LES BONUS N’ONT PAS DROIT DE CITY


Sarkozy l’a rêvé, Brown l’a fait. La grande offensive lancée l’an dernier par notre Président pour refonder le capitalisme et moraliser la finance vient de connaître un épisode plutôt encourageant pour les idées élyséennes. Le Chancelier de l’échiquier Alistair Darling vient d’annoncer que les bonus 2009 de 20.000 banquiers de la City seront taxés à 50%.

Cette mesure peut passer pour révolutionnaire en Angleterre, mais elle n’a rien de spectaculaire en France, puisque le taux marginal d’impôt sur le revenu est, avec le jeu de la CSG et de la CRDS, déjà supérieur à 50%. On pourrait suggérer aux traders et banquiers français de demander à être alignés sur la fiscalité de leurs collègues anglais.

Il semblerait d’ailleurs que la décision du Chancelier soit davantage inspirée par la rapacité fiscale que par la moralité financière. Le Trésor anglais a besoin de fonds, car le déficit budgétaire aura dépassé 12% du PIB, alors que nous nous en tenons au chiffre très raisonnable de 8,5% (du moins d’après les chiffres du moment).

D’autre part, le sauvetage des banques en Angleterre a coûté très cher au contribuable britannique, et la surtaxe des bonus est considérée comme une juste compensation. Sauf à préciser que ce ne sont pas les banques qui remboursent, mais les banquiers.

En France, une telle mesure, souvent évoquée par nos dirigeants et bien d’autres « réformateurs » se heurte au principe du bouclier fiscal (encore que le bouclier s’applique au total du revenu, et pas à la tranche marginale).

Quant à l’objectif de moralisation, il sera difficile de l’atteindre. D’abord la taxe est provisoire : jusqu’au 5 avril pour les filiales de banques étrangères, et guère plus si les conservateurs gagnent les élections), et elle ne touche que 10% des opérateurs (25.000 livres de bonus). Ensuite si aucun autre pays ne taxe les bonus, il y aura exode des financiers qui travaillent à la City. Or les Américains n’ont visiblement aucune envie d’imiter les Anglais.

Le fond du problème c’est que l’offensive contre les bonus est purement idéologique, et méconnaît les principes de la concurrence financière. La rentabilisation des investissements est le rôle des financiers, qui doivent donner aux fonds qui leur sont confiés la meilleure destination possible. La volatilité boursière est sans doute exagérée, surtout en période de crise où circulent des informations très contradictoires. Mais trop d’information est préférable à pas d’information du tout. Les innovations financières ont contribué à la prospérité générale, même si elles ont exposé le système à des risques exogènes. Ces risques sont venus principalement des politiques monétaires et budgétaires. Ce sont ces politiques qu’il faudrait moraliser. A quand la taxation des bonus des dirigeants politiques, qui accumulent déficits et dettes au détriment de tous les contribuables et épargnants ?  

Le 16 Décembre 2009

   
 

 

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