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EMPLATRES COLBERTISTES SUR JAMBES DE BOIS
SOCIALISTES Emmanuel Martin Il
fallait commencer l’année en beauté, en marquant le coup ; le coup
médiatique bien sûr. Et la période des Rois semble tomber à point nommé.
Noël aurait semblé plus approprié mais les évènements tristement catastrophiques
en Asie auraient rendu l’annonce alors déplacée. En servant donc ses
vœux avec le gâteau des rois aux forces vives de la nation, comme il
aime à les appeler, le Président Chirac entendait bien arborer la couronne.
Car ne nous y trompons pas nous sommes bien en France, pays de Louis
XIV et du Monarque De Gaulle. Les couronnes on connaît et on aime ça.
Et en bon successeur indirect du Roi Soleil, le Président ne pouvait
qu’avoir recours, pour la mesure la plus « spectaculaire »
à une bonne dose de Colbertisme. La « relance de la politique industrielle »
avec le financement d’une dizaine de grands projets technologiques entre
en effet dans la lignée de la plus pure tradition colbertiste bien d’chez
nous. A côté de cette mesure phare qui confirme bien, en dépit du partenariat
avec le privé, le choix de l’Etatisme en France, on trouve d’autres
mesurettes plus ou moins significatives. Rien
de bien novateur donc, la même rengaine en guise de gâteau des
Rois : la pâte sent l’emplâtre. Emplâtre colbertiste Selon
le Président, « les conditions sont maintenant réunies pour déployer
le projet de la France à l’horizon des dix ans qui viennent ».
Tiens donc ! Mais quelles conditions ? Autant dire que nous
sommes dans la panade et qu’il faut se remuer ! Mais de grâce,
ne parlons pas de « conditions » mais de « contraintes
d’urgence », car c’est bien de cela qu’il s’agit. Face à la concurrence
internationale, on s’attendrait à une réforme en profondeur, d’une décontamination
radicale du socialisme ambiant, et de quoi nous parle-t-on pour
opérer un « rattrapage accéléré » ? De la création d’une
agence bien entendu ! Agence de l’innovation industrielle à laquelle
sera affecté un budget de 2 milliards
d’euros d’ici à 2007. L’Anvar, agence déjà
existante depuis une vingtaine d’années et qui n’a pas un palmarès des
plus rutilants est-elle donc inutile ? Pourquoi multiplier de telles
entités ? Une couche de bureaucratie de plus, histoire de détourner
l’argent du contribuable et gaver des « chercheurs de rente »
avec. Mais,
qu’on se le dise, c’est un « projet d’avenir » comme l’ont
été Ariane et Airbus en leur temps. On pourrait plaisanter à l’envi
sur ce « pompidolisme soft ». A ceci près que dans un pays
où les intérêts de la dette représentent 90% de l’impôt sur le revenu
perçu, il faudrait commencer à sérieusement se demander où l’on va.
D’abord, avec quoi va-t-on financer ? Avec l’argent des privatisations
pardi ! Mais quand il n’y aura plus d’argent des privatisations ?
Irresponsabilité patentée. Ensuite, en quoi les structures industrielles
françaises vont-elles être rendues plus performantes ? Ce n’est
encore que de la connivence entre grands groupes et la bureaucratie
d’Etat, comme si l’avenir du pays résidait dans quelques projets soi-disant
nationaux et non pas dans la dynamique entrepreneuriale globale des Français. Une politique industrielle
digne de ce nom doit repenser tout le cadre institutionnel de la dynamique
des entreprises et non pas se cantonner à créer une énième agence à
bureaucrates pour grands groupes qui pourraient très bien se la payer. Divers replâtrages d’hiver Qu’ont
alors tiré d’autre les forces vives dans le gâteau doré bien gonflé et
bien saupoudré (de poudre aux yeux) ? Parmi d’autres propositions par
ailleurs honorables bien que peu audacieuses (telles que la poursuite
de la baisse de l’impôt sur le revenu en 2006, la baisse de la fiscalité
sur l’épargne de long terme, la réforme de la taxe professionnelle,
favorable aux entreprises, une simplification - minuscule - du droit
du travail censée là aussi être en faveur de la croissance de l’activité)
on trouve des mesures plus médiatiques (telles que la hausse du Smic
de 5% - rien que ça ; l’ouverture du crédit à la consommation « aux
40% de français qui en sont largement exclus » - histoire de les
enfoncer durablement dans des spirales de l’endettement, mais n’est-ce
pas ce que l’on fait au niveau national ? ; une majoration
de la prime pour l’emploi pour les ex-chômeurs s’orientant vers des
secteurs en difficulté de recrutement ; plus de « droits »
des consommateurs contre les pratiques jugées « abusives »
sur certains marchés ; un encouragement de la poursuite des « efforts
de modernisation » de l’Unedic et l’ANPE – pourquoi ne pas supprimer
la très inefficace et très coûteuse ANPE et lui préférer des agences
privées de loin plus performantes ? Mystère ; enfin, des nouvelles
possibilités juridiques pour le reclassement de chômeurs dans les bassins
défavorisés ; une suppression des cotisations patronales au niveau
du SMIC - ce qui est en fait une vrai-fausse solution pour les non-qualifiés
au chômage). Enfin, on l’aura compris : il y a un vers dans la
fève. La langue de bois sur la jambe de bois Le
vers dans la fève c’est que ces mesures sont soit ridiculement minimales
pour celles qui sont bonnes soit ridiculement stupides pour les autres,
la France étant au bord du gouffre. Les gens sérieux n’ont de cesse
de rappeler ce dernier fait depuis quelques temps (
on verra, entre autres, les ouvrages « Etat d’urgence »
édité par Roger Fauroux et Bernard Spitz, et « La France qui tombe »
de Nicolas Baverez). Outre que la croissance a été nulle au troisième
trimestre 2004, ce qui n’est pas qu’un symptôme conjoncturel, c’est
surtout au plan structurel que la France est pourrie jusqu’à la moelle.
Et lorsque je dis « pourrie jusqu’à la moelle », je pèse mes
mots. Car ce ne sont pas seulement les « structures économiques »
qui sont pourries dans ce pays mais bien aussi les « structures
mentales ». L’idéologie socialiste, fonctionnariste,
a gangrené tous les esprits. Au royaume de la « solidarité nationale »,
on ne pense qu’à soi, à son statut, et à en faire le moins possible.
La mentalité « Touche pas à ma Sécu et à mes 35 heures »,
c’est à cela qu’il faut s’attaquer : réintroduire l’esprit d’entreprise
en France en supprimant les lois stupides, les bureaucraties stupides,
les impôts stupides et redonner le goût de créer et de servir les autres
pour enfin redevenir responsables. Voilà la seule « politique industrielle »
possible. Elle nécessite d’expliquer le pourquoi du comment avec un
discours clair pour que les gens – qui ne sont pas des idiots- comprennent.
Elle nécessite le courage politique, des « tripes ». Quand
on pense à des pays comme la Roumanie qui vient de changer la fiscalité
sur le revenu avec une flat tax à 16
%, on prend la mesure du ridicule français en matière de réforme.
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