DSK, CSKi


Qui se rappelle ou a entendu parler de cette publicité des années 1940, due à l’imagination de Sacha Guitry ? Pour faire la réclame d’un chocolat en poudre de marque Eleska, notre célèbre écrivain et dramaturge avait inventé la formule LSK CSKi.

On éprouve le même régal aujourd’hui que jadis les J2 et J3 en consommant non pas du chocolat mais du DSK, poudre de science économique diffusée par Dominique Strauss Kahn, le président bien français de la multinationale FMI, Fonds Monétaire International. C’est un vrai régal.

Les propos de DSK captent l’attention des journalistes non seulement parce qu’il est au FMI, mais aussi parce qu’il est le leader socialiste le plus apprécié par les Français ; si l’on en croit les sondages, il est même le seul en mesure de menacer Nicolas Sarkozy en 2012. Mais sans doute n’aura-t-il pas la félonie de trahir celui qui l’a promu à une si haute destinée. 

DSK, c’est exquis, car il ne manque pas une once de keynésianisme dans l’interview qu’il a donnée au Figaro mercredi dernier, il rajoute d’ailleurs en prime une attaque à peine déguisée du capitalisme.

Qu’on le lise donc avec délice : « Il faut maintenir les soutiens publics, car la demande privée reste faible et le chômage va continuer à augmenter encore assez longtemps ». Keynésianisme brut : le chômage est due à l’insuffisance de la demande spontanée des particuliers, donc il faut le réduire ou le contenir en gonflant les dépenses publiques. « Notre économiste n’a pas lu Bastiat et ne sait pas que ce qu’on voit ce sont les soutiens publics, ce qu’on ne voit pas ce sont les ruines privées, les ménages et les entreprises harassées d’impôts pour financer les généreux soutiens publics. Ceux qui épargnent sont coupables : « ce qui n’est pas consommé ralentit d’autant la reprise ».

Mais, compte tenu de la masse d’argent déjà distribuée par les budgets nationaux, on devrait avoir de la croissance et des embauches. Or tout le monde observe que, loin de diminuer, le chômage augmente en dépit des « soutiens publics ». Pourtant DSK nous rassure sur l’efficacité des soutiens, en invoquant « l’effet multiplicateur ». Keynes avait en effet « démontré » que l’investissement public avait des effets miraculeux : 1 euro investi crée (suivant les hypothèses sur la propension à dépenser) entre 2 et 3 euros de revenus supplémentaires. C’est le « multiplicateur ». DSK y croit dur comme fer, et précise : « Selon nos calculs une dépense publique de 100 milliards aura entraîné une croissance de 100 milliards – on dit que l’effet multiplicateur est, grosso modo, de un. C’est un bon rendement ». Il est en effet spectaculaire d’avoir un multiplicateur de un – mystère arithmétique. DSK nous rassure : on n’a pas perdu d’argent, on aurait pu avoir 80 milliards pour 100. DSK aboutit à égaliser le taux de croissance de l’économie au taux de croissance des dépenses budgétaires : voilà le vrai miracle. Malheureusement il ne s’est pas produit, et alors que les déficits budgétaires ont atteint des records, pouvant aller jusqu’à 100% des dépenses (comme aux Etats-Unis) et 13% du PNB, la croissance n’est pas au rendez-vous, et le chômage, lui, s’est propulsé vers de nouveaux sommets, atteignant déjà 12% de la main d’œuvre active en Amérique. Le « stimulus » d’Obama est d’ores et déjà un échec avéré.

Les déficits auront laissé une trace, c’est l’endettement. DSK ne peut l’ignorer. Mais il veut qu’on s’en occupe après, et après seulement, avoir soutenu les soutiens. « Il faut préparer les plans de sortie de crise, annoncer comment on va revenir à des situations budgétaires plus soutenables, tout le monde a besoin de le savoir et en même temps il ne fait pas les mettre en œuvre trop tôt ». La dette peut attendre « Dans le long terme nous serons tous morts », disait Keynes. Vive le court terme, après nous le déluge : la doctrine du socialisme. DSK reconnaît que l’on a distribué beaucoup d’argent, trop d’argent même « On a éteint le feu, mais maintenant il y a de l’eau partout. Il faudra du temps pour l’éponger ». Il oublie simplement qu’avant la crise il n’y avait pas le feu mais l’inondation monétaire, avec la politique de la FED, défendue par le FMI. Et ce qui a été fait n’est qu’un plan d’irrigation en période de déluge », comme disait Jacques Rueff !

Il est vrai que pour DSK ce ne peut être la politique monétaire et budgétaire qui ait causé la crise. C’est à ses yeux le marché et la finance, d’où la nécessité de refonder le capitalisme. Il participera donc, avec le FMI, à la croisade anti-financière : « Le FMI étudie toutes les propositions de taxations du système financier comme le lui a demande le G 20, et rendra son rapport en avril… Limiter les bonus, moraliser la finance, c’est aussi préparer l’avenir ».

C’est réellement exquis.

Le 2 Décembre 2009

   
 

 

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