APEC : LE LIBRE ÉCHANGE NE SERA PAS MENACÉ

 


L’APEC, c’est le forum de coopération Asie-Pacifique. Il regroupe 21 pays, essentiellement du pourtour Pacifique, dont le Canada, les Etats-Unis, le Mexique, le Pérou, le Chili, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, l’Indonésie, les Philippines, Singapour, le Vietnam, la Corée du sud, le Japon, la Chine, la Russie et quelques autres pays. Ce n’est pas rien.

Cet ensemble représente 41% de la population mondiale, 61% du PIB mondial, 49% du commerce mondial. Or des réunions régulières ont lieu depuis 1989 entre ces 21 pays, pour aboutir à une zone de libre-échange entre les pays développés membres de l’APEC dès 2010 et l’ensemble des économies émergentes de la région en 2020. Ce serait une véritable révolution dans l’économie et le commerce mondiaux. On y trouve certaines des économies les plus dynamiques et les plus puissantes de la planète. Le cœur du commerce international a été longtemps le pourtour de l’Atlantique, entre Europe et Amérique ; il se déplace désormais dans la zone Pacifique et si on n’y prend garde, des pays comme les Etats-Unis auraient un jour plus d’intérêt à se tourner vers l’Asie que vers l’Europe. C’est le centre de gravité du monde économique qui bascule.

Bien entendu, plusieurs des membres de l’APEC font partie du G20. Ils ont donc assuré le « service après vente »  des « décisions » du G20, mais sans grande conviction et on a le sentiment qu’en matière de relance, par exemple, chacun fera ce qu’il juge bon. Car l’essentiel de la rencontre n’était pas là, mais dans la question du libre-échange. Regardons les titres de nos confrères. Pour Les Echos, « Face à la crise, l’Asie-Pacifique veut se poser en garant du libre-échange ». Pour Le Figaro-économie, « L’Asie-Pacifique lutte contre le protectionnisme ». Là était en effet l’essentiel.

Le sommet de l’APEC à Lima a en effet essentiellement réitéré « son engagement pour la liberté de commerce et d’investissement ». Que proposent-ils pour lutter contre la crise actuelle ? Avant tout de ne pas ériger dans les mois à venir de barrières protectionnistes, afin de ne pas affecter le commerce mondial, rappelant qu’en 1929, le protectionnisme avait aggravé la crise. Bien sûr, G.W. Bush, dont c’était le dernier sommet, a lancé un vibrant appel pour le libre-échange, voulant ainsi inciter Obama à renoncer à tout protectionnisme. Mais les autres pays ont tenu un discours comparable et le président mexicain a reflété l’inquiétude de ses collègues face aux possibles tentations protectionnistes d’Obama. Ces tentations semblent d'ailleurs s'éloigner ces derniers jours, le futur Président étant revenu sur ses déclarations protectionnistes de campagne : le libre échange sera maintenu.

Le communiqué officiel de l'APEC est clair : « Nous réaffirmons notre ferme conviction que les principes du libre-marché, du libre-échange en matière de commerce et d’investissement continueront de favoriser la croissance mondiale, l’emploi et la réduction de la pauvreté ». Compte tenu de la liste des signataires, c’est pour le moins encourageant face aux dérives actuelles d’une partie de la classe politique mondiale. Pas question de déroger aux règles de l’OMC en matière de libre-commerce, mais au contraire, il est question d’aider à une bonne conclusion rapide des négociations de l’OMC (cycle de Doha). Et de toute façon de favoriser le libre-échange à l’intérieur de l’APEC.

L’Europe n’a qu’une façon de répondre au défi de l’APEC et à la nouvelle donne qu’elle représente dans l’équilibre mondial. C’est de cesser de s’imaginer comme une forteresse, face au monde, mais au contraire de s’insérer à son tour complètement dans la liberté des échanges. Si elle y répond en se refermant sur elle-même, elle est perdue. Si elle cherche un programme pour sortir de la crise actuelle, au lieu de s’interroger sur la multiplication des plans keynésiens et interventionnistes, elle ferait mieux de prendre pour programme celui du communiqué de l’APEC : libre-marché, libre-échange, liberté du commerce et de l’investissement.

Il est à remarquer qu'en Europe, tandis que les souverainismes fleurissent dans les milieux politiques, les entrepreneurs viennent de confirmer l'absolue nécessité du libre-échange. Réunis à Paris à l'occasion du 60ème anniversaire d'Eurobusiness, les dirigeants du patronat européen, Laurence Parisot en tête, ont rappelé leur hostilité à tout regain de protectionnisme.



Le 10 décembre 2008

   
 
  

 

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