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"Depuis 1997,
la France se situe, selon Eurostat, au 12e
rang du palmarès européen pour le PIB par habitant, alors qu’elle
occupait la troisième place
en 1992". Selon MM. Magnien, Tavernier
et Thesmar de l'INSEE, ce "recul du PIB
par habitant de la France traduit surtout l’imperfection des comparaisons
internationales" (Economie
et Statistiques, n°354, 2002).
J'ajouterai, pour ma part, que la France, ex aequo avec l'Italie, était au 11è rang en 1995 et au 13ème en
2003 (Eurostat, décembre
2004). Le recul en forme de dégringolade
semble donc se poursuivre et rien ne semble pouvoir l'arrêter, malgré
ce qu'ont suggéré nos auteurs. Mais je n'entrerai pas dans la polémique
sur les comparaisons internationales disponibles ou à effectuer - toutes
les comparaisons de ce type sont discutables. Je préfère suivre une démarche
purement logique qui explique le phénomène.
I. L'endettement public a continûment augmenté
en France dans la période des années 1974-2004
En 1974, la
dette publique se montait à 13% du PIB ; en 2004, elle s'élève à
65,6%. En trente ans, la dette publique a donc été multipliée par près
de cinq, sans que la France ait connu de catastrophes majeures. C'est
considérable, sans précédent dans l'histoire.
Pourquoi prendre
l'année 1974 comme référence ? Raison principale : c'est la dernière année
où les comptes publics ont été en équilibre et, si on en croît les commentateurs
(par exemple l'O.F.C.E.), la dette publique n'avait pas connu un niveau
aussi bas depuis le début du XIXè siècle (décennie
1810). Les autres raisons se trouvent dans l'apparition au premier plan
du marché politique du couple infernal (Giscard-Chirac),
ou, si l’on en croit certains commentateurs, dans la disparition du système
monétaire international créé en 1944-45, la réglementation croissante
du marché du travail de France, l'augmentation du prix du pétrole, la
mondialisation.
II. Les trois causes principales de l'endettement
public croissant
Dans cette période
et malgré les apparences, les présidents de la V République (Giscard,
Mitterrand, Chirac) ont pratiqué la même politique à quelques nuances
près (respectivement libéralisme avancé, socialisme aux couleurs de la
France et travaillisme à la française…). Les premiers ministres et leur
gouvernement l'ont appliquée eux aussi à quelques nuances près. Et les
majorités parlementaires successives les ont votées, elles aussi à quelques
nuances près.
Quelle politique
? "La politique du plein emploi" par le déficit public (trente
années de déficit public), politique qu'ils ont d'ailleurs fait entrer
dans le projet de traité de constitution européenne qu'ils soumettent
à referendum le 29 mai prochain !
Cette politique
chérie du marché politique de France repose sur une doctrine économique
dont les erreurs ne sont plus à démontrer (Jacques
Rueff s'en est chargé dès 1947). Malheureusement, le marché politique
de France s'en moque et s'y accroche.
Il reste que
le déficit public doit être financé et que ce rôle échoit au marché financier,
lequel n'est plus national depuis longtemps. Le marché politique devrait
le respecter et lui dire merci au lieu de le vouer aux gémonies comme
il le fait. D'ailleurs, si le marché était resté national, le déficit
ne pourrait pas être financé. Aujourd'hui, 1/3 de la dette publique est
détenue par l'étranger. Et le jour où le marché financier refusera de
prêter, le sort de la France sera scellé.
III. Un premier gros mensonge officiel
Depuis au moins
le début de la décennie 1990, il est admis que les chiffres officiels
de la dette publique sous-estiment largement la réalité, en particulier
le dernier, pour 2004, à savoir 65,6% du PIB. Le Rapport économique annuel 1997 de la Commission européenne évaluait
les engagements publics non comptabilisés, dans une fourchette de l'ordre
de 216%-265% du PIB! Pour 2003,
le Ministère de l'économie et des finances estimait les engagements au
titre des retraites des fonctionnaires de l'Etat à 55% du PIB ! Ce qui,
ajouté aux 65,6% officiellement estimé, élève la dette
publique à 120% du PIB. Dans
un rapport du Sénat intitulé "La quadrature du cercle? Débat d'orientation budgétaire pour
2004", on peut même lire qu’"en
matière de finances publiques, le « compte à rebours » a commencé".
