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Voilà un film qui fait du
bien ! Avec Leonardo Di Caprio en tête
d’affiche certains pouvaient craindre un film aux clichés un peu trop
hollywoodiens (et alors ? pourrait-on rétorquer). Mais de manière
assez ironique, en filmant la vie trépidante de Howard Hughes, un géant
de la production hollywoodienne et de l’aviation des années 20 aux années
40, Martin Scorsese réussit là un (autre) coup de maître hollywoodien.
Si on reste charmé justement par les paillettes du Hollywood de ces années-là,
on s’amuse d’en voir les dessous précieux et ridicules. Cependant, on
est tout bonnement scotché par le trait principal du film : son esprit
profondément et passionnément américain. Même si la maladie mentale du
héros, une espèce de phobie des germes doublée d’une agoraphobie, prend
une grande place dans le film et touche forcément le spectateur, c’est
bien le génie créateur et rationnel du héros américain qui fait la marque
du film. Il nous rappelle que les Etats-Unis se sont élevés au rang qu’ils
tiennent aujourd’hui par la force d’hommes obstinés et acharnés, et non
pas par l’Etat. Les Etats-Unis sont avant tout une nation d’individus
libres, bien plus qu’un Etat-nation. L’entrepreneur, source du progrès. Le film s’ouvre avec le difficile
tournage de la superproduction de l’époque, dirigée par Howard Hughes,
Hell’s Angels,
retraçant les batailles du ciel de la première guerre mondiale. Hughes
n’est pas un producteur - directeur comme les autres. Il veut le meilleur.
Ainsi, parce qu’il a besoin d’avions plus rapides pour filmer avec plus
de rendu ses scènes, Hugues se lance peu à peu dans la recherche en aviation ;
il en arrive même à construire l’avion le plus rapide au monde à l’époque.
Parce qu’avant que le film soit fini, le cinéma parlant fait son apparition,
Hughes veut donner au public le meilleur et sonorise entièrement son film !
Quand T.W.A. se trouve dans l’incapacité financière d’acheter les avions
qu’il a produits, Hugues décide tout simplement de racheter la compagnie
parce qu’il sait que ses avions sont les meilleurs. Les rêves de Hugues
sont dirigés vers la satisfaction du juge ultime : le consommateur. L’obsession
systématique de rendre le meilleur service possible à ses concitoyens
et l’engagement de sa fortune personnelle en font
l’antithèse parfaite de l’image habituelle du « greedy
capitalist ». Howard Hughes n’est pas non plus un de
ces soi-disant génies vivant de subventions publiques et qui produisent
de l’inutile à la chaîne : c’est un véritable entrepreneur. Ses rêves
sont mis en premier lieu au service des autres. Scorsese filme superbement
la passion entrepreneuriale, le goût violent du travail acharné, de l’accomplissement,
l’obstination du génie suintant la transpiration et le cambouis. Le film
nous donne là, aux milieux des pellicules, des avions et des millions
de dollars, l’essence profonde du rêve et du défi américains. C’est la
nature même du progrès -et sa source intarissable : l’homme- qui
nous est projetée de manière éblouissante durant 2h45. Celui qui fait
bouger le monde, son moteur premier, l’Atlas, le voilà : c’est l’entrepreneur.
On suit avec passion l’énergie déployée constamment par cet homme qui
refuse tout obstacle à l’accomplissement de son rêve, de sa volonté. On
le voit faire avancer la technologie, faisant lui-même les essais aéronautiques,
on le voit simplement mais véritablement faire progresser la civilisation.
Le spectateur perçoit à quel point le travail de l’entrepreneur est source
de bienfaits. Evidemment le film se concentre sur cet entrepreneur « héros »,
aux qualités hors du commun ; et cette peinture cinématographique
proche de la peinture théorique de l’économiste Joseph A. Schumpeter ne
doit cependant pas nous faire oublier que tout entrepreneur œuvre, dans
la recherche de son propre accomplissement, pour le bien-être de tous.
Un œil délicieusement critique sur la gauche caviar pseudo-intello Un des petits régals du film
se déguste lors d’une scène où Hugues rend visite à la famille de la très
démocrate Katherine Hepburn (jouée par Kate Blanchett)
, sa petite amie. La famille est visiblement très riche. Et très
à gauche. « Nous sommes tous des socialistes dans cette maison ».
