LES FINANCES LOCALES AU BORD DE L’EXPLOSION

 


Il y a longtemps que nous attirons l’attention sur la situation des finances locales et sur l’explosion des dépenses et des impôts locaux. Notre ami Gérard Bramoullé en a expliqué les mécanismes dans un ouvrage intitulé « Finances et libertés locales ». Comme rien ne change, la machine poursuit sa course folle et les collectivités locales, dans le système de fausse décentralisation où nous nous trouvons, continuent la course des recettes et des dépenses : toujours plus de dépenses locales, toujours plus d’impôts locaux : le socialisme fiscal se porte bien, surtout dans les collectivités, comme les régions, tenues par les socialistes.

La crise actuelle n’arrange pas les choses. En effet, les dépenses locales vont exploser, en particulier avec la machine infernale du RMI devenu RSA. On a calculé qu’une hausse d’un point du taux de chômage représentait 300 millions de dépenses en plus pour ce seul poste, à la charge des collectivités locales. C’est une dépense que l’Etat leur a imposée, et qui ne résout en rien le problème de la pauvreté, car l’assistanat est encore bien présent, tout en pesant lourdement sur les budgets des collectivités.

Les collectivités sont actuellement en train de bâtir leur budget, pour qu’il soit voté avant le printemps. Les experts de Dexia, la banque des collectivités locales, pensent que va se reproduire le scénario de la récession précédente de 1993. Les collectivités avaient fait progresser en quelques années leurs impôts de 11%. D’ailleurs, le maire de Paris a annoncé qu’il proposerait pour le budget 2009 une hausse de 9% des impôts locaux.

De plus, la hausse des taux d’intérêt va peser à son tour sur les finances locales, car si les collectivités s’endettent à nouveau, elles vont le faire à des taux plus élevés. En un an, les taux proposés aux collectivités auraient augmenté de plus de 100 points de base. Ce qui veut dire, selon les calculs de Dexia, 500 millions de plus de charges financières.

Mais il faut aussi réaliser, ce que Gérard Bramoullé avait parfaitement expliqué, que l’autonomie des collectivités locales en matière fiscale est très limitée ; on est bien loin du fédéralisme fiscal. En effet, les impôts locaux dont les collectivités peuvent moduler le taux, ne représentent que 36% des recettes des collectivités locales, contre 42% en 1993 : leur autonomie a donc fortement reculé. Elles sont donc totalement dans les mains de l’Etat pour pratiquement les deux tiers de leur financement : soit par affectation des impôts nationaux, soit par concours directs de l’Etat, des concours en baisse puisque l’Etat a serré la vis compte tenu de l’explosion de ses propres dépenses.

Parallèlement, l'Etat impose aux collectivités locales nombre de dépenses, comme les dépenses sociales, qui explosent en raison de lois absurdes et d’une gestion calamiteuse de l’économie nationale. Donc, puisque l'Etat impose l’essentiel des recettes et dicte une grosse part des recettes, il ne reste plus aux élus locaux qu’à calculer la différence et à augmenter les impôts locaux en conséquence. Voilà comment en France fonctionne la "décentralisation", simple masque de la déconcentration, puisque l’essentiel est décidé d’en haut. Comme les élus locaux en rajoutent une couche en faisant du socialisme municipal, les budgets sont en train d’exploser. Centralisation plus démagogie égale oppression fiscale.

Tout cela en parfaite impunité démocratique, car les élections locales, tout au moins celles des municipalités, sont derrière nous. Le fonctionnement du traditionnel cycle politico économique est bien réglé : au lendemain des élections, on dépense à tour de bras, on fait exploser les dépenses ; ainsi, à la veille de l’élection prochaine, on pourra inaugurer ce qui aura été prévu en début de mandat, et on pourra cesser d’augmenter les impôts : ceux-ci auront explosé pendant quatre ou cinq ans, et l’année précédent l’élection, comme par miracle, leur progression sera plus modérée.

 

Gérard Bramoullé, « Finances et libertés locales », publié à la Librairie de l’Université d’Aix (www.aix-provence.com), avec l’appui de l’IREF (Institut de Recherches Économiques et Fiscales) en partenariat avec Contribuables Associés.



Le 10 décembre 2008

   
 
  

 

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