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Il était temps : on se devait de réformer
les concours qui donnent accès à la fonction publique. Trop lourds,
trop nombreux, on aurait pu les remplacer par des modes de recrutement
plus classiques, en usage dans les entreprises, et pratiqués par de
nombreux pays étrangers. Mais André Santini, secrétaire d’Etat à la
fonction publique, a fait beaucoup mieux. Il entend transformer les
concours administratif en élargissant le recrutement à une population
aujourd’hui exclue : les candidats qui n’ont pas de culture générale,
puisque cette sacrée culture semble occuper, aux yeux de nos réformateurs,
une place démesurée. Un fonctionnaire a-t-il besoin de savoir l’histoire,
la géographie, la littérature pour s’installer au guichet de En réalité, derrière cette innovation, il
y a une nouvelle poussée de cette discrimination positive tellement
à la mode : « Les exigences théoriques croissantes ont peu
à peu dévoyé les concours de leurs objectifs concrets et éliminé des
publics particulièrement sensibles à ces marqueurs culturels. A commencer
par les classes populaires et parmi elles les enfants d’immigrés.
Autrefois garants de l’égalité, les concours participent maintenant
à la reproduction de l’administration ». C’est beau comme du
Bourdieu. Voilà des enquêteurs qui savent relever la réalité du terrain :
la reproduction sociale, quelle maïeutique ! André Santini, à qui l’on prêtait naguère
un peu de bon sens et beaucoup d’humour, ne plaisante pas sur la reproduction
sociale. « Ces épreuves ont été dévoyées et servent maintenant
à coller les candidats (…). On leur pose des questions trop académiques
et ridiculement difficiles (…). Ces épreuves éliminent tous ceux qui
n’ont pas ces codes, souvent héritées du milieu familial. C’est une
forme de discrimination invisible. Or la fonction publique doit jouer
son rôle d’ascenseur social, d’intégration et se montrer à l’image
de la population ». Il est vrai que la famille sert à transmettre
une éducation, une culture, des valeurs. C’est là que se forme le
capital humain. Faut-il supprimer la famille au nom de la non discrimination ? Le secrétaire d’Etat a donc signé une charte
de l’égalité avec le président de Le Figaro commente : il s’agit de « rouvrir
la fonction publique sur la société et assurer la diversité des recrues,
la présence des handicapés et d’agents de toutes les couleurs et de
tous les âges ». Voilà la politique des quotas et des discriminations
positives qui, aux USA, s’est retournée contre les minorités concernées.
D’ailleurs, en quoi le fait d’être « handicapé ou de couleur »,
empêche-t-il d’être cultivé ? En quoi la culture générale empêche-t-elle
la promotion et la mobilité sociales ? Pour les emplois administratifs
courants, que signifie un recrutement sur des « compétences techniques »
dont on sait bien qu’avec le progrès technique elles seront dépassées
dans 5 ou 10 ans ? Aujourd’hui, quel que soit l’emploi considéré,
et à plus forte raison s’agissant de se mettre au service du public,
ce qui compte et comptera de plus en plus, c’est l’adaptabilité, la
capacité à se remettre en cause, à innover, à apprendre sans cesse.
Cela nécessite d’abord une bonne base en culture générale. Quel fonctionnaire
saura comprendre dans quel monde il se trouve, et à quelles gens il
s’adresse s’il ne sait rien sur l’économie, le droit, les institutions,
les pays étrangers, les civilisations diverses ? Nous ne sommes pas des défenseurs de la
fonction publique telle qu’elle est, tant s’en faut, et nous souhaitons
qu’il y ait de moins en moins de fonctionnaires et de meilleure qualité.
Mais c’est leur faire injure que de les recruter sur les seuls critères
artificiels ou idéologiques définis par
Le 17 décembre 2008
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