LA VERITE SUR LA SNCF

Nicolas Lecaussin


Une nouvelle grève a été déclenchée à la SNCF. Les revendications (une quinzaine) des syndicats concernent – comme d’habitude – l’emploi, les salaires et les « missions de service public ». Une analyse de la (vraie) situation de l’entreprise montre que la réalité est très loin de l’image idyllique d’un « service public ». Incursion dans le monde des chiffres truqués, des privilèges et des mensonges que même la baguette magique de Harry Potter ne saurait transformer.

La SNCF affirme afficher un bénéfice net de 323 millions d'euros pour un chiffre d'affaires de 22 milliards d'euros en 2004, mais ces chiffres ne donnent pas une image fidèle de la réalité car les bénéfices publiés s'expliquent par un résultat exceptionnel de 196 millions d'euros et surtout une bonne dizaine de milliards d'euros de… subventions publiques ! Pire : les dettes à long terme de 18 milliards d'euros devraient être majorées de plus de 8 milliards d'euros de dettes transférées au RFF (Réseau Ferré de France).  Au total, il s’agit donc de 26 Mds d’euros de dettes (au 31 décembre 2004). Et ce n’est pas fini. A cela, il faudrait ajouter les charges de retraite. C’est-à-dire, environ 70 Mds d’euros non provisionnés.

En 2004, 167 000 personnes travaillaient à la SNCF (et 229 000 au groupe SNCF). Cela veut dire que le ratio voyageurs transportés/agent est de 4 800 voy/agent. Par rapport aux autres pays, la différence est énorme car, en Allemagne, ce ratio est de 9 000 voy/agent, aux Pays-Bas de 13 000 voy/agent et au Japon de 50 800 voy/agent. Concernant les lignes régionales en France, la situation est encore plus dramatique car le nombre de voyageurs est en baisse continue. Les déplacements interrégionaux en train ne représentent aujourd’hui que 0,5 % des déplacements et le ratio est d’environ 1 cheminot pour 6 voyageurs !

En appliquant à la SNCF les ratios habituels, il apparaît un sureffectif de 90 000 emplois. Par ailleurs, les conditions de travail sont très favorables aux cheminots puisque le salaire moyen brut mensuel de 2 660 euros est nettement supérieur au salaire brut médian en France (2 000 euros environ en 2003). La différence entre le salaire moyen/an entre un agent de la SNCF et le salaire moyen français/an est donc d’environ 7 200 euros par an.

Ces chiffres montrent que les revendications des syndicats sont totalement infondées. D’autant plus que les transports en commun ne représentent aujourd’hui qu’environ 10 % des déplacements en France contre 87 % pour l’automobile.

Les syndicats s’opposent aussi à la prime d’intéressement qui est approuvée par les cheminots et à la « privatisation rampante » de l’entreprise. Il n’a jamais été question de privatisation de la SNCF, cela n’a pas empêché l’entreprise de profiter de l’ouverture à la concurrence : la SNCF gère une grande partie du trafic de la banlieue de Stockholm, plusieurs lignes régionales du Nord de l’Angleterre et du Pays-Bas.

Un autre mensonge des syndicats consiste à accuser la privatisation de tous les maux et à donner en exemple les accidents de train en Grande-Bretagne. Tenir la privatisation pour responsable des accidents en Grande-Bretagne est un non sens pour au moins une raison : les chemins de fer britanniques ont subi de nombreux accidents entre 1945 et 1997 lorsqu’ils étaient nationalisés tandis que la SNCF a connu trois fois plus d’accidents et 600 morts depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. La faute à qui ?

 

Accidents graves en France depuis 1945

12 novembre 1946

accident à Revigny-sur-Ornain

15 morts

 

(Meuse)

 

1947

déraillement (sabotage de la voie

16 morts,

 

par les communistes) Paris-Lille

60 blessés

 

(près dArras)

 

17-18 février 1949

accident à Port-dAtelier-Amance

42 morts

 

(Haute-Saône)

 

3 juillet 1954

accident à Châteaubourg

plus de

 

(Ardèche)

35 morts

14 juin 1956

accident du train Paris-

11 morts

 

Luxembourg, à Fismes (Marne)

 

19 juin 1957

accident à Boisleux-au-Mont (Pas-

11 morts,

 

de-Calais)

17 blessés

19 juillet 1957

déraillement du train Nice-Paris à

20 morts

 

Bollène (Vaucluse)

 

7 septembre 1957

déraillement du train Paris-Nîmes

26 morts

 

à Nozières-Brignon (Gard)

 

16 novembre 1957

à Chantonnay (Vendée), collision

29 morts

 

entre autorail et train de

 

 

marchandises

 

18 juin 1961

déraillement du train Strasbourg-

24 morts

 

Paris à Vitry-le-François (Marne)

 

23 juillet 1962

déraillement du train Paris-

39 morts

 

Marseille à Velars-sur-Ouche (près

 

 

de Dijon)

 

octobre 1962

accident à Montbard (Côte-d'Or)

12 morts

28 août 1965

Collision entre Simplon Express

12 morts

 

et Lombardie Express à la gare

 

 

de Pont-d'Héry (Jura)

 

21 octobre 1966

déraillement du train Montargis-

9 morts

 

Nevers à Cosne-Cours-sur-Loire

 

 

(Nièvre)

 

14 mars 1972

déraillement du turbo-train Paris-

4 morts

 

Caen

 

16 juin 1972

effondrement sur deux trains de la

108 morts

 

voûte du tunnel de Vierzy (Aisne)

 

4 août 1974

déraillement à Dol-de-Bretagne

10 morts

 

du train Caen-Rennes

 

22 mai 1975

accident à Séméac (Hautes-

5 morts

 

Pyrénées)

 

mars 1981

accident à Beaune (Côte-d'Or)

2 morts

16 janvier 1982

accident à Épinay-sur-Seine

3 morts,

 

(Seine-Saint-Denis)

33 blessés

26 juillet 7983

accident du train Barbentane-

5 morts

 

Rognonas (Bouches-du-Rhône)

 

8 juillet 1985

à Saint-Pierre-du-Vauvray (Eure),

9 morts,

 

collision avec poids lourd

54 blessés

3 août 1985

à Flaujac (Lot), collision train

35 morts,

 

Corail-autorail

160 blessés

31 août 1985

à Argenton-sur-Creuse (Indre),

43 morts,

 

déraillement et collision

38 blessés

24 décembre 1987

à Issy-la Plaine (Hauts-de-Seine)

1 mort,

 

collision de deux trains du RER

40 blessés

27 juin 1988

à la gare de Lyon, à Paris un train de banlieue percute un convoi arrêté

59 morts (dont 3 agents) et 33 blessés (dont 2 agents)

6 août 1988

accident à la gare de l'Est à Paris

1 mort et

 

 

57 blessés

23 septembre 1988

à Voiron (Isère), collision entre un TGV et un convoi immobilisé sur passage à niveau

2 morts

7 novembre 1988

à Ay (Marne) erreur d'aiguillage

4 morts

2 avril 1990

à la gare d’Austerlitz, à Paris, un train défonce un boutoir, traverse le quai et percute une buvette ; heureusement, pas de victimes

 

5 octobre 1991

accident à Lyon

4 morts

17 octobre 1991

collision (non-respect de la

16 morts

 

signalisation) à Melun (Seine-et-Marne)

 

16 septembre 1992