|
EDF OU LA SOLIDARITE A L'ENVERS Nicolas Lecaussin Les ennemis de la « privatisation »
d’EDF ont doublement tort : d’une part cette entreprise couverte
de dettes n’est pas un modèle de gestion financière ni même sociale, d’autre
part il ne s’agit pas d’une privatisation. Voici l’analyse de Nicolas
LECAUSSIN, parue dans le Wall Street Journal du mercredi 19 octobre, reprise ici avec son
autorisation. Nicolas LECAUSSIN est rédacteur en chef à l’IFRAP
et l’auteur de « Cet Etat qui tue la France » à paraître chez
Plon le 3 novembre. |
|
L’entreprise EDF fait partie, avec la SNCF, La Poste et la RATP, de la
chasse-gardée des syndicats français. Sous l’appellation de « service
public », ces entreprises sont devenues, au fil des ans, des vaches
à lait des organisations syndicales et aussi des « paradis »
pour les employés. Car ces employés sont des « agents des services
publics », avec un statut de fonctionnaire, donc on ne peut pas les
licencier, et profitent largement des avantages proposées par ces entreprises.
Dans le cas d’EDF, on peut rappeler les « privilèges » suivants :
emploi à vie, soins de santé gratuits (tiers
payant), « régime spécial » de retraite (à 55 ans pour les « actifs » :
60% du personnel ; pensions très supérieures à celles du privé),
32 heures de travail par semaine, et 1.440 heures par an, nombreux congés
supplémentaires (par exemple 3 jours pour le décès d’un beau parent),
vacances à 20% du prix normal dans les centres du comité d’entreprise
(CCAS), repas à 50% du prix normal, électricité et gaz à 10% du tarif,
avantages en nature non imposables, salaire d’embauche à 36% au-dessus
du SMIC, avec avancement à l’ancienneté, et donc salaires très supérieurs,
à égalité de qualification, à ceux du privé. A cela s’ajoute le budget
(416 millions d’euros) du comité d’entreprise qui sert (illégalement)
au financement de la CGT et du Parti communiste français. Or, tous les Français, y compris les smicards, les chômeurs et les RMIstes, doivent payer leur électricité, alors qu’en moyenne l’agent d’EDF gagne nettement plus que la moyenne des Français (un coût moyen de 5 335 euros par mois contre environ 3 000 euros). La solidarité et le service public que défendent les syndicats d’EDF est donc une « solidarité à l’envers » : les pauvres doivent payer pour maintenir les privilèges des plus riches qu’eux. Voici quelques exemples de cette « diversité » de l’interventionnisme étatique français. Le fameux parc « Asterix » a été nationalisé depuis son rachat par une filiale de la Caisse des dépôts, tout comme l’Agence La Plagne Ski Voyages, une des plus connues par les touristes. Toujours par l’intermédiaire de la Caisse des Dépôts, l’Etat a fait main basse sur la Compagnie des Alpes et l’Aquarium géant de Saint-Malo. A travers la Réunion des Musées nationaux, on a nationalisé la Compagnie internationale des golfs ou encore la Maison d’Editions d’Art Lys (la culture reste la chasse gardée de l’Etat ). Pour ce qui est des transports en commun, il n’y a pas que la SNCF et la RATP. L’Etat français détient plus de 200 entreprises (!), de la société Taxicolis aux Cars Lecaplain. Par l’Imprimerie nationale, il investit aussi dans l’imprimerie numérique et, s’il garde la main sur des secteurs traditionnels comme la chaudronnerie mécanique (Tarlin dans le nord de la France), il s’est aussi lancé dans la Video Speed Publication (reproduction d’enregistrements). De même, l’argent public nourrit des dizaines de petites sociétés agricoles mais aussi Jet Chef, une filiale d’Air France, spécialisée dans la restauration des hommes d’affaires. Au total donc, plus de 1600 sociétés d’Etat. Alors, privatisation ou étatisation ? Ou les deux à la fois ? Mais ce qu’on oublie aussi c’est que ces entreprises publiques françaises qui refusent la privatisation sont de véritables multinationales. EDF a acheté des entreprises en Grande-Bretagne, Allemagne, Italie et en Amérique latine ; la SNCF gère une grande partie du trafic de la banlieue de Stockholm, plusieurs lignes régionales du Nord de l’Angleterre et du Pays-Bas ; même la RATP profite de l’ouverture à la concurrence en étant présente sur le marché des métros de Florence, Athènes, des bus de Casablanca ou des lignes régionales en Rhénanie. Quel sens de la justice pour le service public français ! Profitez des marchés étrangers tout en interdisant l’accès au marché français. Le 28 Octobre 2005
|