|
Nous ne pouvions
manquer de rendre hommage à Jean François REVEL, décédé à la fin de la
semaine dernière, victime d’une atteinte cardiaque. Il était en effet
l’un des nôtres, et l’ALEPS l’avait honoré en
faisant de lui le lauréat du Grand Prix du Livre Libéral 2000 pour son
ouvrage « La Grande Parade ». Il est d’ailleurs assez étonnant
que la presse ait en général eu du respect pour ce grand intellectuel,
sans masquer son engagement libéral.
« La Grande
Parade » est hélas d’une actualité inquiétante. Car Jean François
REVEL expliquait comment la gauche marxiste peut reprendre le pouvoir
en France. Les communistes et leurs alliés objectifs ont réussi à faire
croire que tous les maux endurés par les Français proviennent du libéralisme,
alors même que c’est le socialisme qui en est la cause véritable. Les
intellectuels de gauche ont fabriqué pour les Français une mémoire sélective :
les crimes du communisme sont niés tandis que ceux du nazisme n’appellent
(à juste titre) aucun pardon. Maintenant, les libéraux sont dépeints comme
des partenaires naturels du fascisme.
Pourtant, disait
Jean François REVEL, le libéralisme devrait séduire la France. D’abord
parce qu’il est en grande partie d’origine française : " C"est
Turgot qui a influencé l’auteur de la Richesse des nations et non l"inverse,
de même qu"il a inspiré l’Américain Thomas Jefferson . Ce sont les physiocrates qui, dans un célèbre article
de l’Encyclopédie, ont plaidé les premiers pour la liberté du commerce"…
La Révolution française fut, dans ses principes, libérale. Colbertiste
la France ? Jean François REVEL cite Colbert : " Une entreprise
qui est soutenue par l"Etat, si elle ne fait pas de bénéfices au
bout de cinq ans, doit être abandonnée ".
Ensuite, le
libéralisme a apporté à la France, comme à tous les autres pays qui l’ont
adopté, le progrès économique et social : les inégalités ont disparu,
les pauvres se sont élevés, alors que dans les empires communistes le
peuple est écrasé et la nomenklatura étale sa richesse. Mais en France,
remarque Revel, " ce que les Français détestent, ce ne sont pas les
inégalités, ce sont les inégalités autres que celles octroyées par l"Etat
". D'ailleurs, les antilibéraux les plus acharnés font partie d'une
caste de privilégiés, bénéficiaires de nombreuses subventions en échange
de fort peu de travail et auxquels le travail, l'évaluation, et la responsabilité
font peur. Ironique, polémique, provocateur, dans son style Revel mariait
avec élégance la digression philosophique à l'analyse politique et économique
truffée de chiffres et statistiques.
Ajoutons enfin
que Jean François REVEL était venu au libéralisme après une longue route
intellectuelle, et la gauche ne s’est jamais consolée d’avoir perdu l’un
de ses journalistes les plus talentueux. Mais la gauche n’a jamais évolué
ni rien compris au communisme et au libéralisme. Le comble, aux yeux de
la gauche anti-américaine et anti-capitaliste, aura été la campagne contre
la barbarie terroriste que Jean François REVEL a menée après le 11 septembre
2001, tandis qu’il dénonçait « L’obsession anti-américaine »
(2002).
Hommage soit
rendu à un homme de conviction, de talent, à un grand humaniste, sincère
et profond. Il nous a montré ce que des intellectuels doivent faire pour
conjurer le péril totalitaire.
Le 5 Mai
2006
|