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L’histoire montre que le protectionnisme n’a jamais contribué à l’enrichissement d’une culture. Voici juste quelques exemples révélateurs. Dans l’antiquité, c’est Athènes, cité ouverte, qui fut la plus prolifique en arts et en lettres, tandis que Sparte, se cachant derrière son « exception », c’est-à-dire derrière ses portes, ne produisit aucun poète, aucun orateur. Plus tard, comment aurait-on pu bénéficier de l’essor magnifique de la peinture si la France n’avait pas invité chez elle, au XVIe siècle, les peintres italiens, ou si elle n’avait pas pu profiter de la littérature espagnole au XVIIe siècle ou de celle anglaise au XVIIIe. Sans oublier l’influence de la philosophie allemande de la fin du XIXe siècle ou bien du roman américain du début du XXe siècle. Faut-il interdire le roman sud-américain parce qu’il exerce un véritable domination sur le marché du livre européen depuis quelques années ? Et les exemples sont légion montrant que la fermeture des frontières n’a jamais contribué à l’enrichissement d’une culture. La Convention de l’Unesco signée la semaine dernière est surtout considérée comme une victoire contre l’impérialisme américain qui étoufferait la création nationale. L’article 8 par exemple donne le droit aux pays signataires de « prendre toutes les mesures nécessaires afin de protéger et de préserver les expressions culturelles », sans pour autant préciser quelles seraient ces « mesures » qui peuvent aller de la fermeture des frontières jusqu’à la censure et les interdictions les plus aléatoires. Du pain béni pour les pays autoritaires, très nombreux parmi les membres de cette honorable institution. Il faut aussi rappeler que ces mesures dirigées en réalité contre les Etats-Unis ont été adoptées à un moment où les Etats-Unis venaient de réintégrer l’UNESCO en 2003 après l’avoir quitté en 1984 pour protester contre sa politisation et sa bureaucratisation. Leur retour a été accompagné d’ailleurs par un audit des finances de l’UNESCO grâce auquel de nombreux gaspillages ont été décelés. Enfin, la contribution américaine au budget de l’organisation n’est pas négligeable car elle représente environ 22% du total. Non, le pire ennemi de la culture française est l’Etat. Les ravages (voir le dossier Société civile n°49 sur le site de l'IFRAP : www.ifrap.org) faits par la bureaucratie du ministère de la Culture et par les fonctionnaires locaux sont infiniment plus graves. Si la francophonie a reculé dans le monde, c’est parce que les 35 000 fonctionnaires concernés ont été incapables de voir les mutations mondiales dans les milieux universitaires et culturels, ce que les Allemands et les Britanniques avaient bien anticipé. Le spectre de « l’impérialisme américain » se manifeste surtout dans le domaine du cinéma. Au-delà du fait que la puissance financière de Hollywood n’explique pas tout (les trente dernières années, le cinéma américain a montré une invention remarquable, aussi bien dans les films de qualité que dans les films très grand public), c’est la qualité des films et des téléfilms français qui est en cause. Les subventions publiques n’ont jamais donné naissance à des génies. L’argent des aides publiques au cinéma est d’ailleurs "l’argent de la profession", puisqu’il provient largement de la taxe spéciale sur les billets de cinéma – 11 % du prix des billets (qui proviennent pour la plupart des entrées pour les films américains) – qui est reversée par le Centre National du Cinéma (CNC) aux producteurs, distributeurs et exploitants français de salles de cinéma. Cette aide permet astucieusement de faire subventionner les productions françaises par les spectateurs des films… américains. Le comble c’est que ces aides (un total de plus d’1 Milliard d’euros) sont accordées à environ 200 films par an dont seulement un dixième atteint avec peine un million de spectateurs et dont certains autres ne sont même jamais distribués ! C’est comme si l’on fabriquait 2 millions de voitures par an dont 1 million serait vendu et l’autre million irait directement à la casse. Aux Etats-Unis, sur 10 projets, un seul sera réalisé, contre un sur quatre chez nous. On consacre 2 à 3 % en dépenses d’écriture de scénario, « trois fois moins que pour les petits fours lors de la sortie de nos films » (revue Positif, mai 2001). Pourtant, même à l’étranger il existe des systèmes d’aides au cinéma. Leur fonctionnement est différent du nôtre et, surtout, plus efficace. Il est de plusieurs sortes : aides directes financées sur le budget de l’Etat comme au Danemark, ou par les Länder comme en Allemagne, affectation d’une partie des recettes de la loterie en Grande-Bretagne, avantages fiscaux en Allemagne et en Irlande, aides à l’exportation aux Etats-Unis… Mais l’une des grandes différences c’est qu’ailleurs on traite le cinéma comme une industrie avec des aides adaptées à une industrie alors que la France le traite comme une œuvre culturelle. Au Canada, tout cinéaste qui demande une aide directe est obligé de présenter une étude de marché et un potentiel d’entrées proportionnel à l’investissement en production demandé. Dans ce pays, il existe aussi un système de déduction pour amortissement permettant à chaque investisseur potentiel de déduire de son revenu imposable la totalité d’un investissement dans une production audiovisuelle. Une sorte de business angels du cinéma. La culture française en danger ? Oui, mais la faute à qui ? Au cinéma américain ou bien aux aides aveugles et stériles[1] ?
Le 3 Novembre 2005
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