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C’est avec beaucoup d’intérêt
que j’ai suivi le discours de Chirac à l’occasion des vœux adressés aux
fonctionnaires le vendredi 6 janvier. Non pas parce que j’attendais une
annonce renversante mais parce que j’étais curieux de savoir jusqu’où
peut aller l’ignorance présidentielle. J’ai donc eu la confirmation –
une fois de plus - que Chirac (et ses conseillers) vivent sur une planète
éloignée, très éloignée des réalités du monde dans lequel nous vivons.
Dans son discours, j’ai surtout relevé des répétitions et des contradictions.
Répétitions concernant la
« modernisation de l’Etat et de la fonction publique territoriale »,
des salades qu’on nous ressort à chaque occasion, tous les ans, sans qu’elles
soient suivies d’une quelconque réforme. Le nombre de fonctionnaires territoriaux
ne cesse d’augmenter, et ce ne sont pas les 5 000 fonctionnaires non remplacés
qui feront des économies dans le budget de l’Etat. D’ailleurs, comme le
nombre de fonctionnaires représente 25% de la population active en France
et 16% dans les pays de l’OCDE, à ce rythme-là, il faudra pas moins de
460 ans à la France pour être dans cette moyenne.
Contradictions entre le souhait
de réduire la dette et la décision de « rembourser » la moitié
des économies réalisées (lesquelles ?) aux fonctionnaires ou bien
entre la décision d’ouvrir les hauts postes de la fonction publique aux
personnes issues du privé et la confiance réitérée en l’ENA. Ignorance
aussi dans le discours présidentiel de la situation existante dans les
administrations, du retard et du coût de la fameuse administration électronique
ou bien de l’échec du DMP (Dossier Médical Partagé). En insistant sur
le DMP, Chirac semble ne pas être au courant du Rapport du Sénat sorti
en novembre 2005 qui souligne les manquements et le flou de cette réforme.
Enfin, il n’y a rien dans
le discours présidentiel sur le contrôle de la dépense publique, la concurrence
entre les administrations, le statut de fonctionnaires, les 900 corps,
les entreprises publiques subventionnées, les impôts. Un discours anachronique,
en complète opposition avec ce qui se passe dans les autres pays. Chirac
sait-il que le ministère des Finances suédois ne compte que 300 fonctionnaires
contre 180 000 en France et que la plupart des missions de ce ministère
ont été confiées au privé ? Ou bien que le ministère de l’Emploi
néo-zélandais ne compte que…3 fonctionnaires et que le taux de chômage
dans ce pays est de 3% ? Mais pour être plus concret, pour montrer
à Chirac ce que veut dire « modernisation de l’Etat », voici
ce qu’ont fait les Canadiens.
A partir
de 1994, le gouvernement canadien dirigé par le libéral Jean Chrétien
a engagé une politique active de réduction des dépenses publiques qui
ont ainsi diminué de 17 Mds de dollars canadiens
en 5 ans. Car en 1993, les déficits publics avaient atteint 8,7% du PIB,
dont 6% pour le gouvernement fédéral, et la dette du seul gouvernement
fédéral était de 66 % du PIB. Le service de ces emprunts représentait
37% des recettes fiscales ! Cette constatation avait convaincu les
Canadiens que la réduction des déficits était une nécessité pour faire
baisser le chômage. En 1997, les grandes lignes de la réforme insistaient
sur la nécessité d’informer le Parlement. La réforme canadienne s’est
largement inspirée des expériences australienne et néo-zélandaise, commençant
par une première amélioration des performances des administrations, se
poursuivant par le gel des crédits et une responsabilité accrue des décideurs.
Ces changements ont rendu le Parlement encore plus efficace car il est
devenu beaucoup plus attentif aux résultats des politiques publiques qu’à
leurs budgets.
Avec son ministre des Finances
Paul Martin, lui aussi élu québécois, Jean Chrétien lança immédiatement
un programme de réduction des dépenses : le nombre de ministères
passa de 32 à 23, les salaires des fonctionnaires furent gelés (ils le
resteront pendant plus de 3 ans, jusqu’en février 1997), et un réexamen
complet de toutes les dépenses publiques fut entrepris. Baptisé « examen
des programmes », il fût réalisé en 6 mois. Un objectif principal
fut fixé : ramener en 2 ans le déficit fédéral de 6% à 3% du PIB.
Et pour cela, baisser en moyenne de 20% les dépenses, sans augmenter les
impôts sur les particuliers, et en augmentant très peu les impôts sur
les entreprises. L’« examen des programmes » évitait d’imposer
des réductions uniformes à tous les ministères et permettait de fixer
des priorités : les subventions aux entreprises furent diminuées
de 60%, les budgets des ministères
de l’industrie et des transports baissèrent de 50% ; ceux des ministères
de l’environnement, de la culture, de l’aide internationale et de la pêche
furent réduits entre 50 et 20%.
Des administrations furent
supprimées, d’autres regroupées : il n’y eut plus qu’un seul service
pour le calcul et le recouvrement des impôts, un pour l’inspection des
aliments, répartie auparavant entre quatre ministères, un seul pour le
contrôle des marchés boursiers, etc. Un guichet unique fût institué pour
les relations des administrations avec les entreprises. Les relations
entre le gouvernement fédéral et les provinces furent clarifiées, celles-ci
s’occupant désormais seules des transports, de la formation, des loisirs,
ce qui permit de supprimer certaines des subventions qui leur étaient
versées par le gouvernement fédéral. Plusieurs services publics furent
confiés au secteur privé, par exemple la navigation aérienne. L’assurance-chômage
fut réformée, pour inciter les chômeurs à reprendre un travail.
A suivre sans modération.
Le 12 Janvier 2006
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