même parler de « citoyenneté » à tout bout de champ. C’est en fait l’idéal révolutionnaire, mais complètement inversé : en 1789 le citoyen prenait les armes contre l’Etat-Leviathan, aujourd’hui il en constitue la cellule première, et on le lui martèle bien dès sa plus tendre enfance. Etre citoyen aujourd’hui ne signifie plus pleinement faire preuve de civisme et de liberté dans la société civile, mais de ne pas commettre d’incivilités et de respecter (et amplifier !) les contraintes de la société politique. L’extrême
gauche a bien évidemment contribué à vider ces mots de leur substance. Et voilà
donc qu’elle se cache elle-même encore une fois de sa culpabilité d’être extrême. Le poids des maux Les
observateurs attentifs auront noté que le processus de maquillage s’est effectué
en réalité en deux temps. D’abord jeter l’opprobre sur « le libéral »
et ensuite se débarrasser de « l’extrême », deux maux trop pesants.
Et le tour est joué : revoilà une gauche extrémiste toute propre. Il est
à noter que la gauche plus proche du centre ainsi que la droite ont largement
contribué à la première tâche. Depuis
de nombreuses années déjà tout ce qui est « libéral » est diabolisé.
C’est d’ailleurs souvent « ultra » libéral : bbrrrr.
Et d’ailleurs quand un lauréat du prix Nobel d’économie est devenu libéral et
défend mordicus un « capitalisme dynamique » (Edmund
Phelps), on en fait aujourd’hui dans Libé un néokeynésien
(qu’il a pu vaguement être dans les années soixante) contre le CPE ! Les
Guignols de Canal + nous font croire à longueur de JT
que nous vivons dans un pays ultralibéral … où l’Etat
dépense 54% des ressources nationales ! Bel exemple de libéralisme en
effet ! De même, le Président Jacques Chirac que l’on avait cru libéral voilà
une vingtaine d’années, a pu déclarer en 2005 que « le libéralisme serait
aussi désastreux que le communisme ». On sait évidemment le Président peu
soucieux d’honnêteté, qu’elle soit intellectuelle ou autre, mais il est tout de
même généralement étiqueté à droite. C’est dire à quel point la perversion du
vocabulaire et celle des esprits sont intimement liées. Le deuxième temps de ce ravalement de façade de la gauche extrême consiste à se débarrasser de son label « extrême ». Déjà, en « extrêmisant » le libéralisme et en se posant contre, on arrive à faire passer l’idée que l’extrême gauche n’a finalement rien d’extrême… puisqu’elle est contre. Ensuite, dans l’usage des termes, « extrême », c’est bon pour Le Pen, De Villiers et autres dobermans de droite. Changement de label donc. Un Besancenot, une Buffet ou une Laguiller ne peuvent pas être extrêmes, eux qui manifestaient fin avril 2002 pour « sauvegarder la démocratie » contre Le Pen… Cette gauche est donc garante des « libertés individuelles » (si, si, on vous le dit). Non,
la gauche non libérale, ce n’est sûrement pas celle qui se trémousse à la fête
de l’huma en s’émerveillant devant les stands du parti communiste cubain ou chinois…
Elle est à ce titre effectivement peu libérale et complice de régimes criminogènes.
Elle défend une idéologie qui a anéanti et anéantit encore des millions et des
millions de gens sur la mémoire desquels elle crache, par définition. Mais comme
Revel pouvait l’expliquer dans sa « grande parade », il y aurait un
idéal dans le communisme, une idée magnifique et profondément humaniste :
comment pourrait-on lui reprocher ses conséquences réelles, au vu de ce bel objectif ? Une gauche libérale ? On voit donc que cette gauche-là, sous ses aspects « humanistes » est bien extrémiste au sens où elle compte largement bafouer la liberté au nom même de la liberté telle qu’elle la conçoit et veut l’imposer. Mais le plus amusant dans l’histoire c’est que le fait de parler de « gauche non libérale » laisserait à penser qu’il y a une gauche libérale ! Quelle gauche ? Celle du PS et des 35 heures ? On se tort de rire… Il n’y a, en fait, même pas de droite libérale dans ce pays… alors la gauche… Cette manœuvre consiste une fois de plus à faire croire que le libéralisme règne dans l’hexagone alors que c’est le socialisme régulateur, redistributeur et totalement irresponsable, à droite comme à gauche, qui enfonce durablement notre pays dans la misère économique, sociale et intellectuelle.
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