IV. Le fardeau de la dette publique a lui
aussi augmenté continûment, et c'est plus grave
Plus que l'augmentation
de la dette publique, l'augmentation de son "fardeau", i.e.
du "service de la dette" –intérêt et amortissement- qu'on peut
lire dans le budget de l'Etat, est destructrice. En 1974, ce fardeau représentait
0,9% du PIB alors qu'en 2004, il atteint 2,9% (47,2 milliards d'euros).
En trente ans, il a donc été multiplié par plus de trois. C'est considérable.
Le fardeau a
ainsi été supérieur aux recettes 2004 de l'impôt sur les sociétés (44,8
milliards d'euros) ! En d'autres termes, tout se passe comme si une partie
de la création de richesses par les entreprises, celle qui est versée
en impôts, était purement et simplement engloutie par la politique de
l'endettement public des hommes de l'Etat !
Le fardeau de
l'endettement public a été aussi supérieur au déficit 2004 de l'Etat (43,9
milliards d'euros). Les hommes de l'Etat financent le fardeau de la dette
en émettant de nouvelles dettes… Mais cela, c'est ce qu'on dénommait dans
le passé la "cavalerie"… ! Et la cavalerie se termine toujours
très mal ! Quant au vrai droit, au droit privé, il l'interdit…
V. Un second gros mensonge officiel
En 1974, le
chiffre des prélèvements obligatoires que retient le marché politique
et qui inclut impôts et cotisations obligatoires s'élevait à 40,4% du
PIB et à 43.6% en 2004. Faible augmentation dira-t-on… ? Mais les prélèvements
obligatoires en question sous-estiment là encore la réalité (de plus de
onze points) et, de ce fait, ils constituent un second gros mensonge.
Les prélèvements obligatoires véritables, réels, ceux que vous et moi
supportons, correspondent aux dépenses publiques qui sont passées de 40,4%
du PIB en 1974 à plus de 55% en 2004, près de quinze points d'augmentation…,
c'est considérable.
VI. Conclusion.
Etant donné
leur importance quantitative, il est logique que le fardeau de la dette publique et le poids des prélèvements obligatoires véritables aient fait glisser
progressivement la France en queue du peloton européen. Ils cachent des
gaspillages ou des destructions de richesses qu'on ne retrouverait pas
dans les autres pays européens si on les y cherchait.
Comment la France
pourrait-elle améliorer sa position avec de tels gaspillages ou destructions ?
Malheureusement,
depuis 1974, les hommes de l'Etat et le marché politique dans son ensemble
- et en particulier "dans ses contrées reculées" que sont les
médias - s'efforcent d’abuser le "bon peuple" en lui faisant
croire que la France progresse.
"Soyez
libéraux, soyez socialistes, mais ne soyez pas menteurs" écrivait
Jacques Rueff, 1945, dans L'ordre
social … La formule est d'une actualité brûlante. Le jour où le marché
financier sera convaincu des mensonges, devenus trop gros, il ne prêtera
plus, ou prêtera alors à des taux d'intérêt élevés, voire exorbitants,
au secteur public et, en particulier, à l'Etat. Il sera alors trop tard :
ceux-ci auront franchi la limite de la crédibilité, la France sera entrée
dans une crise ouverte. Seulement, nous sommes dans le même bateau…
Et en 1975 (ce
qui sera publié dans Le Monde,
19 février 1976), Rueff écrivait encore :"… la doctrine du plein
emploi … est en train de détruire sous nos yeux ce qui subsiste de la
civilisation de l'Occident". Sont survenus heureusement, quelques
mois plus tard, respectivement, dans l'Etat du Vatican, en Angleterre
puis aux Etats-Unis, Karol Wojtyla,
Margaret Thatcher et Ronald Reagan pour sauver la situation. Mais en France,
cela a été de pire en pire.
J'ajouterai
donc pour conclure : sortez du « Pays des Merveilles » d'Alice
où les socialistes de tous les partis veulent vous faire vivre depuis
1936 à l’instigation de Keynes, ce magicien de Cambridge, et de ses prosélytes…
à l’aide de cette potion appelée "politique de plein emploi".
Il faut s'opposer
avec la plus grande fermeté à cette destruction spécifique du bon entendement
des personnes raisonnables si on veut éloigner la perspective d’une crise
financière irréversible.
Georges Lane
Le 13 avril 2005
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