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LOUEZ VOS POLICIERS L'une des caractéristiques des services publics est leur gratuité. Gratuité apparente bien sûr, parce que le coût de fonctionnement desdits services est couvert par l'impôt : faute de client repérable, c'est le contribuables qui paie. Mais l'avantage des services publics n'en demeure pas moins d'être accessible à tous sans qu'il faille bourse délier. Riches ou pauvres, malades ou bien portants, jeunes ou vieux bénéficient ainsi de "l'égalité devant le service public", qui va de pair avec sa gratuité. Notre ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, est en train de bouleverser cette logique, et il a demandé à sa collègue en charge de la santé, de la jeunesse et des sports, Roseline Bachelot, d'envisager sérieusement que les clubs de football remboursent à l'Etat les coûts de la mobilisation des forces de l'ordre quand les grands matchs enflamment l'enthousiasme des supporters jusqu'à les transformer en casseurs. C'est l'affaire OM-PSG qui a déclanché l'ire du ministre. L'Etat a été obligé de mobiliser 11 brigades mobiles pour le maintien de l'ordre, et il faut savoir que l'heure de policier revient à quelque 13 euros. Au hasard de cette nouvelle beaucoup de Français ont appris que la facturation du maintien de l'ordre aux organisateurs de manifestations avait déjà cours, et qu'elle rapporte 15 millions par an à l'Etat. L'heure est facturée 12,27 euros. Ainsi le Tour de France doit-il s'acquitter de 1,5 million, ainsi les sorties de spectacles ou d'exposition, ainsi la protection de certains logements. Il est donc naïf de croire que la police est gratuite. Nous suggèrerons au ministre, pour parfaire son dispositif, plusieurs mesures : 1° Les syndicats et les
entreprises publiques devraient aussi payer pour les défilés dont ils
nous régalent. 2° Les paysans et leurs tracteurs devraient payer pour les barrages, les incendies de sous-préfectures, les invasions de péage. Là aussi un geste pourrait être fait, compte tenu de la chute des cours du lait : par exemple 5 euros l'heure de policier - ce qui représenterait malgré tout de belles sommes parce qu'il faut davantage de policiers pour encadrer une manifestation paysanne que pour accompagner un défilé postal. On peut envisager aussi une exonération de la taxe carbone pour les tracteurs qui défendent en fait la nature et émettent moins de CO2 que les vaches. 3° Surtout, nous recommanderions à notre ministre de rembourser les contribuables chaque fois que le service public qu'ils sont en droit d'utiliser ne leur est pas rendu. Car il existe une autre caractéristique du service public, qui justifie qu'on paye des impôts : la continuité. Il se trouve que la continuité
des services publics n'est pas assurée en cas de grève. Or, en une seule
semaine les "usagers" ont subi : une grève du RER, une grève
de 4° Il existe des cas encore plus graves où le service public n'est pas rendu du tout. Des quartiers entiers sont dépourvus de toute présence policière, soit que les policiers ne s'y risquent plus, soit qu'ils s'en remettent au bon vouloir des délinquants. Des tribunaux entiers sont dans l'incapacité de rendre une sentence dans des délais acceptables pour les justiciables. Des Français à l'étranger manquent de toute protection diplomatique ou militaire, et peuvent être poursuivis, condamnés et emprisonnés sans qu'aucune autorité de leur pays ne puisse intervenir. Sans le vouloir, et sans le savoir, Monsieur Hortefeux a donc soulevé le lièvre du coût des services publics. Ce coût est prohibitif par comparaison avec la qualité des prestations fournies. Les "biens publics" achetés à prix d'or par les contribuables ne leur sont pas fournis, ou pas dans les termes prévus par le contrat social. Cette situation scandaleuse pourrait être tolérable si les citoyens avaient le droit d'acheter les biens publics ailleurs, à commencer auprès d'entreprises ou d'agences privées. Le gardiennage est aujourd'hui assuré par des privés, le transport de fonds également, et encore le transport urbain, et encore le courrier, la télévision, etc. Mais le mythe du service public demeure, et on pare nos agents de toutes les vertus. Une solution intermédiaire serait peut-être, comme le suggère le ministre, de louer les fonctionnaires. Payés à la prestation, ils feraient sans doute leur métier avec plus de zèle. Différemment, quel intérêt les policiers peuvent-ils avoir à faire régner l'ordre public ? Le 2 Décembre 2009
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