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Chacun exprime
sa reconnaissance envers le Pape JEAN-PAUL II. Les économistes ont aussi
leur mot à dire dans cet hommage unanime, car nul Pape, autant que JEAN-PAUL
II, n’aura tant fait, dans sa doctrine sociale, pour la compréhension
des mécanismes économiques et en même temps pour nous indiquer les chemins
d’une économie humaine, d’une éthique économique. Trois encycliques sociales
(Laborem exercens en 1981, Sollicitudo rei socialis (SRS) en 1987 et Centesimus
annus (CA) en 1991) résument cet enseignement.
Le Pape nous
a d’abord rappelé l’impasse du « socialisme réel », qui repose
sur une « erreur anthropologique » parce qu’il réduit l’homme
« à un ensemble de relations sociales »(CA
§13). Son inefficacité n’est pas un problème technique, mais « une
conséquence de la violation des droits humains à l’initiative, à la propriété
et à la liberté dans le domaine économique » (CA § 24). En contribuant
à la chute du communisme, JEAN-PAUL II nous a ouvert les yeux sur les
impasses de la solution marxiste.
Mais il a aussi
écarté les illusions de la troisième voie, très fréquentes chez beaucoup
de chrétiens, en rappelant que « la doctrine sociale de l’Eglise
n’est pas une troisième voie entre le capitalisme libéral et le collectivisme
marxiste » (SRS § 41). Il nous a donc appelés au réalisme en matière
économique, en reprenant l’enseignement de ses prédécesseurs sur la légitimité
de la propriété privée et sur la destination universelle des biens, mais
aussi en apportant tant d’éléments nouveaux sur l’entreprise, l’entrepreneur,
le profit, le marché.
Le marché est
légitime : « Il semble que, à l’intérieur de chaque pays comme
dans les rapports internationaux, le marché libre soit l’instrument le
plus approprié pour répartir les ressources et répondre efficacement aux
besoins » (CA §34). Mais le marché n’est pas tout et tout ne se vend
pas, à commencer par le corps humain. Il ne faut donc pas l’idolâtrer.
Lui qui a tant
fait pour l’ouverture des pays et qui l’a tant souhaitée, il a montré
que cette ouverture était également positive sur le plan économique : « Il
n’y a pas très longtemps, on soutenait que le développement supposait,
pour les pays les plus pauvres, qu’ils restent isolés du marché mondial
et ne comptent que sur leurs propres forces. L’expérience de ces dernières
années a montré que les pays qui se sont exclus des échanges généraux
de l’activité économique sur le plan international ont connu la stagnation
et la régression et que le développement a bénéficié aux pays qui ont
réussi à y entrer ». (CA §33).
Le réalisme
de JEAN-PAUL II, c’est de reconnaître clairement que l’économie de marché
est la mieux adaptée à la nature humaine : « Peut-on dire
que, après l’échec du communisme, le capitalisme est le système social
qui l’emporte ? ». « La réponse est évidemment complexe. Si, sous le nom de « capitalisme »,
on désigne un système économique qui reconnaît le rôle fondamental et
positif de l’entreprise, du marché, de la propriété privée et de la responsabilité
qu’elle implique dans les moyens de production, de la libre créativité
humaine dans le secteur économique, la réponse est sûrement positive,
même s’il serait peut-être plus approprié de parler d’économie d’entreprise,
ou d’économie de marché ou simplement d’économie libre ».
« Mais
si par capitalisme on entend un système où la liberté dans le domaine
économique n’est pas encadrée par un contexte juridique ferme qui la met
au service de la liberté humaine intégrale et la considère comme une dimension
particulière de cette dernière, dont l’axe est d’ordre éthique et religieux,
alors la réponse est nettement négative » (CA§ 42) : cela signifie
qu’il n’y a pas d’économie libre sans état de droit (respect des contrats,
de la propriété) et surtout sans éthique.
Mais JEAN-PAUL
II nous a aussi alertés sur les excès de l’Etat providence. Il a incité
chacun à la solidarité et nous rappelle que, dans ce domaine, tout ne
relève pas de l’Etat : le principe de subsidiarité doit s’appliquer.
« En intervenant directement et en privant la société de ses responsabilités,
l’Etat de l’assistance provoque la déperdition des forces humaines, l’hypertrophie
des appareils publics, animés par une logique bureaucratique plus que
par la préoccupation d’être au service des usagers, avec une croissance
énorme des dépenses « (CA § 48).
Pour nous, économistes,
ce que JEAN-PAUL II nous apprend avant tout, c’est qu’il n’y a pas d’économie
libre sans éthique. Il a ouvert nos yeux sur l’éthique de la solidarité (« Il
y a un certain dû à l’homme parce qu’il est homme » (CA § 34), qui
est un devoir personnel et communautaire et un devoir n’est jamais facultatif.
C’est une obligation morale. Mais il a aussi montré que, dans nos sociétés
de consommation, tout n’était pas possible et qu’il y avait des habitudes
de consommation et des styles de vie objectivement illégitimes, d’où la
nécessité et l’urgence « d’un vaste travail éducatif et culturel
qui comprenne l’éducation des consommateurs à un usage responsable de
leur pouvoir de choisir » (CA §36).
Il nous a surtout
appris qu’une saine économie reposait sur une conception de l’homme, sur
une anthropologie, qui est celle d’un homme qui a une dignité absolue,
qui lui vient de Dieu, qui doit être un être créateur, au service des
autres, y compris dans les activités économiques, mais qui est aussi capable
d’erreur et de malfaisance. S’il est perfectible, il n’est pas parfait,
ce dont les institutions doivent tenir compte. Un homme créateur, un homme
serviteur, un homme pécheur.
Notre monde
économique va mal. La faute n’en revient pas au marché, qui est un instrument
économique qui a fait ses preuves et qui est conforme à la nature de l’homme.
Mais « ces critiques s’adressent moins à un système économique qu’à
un système éthique et culturel. En effet, l’économie n’est qu’un aspect
et une dimension dans la complexité de l’activité humaine. Si elle devient
un absolu, si la production et la consommation des marchandises finissent
par occuper le centre de la vie sociale et deviennent la seule valeur
de la société, il faut en chercher la cause non seulement et non tant
dans le système économique lui-même, mais dans le fait que le système
socioculturel, ignorant la dimension éthique et religieuse, s’est affaibli … »
(CA § 39).
En d’autres
termes, l’homme ne vit pas seulement de pain.
C’est un discours qui a la radicale nouveauté de l’Evangile. Voilà
pourquoi, il nous a touchés, nous, économistes et catholiques. Mais il
concerne aussi chacun et pas seulement les économistes, car chacun participe,
à sa façon, à la vie économique. JEAN-PAUL II nous a donné une stimulante
leçon d’économie éthique.
Le
20 Avril 2005
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