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C’est donc hier au soir 19 avril que la Cour
de Cassation Italienne a déclaré officiellement les résultats des élections
générales, donnant la victoire à Romano Prodi.
C’est une victoire arrachée d’extrême
justesse, et avec un grand nombre de votes contestés (en particulier pour
le Sénat). Mais qu’importe : ces élections ont été chez nous l’occasion
d’un festival médiatique ! BERLUSCONI a été systématiquement ridiculisé
et sa politique calomniée. A écouter les médias, on a l’impression d’un
rejet massif et unanime, comme si la coalition sortante n’avait pas obtenu
elle aussi la moitié des voix, le résultat étant effectivement extrêmement
serré : 25 000 voix d’avance seulement à la Chambre, 2 sièges
d’avance au Sénat !
Le bilan comme
les propositions du « cavaliere »
ont été caricaturés.
Commençons par
le bilan économique. Il est vrai que la situation italienne n’est pas
d’apparence très reluisante. La croissance du PIB a été presque nulle
en 2005 et elle devrait être de 1,5% en 2006. Mais la France n’a pas grand-chose
à dire sur ce point, et la différence c’est qu’en Italie l’économie souterraine
est forte et très dynamique. La croissance réelle est donc supérieure
aux chiffres.
Mais, au-delà
des indices conjoncturels, s’agissant des structures, BERLUSCONI a opéré
des réformes décisives qu’aucun gouvernement français n’a su tenter. Il
a notamment rendu une grande flexibilité au marché du travail, ce qui
a permis une réduction sensible du chômage dont le taux, qui avait
atteint presque 12%, est tombé à 7,7%. Rien qu’au cours des quatre dernières
années, 1,3 million d’emplois ont été créés. On retiendra aussi les réformes
fiscales et en particulier la suppression de l’impôt sur les successions,
ce qui n’est pas rien. Avec la réforme fiscale, les capitaux sont massivement
revenus de l’étranger. Et les entreprises italiennes sont compétitives
et dynamiques. Si le taux marginal d’imposition n’avait pas diminué autant
que l’auraient voulu certains, un système de « concordat préventif",
contrat passé entre le contribuable et le fisc, permet de ne pas
dépasser 30% de taux d'imposition sur les revenus excédentaires
d'une année sur l'autre.
La réforme sans
doute la plus significative réalisée par le gouvernement BERLUSCONI aura
sans doute été la transformation de l’Etat Italien en une véritable fédération.
Les pouvoirs des régions, déjà considérables, ont été étendus au point
qu’une véritable concurrence institutionnelle, fiscale, sociale s’est
mise en place. La redistribution des revenus du Nord vers le Sud
a été fortement réduite, et Rome n’est plus le cœur d’un réseau de transferts
étatiques favorisant le parasitisme et la tricherie. Pour les Français
empêtrés dans leur jacobinisme l’exemple italien devrait leur donner à
réfléchir !
Au-delà du bilan,
la comparaison des programmes aura été saisissante. Silvio BERLUSCONI
proposait une extension des exonérations fiscales et la suppression de
l’impôt sur les habitations. Il avait proposé aussi un impôt unique, de
5% seulement pendant trois ans pour les jeunes et les retraités créant
une activité. Un quotient familial aurait permis de prendre en compte
la dimension familiale et le nombre d’enfants.
Quid du programme
économique du « professore » ?
Il faut s’attendre à des hausses d’impôts, ne serait-ce que pour financer
les dépenses publiques qui résultent des promesses électorales de la gauche.
Mais PRODI avait aussi promis le rétablissement des droits de succession, au départ pour les plus riches,
mais on sait comment évoluent en général ces situations : on abaisse
sans cesse le seuil d’imposition. On sait aussi ce que recouvre l’expression
de « lutte contre la fraude fiscale ». Quant à la taxation
des revenus financiers, elle passerait de 12,5% à 20% selon le programme
officiel de PRODI. Il est vrai que d’hypothétiques baisses d’impôts pourraient
contrebalancer ce mouvement.
Plus généralement,
c’est le retour de l’étatisme le plus rigide et le plus centralisé qui
tranchera avec le libéralisme de BERLUSCONI. Il est question d’une réduction
sinon d’une suppression de la loi BIAGI qui avait instauré 42 formes différentes
de contrats de flexibilité destinés à assouplir le marché du travail.
Des promesses ont été faites pour accroître les privilèges des groupes
syndicaux. Et certains proposent la reprise des participations de l’Etat
dans des entreprises privées, alors qu’elles avaient disparu ou avaient
été décentralisées.
Mais on aurait
tort de se limiter à l’économie. BERLUSCONI avait axé sa campagne sur
la famille. PRODI a promis une législation favorable au Pacs
et aux couples de fait entre personnes du même sexe. Des promesses ont été faites dans le domaine de
la vie, avec des projets en faveur de l’euthanasie, des solutions plus
permissives pour l’avortement et l’expérimentation sur les embryons, au
mépris de la dignité de la personne humaine, mais aussi de l’opinion populaire,
puisque l’Eglise a gagné le referendum sur ce point il y a peu. Il serait
d’ailleurs question aussi, pour certains partis de la coalition victorieuse,
d’annuler la Concordat entre l’Etat italien et l’Eglise catholique. Le
fragile équilibre entre écoles d’Etat et écoles privées pourrait être
remis en cause.
On peut aussi
être inquiets sur le plan international, non seulement en raison du poids
de l’extrême gauche, et de sa complicité avec le terrorisme fondamentaliste,
mais aussi d’un certain anti-américanisme d’une partie de la gauche. L’appui
de BERLUSCONI à la coalition réunie autour des Etats-unis en Irak est
déjà remis en cause comme cela a été le cas en Espagne.
Au total, PRODI
est présenté dans les médias français comme un modéré, un « gentil »,
face à un excité extrémiste. Notons d’abord que cette coalition est qualifiée
de « centre-gauche », alors que le poids de l’extrême gauche
y est important, bien au-delà de son poids électoral, car sans elle il
n’y a pas de majorité : elle pourra exercer un chantage permanent.
Or ces partis d’extrême gauche sont tout à faits nostalgiques des régimes
communistes, proches du terrorisme palestinien et irakien, au point que
certains de ses candidats ont trouvé normal qu’on s’attaque aux soldats
italiens en Irak. Ce sont les amis de CASTRO qui vont donner le ton, et
imposer leur loi à PRODI qui est en effet comparativement modéré, mais
dont nul ne saurait douter qu’il est clairement à gauche, comme il l’avait
montré durant sa présidence de la Commission européenne.
Malheureusement
les Français ne sauront rien de tout cela. Ils le découvriront peu à peu,
comme les Italiens, mais trop tard. S’agissant de BERLUSCONI on nous refait
le même coup qu’avec BUSH : l’important, c’est de déconsidérer la
droite libérale partout dans le monde. C’est la meilleure façon de conduire
les Français à voter à gauche le moment venu et d’empêcher l’émergence
d’une alternative libérale en ridiculisant les solutions libérales. Il
est vrai que la droite française, qui n’est pas libérale du tout, se satisfait
très bien de ce petit jeu. Elle s’est d’ailleurs empressée de féliciter
PRODI, avant même les résultats définitifs et sans tenir compte de la
contestation sur les résultats…
Le 20 Avril 2006
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