Evidemment avec l’ouverture d’esprit qu’on connaît aux gauchistes « qui
ont tout compris », il est interdit de critiquer Roosevelt !
Sous peine d’exclusion. Quand Hugues tente d’expliquer son business et
surtout sa passion, on lui coupe la parole pour changer de sujet. Tout
cela n’est en effet que vil matérialisme pour des esprits ouverts qui
n’apprécient que l’art abstrait et ne « lisent que des livres »
et surtout pas des magazines financiers. L’argent est en effet une chose
si répugnante pour des gens aussi chics : il ne faut pas en parler,
surtout pas à table ! Hugues, à bout de nerfs durant ce repas démocrate
très anti-démocratique, rappelle à ses hôtes insupportables qu’ils ne
soucient pas d’argent et de comment en faire, tout simplement parce qu’ils
en ont toujours eu et sur ce, quitte la table. On jubile à la peinture
satirique de l’incohérence puante de ces gens donneurs de leçons, vulgaire
collection de minables se prenant pour des intellectuels, vivant de l’argent
qu’ils n’ont pas gagné, s’empressant de cracher sur ceux qui le gagnent,
eux, en faisant avancer la civilisation, en créant Une belle analyse du « marché politique » Howard Hugues est rapidement
confronté à son concurrent Juan Trippe (Alec Baldwin), qui dirige Pan Am.
Alors que Hugues, qui a racheté T.W.A., envisage de constituer les premières
lignes régulières internationales, Trippe tente
de le freiner en corrompant le sénateur du Maine. Trippe
fait écrire une proposition de régulation accordant tout bonnement un
monopole à la Pan Am et la remet dans les mains
du sénateur. Ce dernier n’aura de cesse d’enfoncer Hugues, bien sûr dans
le but officiel de promouvoir le bien commun. Tous les clichés émergent alors
: la concurrence n’est bonne que dans certains cas, les riches entrepreneurs
qui réussissent ne sont que des rapaces qui agissent contre les intérêts
du public, il faut des réglementations. On se croirait au procès Microsoft !
Scorsese rend avec précision les mécanismes de ce que les économistes
appellent parfois le « marché politique ». La fonction législative
étant de plus en plus étendue parce que les limites constitutionnelles
ont depuis longtemps été outrepassées en la matière, les « faiseurs
de droit », ce sont désormais les hommes politiques. Ces derniers
étant tous corrompus ou corruptibles, le spectateur voit défiler la magouille
institutionnalisée, celle qui, sous son voile mensonger de bienfaitrice
de l’humanité, la réduit en esclavage et étouffe ses créateurs, ceux qui
la font véritablement progresser. Un message moral très décalé…en France ? Notre belle France aux trottoirs
et terroirs encrottés, patrie de l’irresponsabilité patentée et institutionnalisée,
que va-t-elle donc penser de ce film ? Le message profondément moral
véhiculé par ce divertissement doit désormais échapper à la plupart de
nos concitoyens. A l’heure où l’on refuse de travailler une demie-heure de plus par semaine parce que « les 35 heures
c’est sacré », à l’heure où l’on fait grève pour un oui ou pour un
non, à l’heure où l’on enseigne l’incohérence suprême que travailler plus
est un mal mais qu’il faut que tout le monde ait un emploi, à l’heure
où la France sombre dans le pourrissement le plus exécrable que peut-on
voir dans ce film ? Les intellectuels de gauche et critiques de cinéma,
policiers de la pensée, y verront sans doute une autre frasque hollywoodienne,
bien filmée, touchante par la maladie du héros, mais sans doute pas plus ;
et encore, s’ils couvent le film d’un regard bienveillant, c’est qu’il
y a Scorsese. Toute la dimension morale du travail, de la créativité,
de la concurrence, tout cet aspect civilisateur de l’homme entrepreneur,
si bien décrit par Ayn Rand dans ses romans, tout cela échappera sans doute complètement
au spectateur français moyen. A moins que cela suscite en lui le réveil
ou la germination d’une certaine idée de la liberté et de la responsabilité.
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